samedi 19 août 2017

Entrainement au couteau

Deux des entrainements de la semaine dernière ont été consacrés à l’entrainement au couteau, travail que je ne me permets qu’en fonction des personnes présentes parce qu’il amené a un travail qui demande plus de rigueur tant mentalement que physiquement. La pratique aux armes, a fortiori avec des lames présente cet avantage de replacer la pratique dans une réalité « crue », ce que je trouve profondément sain.

La différence la plus marquante entre le travail au couteau et le travail à mains nues est l’aspect psychologique. S’il n’est pas rare de ne pas voir Uke réagir ni chercher à se protéger quand une frappe se rapproche de son visage, c’est moins courant avec une lame (même si ça arrive), a fortiori quand elle est en métal, les reflets sur la lame jouant probablement avec nos sensations. C’est d’autant plus le cas quand les attaques sont faites avec de l’intention et on peut rapidement sentir Tori sous pression, perdre sa verticalité, enlever la partie visée au détriment de sa structure, etc. Le couteau pour cela est un excellent révélateur, il permet d’augmenter sensiblement le niveau de pression exerce sans forcément aller plus vite ou créer plus de danger, si tant est qu’on travaille avec une lame en aluminium évidemment.

Techniquement le couteau requiert également plus de rigueur. Etre touché avec une lame, même légèrement peut créer des dommages dramatiques, ce qui n’est pas forcément le cas à mains nues. Une mauvaise gestion de la distance sur Shiho Nage et la fémorale y passe, une saisie en force du poignet qui tient la lame et c’est l’artère ulnaire. Une perte de contrôle du bras en changeant de main et on se retrouve éventré. Bref les erreurs se paient cash. A mains nues les erreurs se paient aussi, mais de façon probablement moins visible, ce qui encourage peut être moins à les accepter. Il est difficile de négocier sur le fait qu’avoir été éventré n’est qu’une « légère égratignure ».

Le couteau, manié correctement, permet aussi de travailler sur la fluidité, en évitant l’attaque unique en tsuki et en passant d’une attaque à l’autre tant que Tori n’a pas pris un contrôle définitif. Encore une fois c’est un travail qui pourrait, et devrait, se faire à mains nues mais ne l’est que rarement, a fortiori dans les arts japonais où l’attaque unique a encore de beaux jours devant elle.

J’ai un gout particulier pour le travail au couteau, et comme les lecteurs de ce blog le savent pour les arts du Sud Est Asiatique en général. Mais sans aller jusqu’à transformer nos cours de Jujutsu/Aikido/Karate en cours de Kali, le travail au couteau est un excellent outil pédagogique permettant de travailler dans un cadre asymétrique en rajoutant un certain nombre de contraintes et de difficultés qui ne peuvent que nous aider a progresser.

mardi 8 août 2017

5 ans d'enseignement à Hong Kong

C’est en avril 2012, frustré dans ma pratique après le départ de Fred, que l’idée d’ouvrir un dojo à Hong Kong pour pouvoir continuer la pratique qui m’intéressait a germé. Si la première tentative n’a pas vraiment pris, le « re-launch » de juillet aura été le véritable point de départ de ce qui s’appelait à l’époque Nihon Tai Jitsu Hong Kong, et qui deviendra par la suite le Seishin Tanren Dojo.


Une croissance régulière

Cinq ans, c’est beaucoup et peu à la fois. Si nous ne sommes toujours pas des centaines, et que nous ne le serons probablement jamais, environnement de Hong Kong et pratique de niche obligent, nous avons un groupe de pratiquants réguliers qui avancent, dans les pas de Hugh. Hugh a commencé au tout début, en juillet 2012 et malgré un Age relativement avance pour débuter un art martial, il s’est vite retrouve l’élevé le plus assidu, présent a presque chaque cours, et j’ose dire le seul a réellement comprendre la pratique proposée. 1er Kyu depuis maintenant un an, il est dans la dernière ligne droite pour le Shodan, étape importante pour lui évidemment, mais également pour moi puisqu’il est un pur produit du dojo (sans expérience préalable) et qu’il deviendrait ma première ceinture noire.

Au début, un seul cours par semaine était proposé, de 2h le jeudi soir. Aujourd’hui nous proposons des entrainements les mercredis, jeudis et dimanches, en Aunkai et Nihon Tai Jitsu, tout au long de l’année, à l’exception des jours fériés.

