samedi 24 juin 2017

[DVD] Concepts pour le Nihon Tai Jitsu avec Richard Folny

Dernier de la série sur le Nihon Tai Jitsu produit par Imagin’Arts, j’attendais ce DVD avec impatience. Tellement d’impatience d’ailleurs que je suis apparemment le premier à l’avoir commandé, un clin d’oeil amusant.




Ce DVD m’intéressait particulièrement parce qu’il semblait proposer un travail différent, de fond, au contraire des autres DVDs orientés techniques et kata. Comme chacun le sait j’ai quelques problèmes avec la technique technico-technicienne et j’étais enchanté de voir quelque chose de différent. Je suivais aussi depuis longtemps, de loin, le travail de Richard. Si je n’ai suivi que deux de ses cours, en 2006 et 2007 à Temple sur Lot, ceux-ci sont restés gravés dans ma mémoire, et j’avais d’excellents souvenirs de Richard en tant que personne.

Prof de Maths, Richard est pédagogue, structuré dans ses propos et extrêmement précis. Des qualités que je ne suis pas sur d’avoir mais que j’apprécie chez les autres. Pour ce DVD, il a choisi de structurer son approche en deux parties: une partie sur les concepts, une autre sur les applications. Le tout reprenant le principe Shin Gi Tai.



Première partie - Les concepts

Dès le début du DVD, Richard parle de structure, de posture correcte qui permet de transmettre les forces. On commence donc par le “Tai”, la technique et l’esprit viendront par la suite. Habitué à un discours axé purement sur la technique, j’ai trouvé ça rafraichissant et dès les premières secondes j’ai su que si la façon de faire pourrait différer de la mienne, j’allais clairement m’y retrouver.

Pour travailler la structure et la proprioception, Richard utilise notamment les WAFFs, des sortes de coussin gonflables un peu casse-gueules qui permettent de découvrir le facteur incertitude dans le mouvement et d’améliorer notre façon de bouger. Pour les pratiquants d’Aunkai, si nous ne travaillons pas avec des WAFFs, le principe de tension de déséquilibre contrôlée me semble aller dans le même sens avec des moyens différents. Je ne décrirai pas tous les exercices (achetez le DVD) mais ils sont vraiment intéressants.

Deuxième partie - Applications

Une structure correcte n’est utile que si l’on sait s’en servir. J’enfonce peut-être une porte ouverte mais ça me semble important de le rappeler. Partant de ce constat, Richard propose des applications basées sur le Kihon et les Kata. Ces applications ne sont pas uniquement basées sur la partie 1 mais vont plus loin, notamment pour incorporer le “Shin”, vu ici comme l’esprit d’initiative et la façon de se créer des opportunités.

On retrouve là une vision du Tsukuri-Kuzushi-Kake dans l’esprit du Yoseikan Budo, c’est-à-dire que le Tsukuri devient la première étape du mouvement, celle qui force Uke à nous attaquer de telle ou telle façon. Les applications sont nombreuses, simples à comprendre et surtout partent du principe qu’un même enchainement permet de réaliser une défense par atemi, clé, projection, sutemi, etc. Un principe, 1000 techniques. Nous n’en sommes donc plus à collectionner des techniques mais à synthétiser, comprendre ce qui les relie.



Rencontre avec Richard


Je ne me suis pas contenté de regarder le DVD de Richard cette semaine, je suis aussi allé le voir. Richard habite depuis notre première rencontre au Pays Basque, dans la même ville que moi, à moins de 10 minutes. Je n’y suis malheureusement jamais ou presque et je le regrette. Après seulement deux courts passages dans la région depuis mon départ pour Hong Kong en 2008, j’ai décidé de prendre quelques jours pour rentrer, me ressourcer et enfin voir Richard dont tout le monde me dit depuis quelques années qu’il est aussi barje que moi et que nous devons nous rencontrer.

Richard a été incroyablement accueillant et j’ai été touché de l’esprit du Shoshin qui l’habite. 6e dan, expert, directeur technique pour l’Aquitaine et très proche de Me Hernaez, il aurait été facile de considérer que ce n’était pas un jeune 4e dan, isolé, qui pourrait lui apporter quelque chose et que la conversation se devait d’aller dans un seul sens. A aucun moment je n’ai eu cette impression et Richard s’est au contraire montré particulièrement curieux de ma pratique. Nous avons ainsi pu échanger plusieurs heures sur les principes qui sous tendent nos pratiques respectives, pour voir où elles se rejoignent et comment elles peuvent se nourrir mutuellement. Une véritable éponge, Richard s’est très rapidement approprié les concepts que je lui proposais et je n’ai pas de doute sur le fait qu’il enrichira sa pratique avec certains bouts sans renier son travail pour autant. J’espère en faire de même de mon côté.

Nous avons fini la journée à son dojo avec ses élèves, l’occasion pour moi de découvrir une autre partie du travail très riche qu’il propose.

Je ne peux que recommander ce DVD, mais plus que cela je ne peux que recommander d’aller à la rencontre de Richard si vous en avez l’occasion, vous en serez pas déçus. Personnellement j’ai trouvé une raison de plus de rentrer chez moi plus régulièrement.

jeudi 15 juin 2017

Qu’est-ce qu’être un bon Uke?

Le sujet du Uke, bon ou mauvais fait couler beaucoup d’encre, a fortiori dans des disciplines comme l’Aïkido ou Uke tient un rôle central. C’est moins le cas en Nihon Tai Jitsu ou si le rôle d’Uke reste évidemment important, je n’ai jamais vu ou reçu de consignes particulières à ce sujet.

Uke, le punching ball de Tori

Uke est souvent réduit à un rôle pratique : il attaque plus ou moins correctement, et reçoit la technique de son partenaire, avant de pouvoir à son tour pratiquer. C’est malheureusement une façon courante de pratiquer, dans laquelle finalement seul le rôle de Tori compte, et Uke attend son tour de façon passive. Ca présente de nombreuses limites, d’une part parce que les attaques et l’intensité proposées par Uke tendent à être proportionnelles à son envie de tenir ce rôle, amenant à des attaques peu réalistes, voire léthargiques. Uke n’apprend pas réellement à attaquer (qualité qui lui serait pourtant aussi utile en tant que Tori), ni à recevoir la technique de Tori en apprenant à se protéger et à contre-attaquer.

Uke se doit donc d’être actif, pour lui et pour son partenaire.

Le concept du « mauvais Uke »

C’est quelque chose que je n’avais jamais expérimente dans ma pratique avant de débuter l’Aïkido, le fameux « You attacked me wrong ». J’en ai déjà parlé à quelques reprises sur ce blog et je trouve toujours aussi fascinants les critères qui amènent à qualifier quelqu’un de mauvais Uke. Parce qu’entendons-nous bien, il est possible d’être un mauvais Uke. En réalisant une attaque qui ne présente aucun danger par exemple, ou en refusant de jouer le jeu. Imaginons par exemple que Tori pendant sa défense m’attaque d’un atemi au visage. Je ne bouge pas, et je ne cherche pas non plus à parer, mais je garde toute ma solidité. Il y a là un défaut de logique qui n’est possible que parce que Tori ne me frappe pas réellement dans le cadre de l’exercice. Refuser de jouer le jeu amène donc à un changement des conditions qui ne permettra pas à Tori de continuer sa technique dans des conditions correctes.

Mais ce qui est souvent considéré comme un mauvais Uke est…un Uke qui ne chute pas. Encore faut-il, à mon avis, qu’Uke ait une raison pour chuter. Jouer le jeu ne veut pas dire faire semblant et si les conditions ne sont pas réunies, prétendre qu’elles le sont n’aura pour effet que de laisser Tori croire qu’il a réalisé correctement son mouvement, ce qui ne l’encouragera pas à corriger ses erreurs.

Donner un retour à Tori et apprendre à recevoir

Le rôle d’Uke est double pour moi. Son rôle premier est de donner un retour d’expérience à Tori, et c’est ce qui permet de faire la différence entre une pratique en solitaire et la pratique avec partenaire. Le partenaire nous donne un retour immédiat sur l’efficacité de notre technique, retour qui doit nous permettre d’affiner le mouvement au fur et à mesure. En s’adaptant à son partenaire pour lui donner la difficulté appropriée, Uke a un rôle essentiel dans la progression de Tori.