La pratique a aussi fortement évolué au cours de ces années, comme Hugh me le fait régulièrement remarquer. Le travail propose n’a plus grand-chose à voir et c’est probablement une bonne chose parce que je suis convaincu qu’une pratique personnelle qui n’évolue pas est une pratique morte.

Des invités de qualité

Cette évolution dans la pratique a aussi été permise par la venue de pratiquants de grande qualité dans notre modeste dojo. Romain qui m’a le premier fait l’amitié de venir et qui nous a présente le Hankou. Akuzawa sensei qui est venu en 2013 pour aider à développer l’école dans la région, accompagné de Manabu qui reviendra deux fois. Filip Maric venu de Nouvelle Zélande pour un stage d’Aunkai mais qui en profitera pour nous proposer un excellent cours d’Aikido. Ka Seom Beok, bien connu pour son travail sur le corps via son école GNK Core en Corée. Et enfin Leo Tamaki dont le travail est toujours une grande source d’inspiration. Sans compter Kawano sensei, le Kancho du Seibukan qui vient annuellement à Hong Kong et que j’ai toujours à grand plaisir à voir.

Six pratiquants pour lesquels j’ai le plus grand respect et qui ont fait le trajet pour nous. Considérant notre taille restreinte, c’est d’autant plus appréciable. Je ne peux que souhaiter que cela continue et essayer de faire au mieux pour continuer à recevoir des experts, quelle que soit leur discipline d’origine. Peut-être même du Nihon Tai Jitsu un jour, qui sait.

L’inverse est aussi vrai et j’ai pu ces dernières années donner plusieurs stages à travers le monde, à Taiwan, au Vietnam, à Singapore, en Belgique, en Italie et en France

Plusieurs démonstrations

Une belle reconnaissance du travail accompli ces dernières années, j’ai participé au festival annuel du Seibukan en 2012, 2013 et 2015. Je n’ai pas pu m’y rendre depuis faute de temps mais je prévois d’y aller en 2018. Plus récemment j’ai eu la chance de participer à la NAMT, quelque chose que je ne suis pas prêt d’oublier et qui m’a fait vivre mon art avec une intensité que je n’avais pas encore connue.

Cinq ans plus tard, je crois plus que jamais au fait que ce dojo pourra être plus qu’une parenthèse dans l’histoire de Hong Kong. Malgré un développement relativement lent et difficile, les choses avancent et avec d’ici un an notre première ceinture noire forme au dojo, une nouvelle étape s’ouvrira.

samedi 22 juillet 2017

Savoir regarder

J’avais évoqué dans mon article précèdent l’importance du sens de l’observation et à quel point je suis toujours surpris de voir que les gens ne regardent pas. Le Mitori Geiko (pratique par l’observation) est pourtant un élément clé des arts japonais, ou tout n’est pas forcement explicite et où il faut savoir « voler la technique » et donc voir ses points clés. J’ai la chance dans mon dojo d’avoir un pratiquant japonais très expérimenté, issu d’une Koryu, le Kiraku Ryu. Ce pratiquant m’expliquait que dans son école les deux premières années de pratique étaient exclusivement consacrées à Mitori Geiko. J’ai aussi souvenir d’une interview de Nishio Sensei sur le blog Aikido Sangenkai ou il expliquait qu’au début ils ne pratiquaient pas mais regardaient.

C’est quelque chose que l’on n’imagine pas faire aujourd’hui. Les débutants veulent immédiatement monter sur le tatami et pratiquer, et c’est bien naturel. Qui d’entre nous aurait la patience de s’asseoir et de regarder les autres pratiquer pendant deux ans… Mais l’effet pervers de cette bonne volonté est… de ne pas regarder et d’essayer directement de passer les techniques, sans avoir vraiment pris le temps d’observer ce qui se passe.

C’est le cas dans les arts martiaux mais également dans d’autres pratiques. Je suis régulièrement frappé en Yoga de voir des pratiquants créer leurs propres postures…Si je comprends qu’un débutant ne puisse pas effectuer correctement la posture (et même les non-débutants d’ailleurs...) être capable de recopier plus ou moins la forme devrait être le minimum syndical : jambe tendue ou fléchie, orteils pointes vers l’avant ou pas, des éléments basiques. Je trouve ça d’autant plus frappant en Yoga que dans un studio de 20 personnes qui font la même chose, on devrait vite repérer si on n’est pas en train de faire le bon mouvement.

Lors de mes cours, c’est également un problème qui se pose. J’expliquais à mes élèves à quel point il est nécessaire de pouvoir comprendre très rapidement ce qui est montre, ne serait-ce qu’en surface, d’en garder une sorte d’image mentale et de pouvoir travailler à partir de cela. Comme je leur rappelais, mes entrainements avec Akuzawa sensei ne sont pas aussi fréquents que je le souhaiterais, et en partant de ce constat je ne peux pas me permettre le luxe de glandouiller, de ne pas regarder et de ne pas chercher à percevoir ce qui se passe en profondeur. De la même manière qu’un épéiste en Europe ne voyait pas forcement son maitre d’armes chaque jour mais prenait le plus souvent des leçons espacées. Il est donc essentiel de comprendre rapidement pendant ces leçons. J’ai donc montre le premier kata de Nihon Tai Jitsu une fois, et leur ai proposé de le répéter par eux-mêmes. Ça n’a pas été un franc succès.

Pour la même raison j’aime regarder les vidéos de stages dans lesquelles on voit les pratiquants essayer les mouvements après les avoir vus. C’est parfois surprenant. Je me souviens d’une vidéo de stage d’Alain Floquet notamment, où tous les pratiquants de la vidéo effectuaient la technique avec l’autre bras. Pas forcément un souci en soi, la technique marchait probablement quand même, mais en regardant la vidéo ce qui m’a frappé dans le cours d’Alain Floquet c’est qu’il avait l’air de mettre l’accent sur le contrôle de la structure du partenaire via le contrôle du coude. Elément qui n’existait plus lorsqu’effectue avec l’autre bras… La technique marchait donc mais une partie des pratiquants est donc passée a cote de ce qui faisait la raison d’être du cours, c’est dommage.

Je suis partisan de regarder de manière active ce qui est proposé par l’enseignant mais aussi ce qui est reproduit par les élèves. Qu’est-ce qui différencie les deux, et qu’est-ce qui fait que cela fonctionne dans certains cas et pas dans d’autres. Regarder signifie aussi savoir aller au-delà des apparences. J’écoutais il y a quelques jours une interview d’Ellis Amdur par Gudkarma, dans laquelle il racontait qu’il regardait les mouvements du Dantien/Tanden et des pieds et non ceux des mains, et qu’il s’était donc retrouve à pratiquer des mouvements en apparence différents de ceux de l’enseignant, sous le regard outre des autres pratiquaient qui s’empressèrent de se plaindre auprès du maitre. Maitre qui répondit platement « oui, on peut aussi faire comme ça », avant de le prendre à part et… de lui montrer un peu plus.

Regarder est essentiel mais encore faut-il regarder au bon endroit et ne pas se noyer sous des détails finalement peu importants.

mardi 18 juillet 2017

Au-delà de la surface

La pratique martiale est comparable à un iceberg. Une partie visible, impressionnante par elle-même, et une partie cachée sous l’eau, souvent beaucoup plus grande mais invisible. La partie visible de l’iceberg correspond à la forme extérieure de l’art : ses techniques, alors que la partie immergée correspond à des principes beaucoup plus profonds sans lesquels les techniques en question n’existeraient pas. Si c’est facile à comprendre sur le papier, force est de constater que dans la grande majorité des cas, les pratiquants restent sur le sommet de l’iceberg, en surface. Il est pourtant difficile de les blâmer car la partie immergée étant par définition « invisible » elle n’est pas forcement aussi accessible.




Pourquoi accéder aux enseignements profonds ?

C’est une question plus légitime qu’il n’y parait. Par enseignements profonds j’entends notamment la modification de l’utilisation du corps, et donc le fait d’apprendre à bouger son corps d’une façon spécifique. Force est de constater que tous les arts ne travaillent pas sur cette modification, et que ça ne les rend pas inefficaces pour autant. La boxe thaï ne recherche pas une modification de l’utilisation du corps et son efficacité n’est pas remise en question.

Pourquoi donc chercher à modifier l’utilisation du corps ? Plusieurs raisons. La première est que le contexte du Bujutsu implique de pouvoir agir face à des personnes beaucoup plus fortes physiquement, ou plus nombreuses, ou qui nous attaquent dans une situation difficile et non-prévue. Nous sommes donc dans un contexte très différent des sports de combat ou la présence de règles communes et de catégories de poids amènent l’environnement en territoire « connu ». L’autre raison, liée a la première, est que l’âge ne jouant pas en notre faveur, un travail de type physique verra ses limites rapidement alors que nos capacités commenceront à diminuer. Les enseignements profonds permettent de compenser cette baisse de nos capacités athlétiques.