Apprendre à recevoir permet de comprendre ce qui se passe dans notre corps quand l’on reçoit une technique, et y répondre de la manière la plus adaptée pour conserver son intégrité. En chutant si c’est ce que la situation préconise, ou en contrant la technique si cela est possible. Un bon Uke pour moi peut, et doit, faire chuter Tori s’il estime que les éléments nécessaires à la technique (adaptés au niveau de pratique de Tori) ne sont pas réunis. Il est évident que si sur dix attaques Uke fait chuter Tori dix fois, le niveau de difficulté proposé est trop élevé. Mais le contraire (Tori qui fait chuter Uke 10 fois) implique que le niveau de difficulté proposé est insuffisant et gagnerait à être augmenté.

lundi 5 juin 2017

Le choix des Uke

J’ai souvent évoqué la difficulté d’effectuer une démonstration avec une préparation minimum et des Uke inconnus, et pas forcément toujours à l’aise pour démontrer une pratique qu’ils viennent de découvrir.

La NAMT est un évènement particulier, et dont le niveau est particulièrement relevé, et il me semblait important de ne pas ajouter cette problématique à toutes celles déjà présentes, et c’est pour ça que j’ai choisi de m’entourer des personnes qui connaissent ma pratique et que je sais capables de recevoir a peu près tout et n’importe quoi. J’ai aussi choisi des gens que j’apprécie humainement parce que c’est typiquement un évènement que j’ai envie de partager entre amis. Si je regrette de ne pas avoir réussi à convaincre (forcer ?) Fred, je suis très heureux de l’équipe qui m’entourera ce jour-là. A défaut de pouvoir pratiquer avec eux à l’avance, je sais qu’ils ont toutes les qualités pour que nous puissions faire une démonstration correcte malgré tout. Et que si ça n’est pas le cas, le problème viendra entièrement de moi.

Il n’est pas courant de présenter les Uke, dont le rôle se réduit malheureusement souvent à un rôle de faire valoir, du beau et grand Tori, mais étant bien conscient du fait que ma démonstration ne serait pas la même sans eux, j’en profite pour les présenter et remercier publiquement ici.



Arnaud Dubois
Arnaud pratique le Nihon Tai Jitsu depuis une vingtaine d’années, et s’il se cache derrière un premier dan, ce grade ne représente nullement la qualité de sa pratique. Passionné et également pratiquant de boxe française et de Yoseikan Budo, Arnaud est de tous les stages et sert régulièrement de Uke a tous les experts de l’école. Inutile de dire que j’ai donc une entière confiance dans sa capacité à recevoir mes techniques. Quand il ne se fait pas martyriser en stage, il enseigne du coté de Niort.

Sauf erreur de ma part j’ai croisé Arnaud pour la première fois au stage de Washizu sensei à l’INSEP en 2013 (il est probable que l’on se soit croisé ailleurs sans le savoir cela dit). Nous nous sommes revus au Japon quand il est parti pratiquer avec un groupe de l’école française, puis depuis trois ans lors de mes passages en France.

Guillaume Moulin
Guillaume pratique le Nihon Tai Jitsu au dojo de St Loubes en Gironde depuis une vingtaine d’année et enseigne au sein de ce même dojo. Actuellement 3e dan, je ne l’ai rencontré que relativement tardivement au stage de Nort sur Erdre en décembre 2014, auquel il avait participé avec Arnaud. Curieux de ma pratique il avait donc fait un trajet conséquent pour venir.

Nous nous sommes revus l’année suivante lorsque je suis passe donner un stage dans son dojo puis à nouveau cette année lors de mon passage dans les Landes, toujours avec un très grand plaisir.

Romain Guiheneuf
Je ne présente plus Romain, que j’ai interviewé ici-même récemment. 3e dan de Hankido, qu’il enseigne du coté de Nantes, Romain est certainement avec Fred le pratiquant qui a le plus souffert de mes frasques sur le tatami. Travailleur et intelligent, Romain a su très tôt développer une pratique fine et je suis chaque année impressionne par sa vitesse de progression et celle de ses élèves.

Romain et moi nous sommes rencontrés il y a 11 ans maintenant à nos débuts en Hankido, et il est l’une des rares personnes à avoir fait le trajet jusqu’à Hong Kong pour que nous puissions pratiquer ensemble.