Dans le cas des Bujutsu, je suis convaincu qu’un certain nombre d’entre eux ont été conçus pour des personnes bougeant d’une certaine façon. Recopier la forme de la technique est évidemment un début (la première étape du Shu Ha Ri) mais copier la forme n’amènera que des résultats limités. J’avais été particulièrement surpris lors de ma rencontre avec Akuzawa sensei que non seulement mes techniques ne marchent pas sur lui, mais que des techniques qu’il effectuait « mal » selon mes critères fonctionnaient sans aucun problème, me permettant de réaliser que le problème venait pas de l’angle ou d’un autre détail technique mais de « quelque chose de plus ». Au-delà de l’utilisation du corps, les Koryu ont un « gout » particulier, différent selon les écoles. C’est aussi le cas d’écoles modernes influencées par des Koryu, et je pense notamment à l’Aunkai et au Kishinkai ici, deux écoles très différentes dans leur conception et qui ont toutes les deux un gout unique. Il est pourtant courant de rencontrer des pratiquants, même avances dont la pratique n’a pas de gout, les techniques sont là mais semblent vides, le curriculum technique peut être vaste, mais ne semble pas lié par une cohérence.

Partant de ce constat, s’il n’est pas nécessaire de chercher à accéder aux enseignements profonds, je crois que ce sont ces enseignements qui permettent de réellement comprendre notre pratique et de dépasser la simple chorégraphie technique, aussi propre soit-elle.

Comment y accéder ?

C’est la question à 1 million. Deux possibilités : trouver tout seul les éléments caches ou trouver quelqu’un qui nous les enseigne.

Trouver tout seul est particulièrement difficile parce que ça implique de chercher, de se planter, de chercher à nouveau, de se re-planter, et finalement de comprendre ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. C’est évidemment laborieux et peu efficace, a fortiori en partant de rien. D’ailleurs si l’on parle souvent de « voler la technique » il s’agit bien de la voler a quelqu’un, et pas de partir 3 ans tout seul dans la montagne pour avoir un satori et soudainement tout comprendre. Un excellent sens de l’observation est essentiel pour comprendre ce qui est montré par l’enseignant, et j’y reviendrai surement dans un prochain article.

Avoir un enseignant est certainement la méthode la plus rapide et efficace, puisqu’avoir quelqu’un qui est déjà passé par les mêmes étapes et peut amener directement sur le bon chemin est un gain de temps certain. Un enseignant permet aussi de recevoir directement la sensation et d’avoir des corrections physiques immédiates, ce qui veut dire que si YouTube est un bon outil de réflexion il ne remplace en rien l’expérience directe. Reste encore à trouver une personne capable de démontrer une pratique d’un niveau supérieur et capable de le transmettre. Les exemples de gens compétents incapables de transmettre ne manquent pas, mais les gens capables des deux existent si on se donne un peu la peine de chercher.

Dans les deux cas, la seule chose qui permettra d’accéder à une pratique plus profonde est le travail. Trouver un enseignant aussi bon soit-il n’amènera aucun résultat sans une pratique engagée, une remise en question constante et une grande profondeur de réflexion. Etre « élève de » n’est pas et n’a jamais été un gage de qualité. Les qualités ne peuvent s’obtenir que par un sens de l’observation acéré et un travail de tous les instants pour comprendre les principes et les assimiler corporellement.

dimanche 2 juillet 2017

Ma-aï, cette distance qui nous sépare

Cet article a été originellement publié dans "Dragon Spécial Aikido" en Avril 2017.


Le ma-aï (間合) est l’un des nombreux concepts fondamentaux que l’on retrouve dans les Budo/Bujutsu. Souvent traduit comme la distance entre Tori et Uke, une meilleure traduction pourrait être simplement intervalle, puisque le terme 間 est tout autant utilisé pour un intervalle d’espace que de temps, alors que le caractère 合 transmet la notion d’harmonie et se retrouve d’ailleurs dans le terme 合氣。

J’ai un goût particulier pour l’étymologie des caractères, et ceux-ci ne font pas exception. 間 se compose de deux parties : 門,porte et 日, soleil. En recherchant d’anciennes versions du caractère on peut trouver 月, la lune, à la place de日. Dès lors il est assez facile d’imaginer la lumière de l’astre passant à travers l’interstice de portes coulissantes. 合 n’est pas moins intéressant puisque la partie supérieure transmet l’idée de regrouper alors que la partie inférieure transmet l’idée d’une bouche et donc le fait de regrouper dans une seule voix.

Intervalle de temps et d’espace, ma-aï est ce qui nous lie et nous sépare, c’est cette distance entre nous et le temps nécessaire pour la franchir qui fait qu’il y a relation et donc possiblement affrontement. Un ma-aï trop grand et le combat n’a pas lieu d’être, trop court et il est probablement déjà trop tard.



Ma distance et celle de l’autre


Nous avons tous une distance de sécurité, un cercle qui nous entoure dans lequel personne ne doit entrer. C’est vrai pour chaque individu dans la vie quotidienne, ça l’est a fortiori dans un cadre martial ou laisser quelqu’un rentrer dans notre distance peut signifier la mort. Mais cette distance dépend de plusieurs éléments et n’est que rarement la même pour les deux adversaires, car elle est régie par le fait de pouvoir toucher et un combat n’est pas forcement symétrique. Dans un contexte symétrique où Uke et Tori possèdent les mêmes armes, la distance est à peu de choses près identique pour chacun. Un changement de cet élément impliquera nécessairement la fin de la symétrie. Si mon adversaire est armé d’un sabre et que je ne le suis pas, sa distance est plus longue que la mienne et il pourra me toucher de plus loin. Même à mains nues, deux adversaires de taille différentes s’opposant auront un ma-aï différent.

Comprendre ma distance et celle de l’autre est une nécessité pour ne pas s’exposer inutilement au danger et sortir victorieux de l’affrontement. Contrôler la distance est essentiel et implique de connaitre les avantages et inconvénients de chaque arme ou spécialité. Ceci est vrai dans les arts traditionnels, quel que soit leur pays d’origine, comme dans les sports de combat. Un judoka et un boxeur bien que tous les deux  à mains nues ont un ma-aï bien différent.




La distance – un facteur inconstant

Contrairement à ce qu’on serait tente de croire la distance n’est pas un facteur constant et ce qu’on considère comme une distance de sécurité ou de confort évolue selon un certain nombre d’éléments. Habitant dans l’un des endroits les plus densément peuples de la planète, ma distance de confort est par exemple profondément  réduite à son strict minimum une grande partie du temps. Elle change en revanche immédiatement si je choisis de sortir de la ville pour me retrouver dans un endroit désert. Qui d’entre nous ne s’est pas senti agressé a la plage lorsque qu’un inconnu est venu coller sa serviette à la nôtre alors que quelques jours avant dans un café  ou dans les transports en commun cette même distance ne posait pas de problème ?

La distance acceptable dépend du contexte, et également dans le cadre martial de notre aisance. Il n’est pas rare de voir des débutants attaquer à une distance plus longue que ce qui arriverait en réalité, et de voir Tori utiliser un grand Tai Sabaki pour s’éloigner le plus possible de la zone de danger avant d’appliquer sa technique. Plus les pratiquants progressent et plus les attaques ont tendance à se rapprocher, mettant Tori davantage sous pression. De son côté Tori apprend à mieux gérer la distance et à sortir au plus juste. Si l’on revient à l’étymologie du caractère Ma(間), on imagine aisément qu’il s’agit de sortir au plus juste, comme la lumière passe dans l’interstice de la porte. Une sortie trop proche de l’attaque étant évidemment trop courte, alors qu’une sortie trop éloignée laissera à l’adversaire l’opportunité de revenir. Il en va de même avec la notion de temps puisque si sortir trop tard est évidemment problématique, sortir trop tôt ne l’est pas moins. Une utilisation optimale du temps et de l’espace permettra non seulement de prendre l’adversaire au bon moment mais également en utilisant les meilleurs leviers. Dans la pratique que je propose à mes élèves, je recommande de sortir juste assez pour ne pas être affecté par la frappe, en collant à l’adversaire de telle sorte que chaque mouvement que l’on fera ait un impact sur sa structure. La distance est donc réduite à son strict minimum. Ca présente pour moi deux intérêts pédagogiques. Tout d’abord accepter voire accueillir l’attaque est contre intuitif pour beaucoup d’entre nous et ce travail permet de désacraliser ce que l’attaque représente et s’éloigner de cette peur qui nous empêche de bouger librement. Ensuite se retrouver collé à Uke permet de s’harmoniser à lui en ne faisant d’une certaine façon plus qu’un de nos deux corps et en apprenant ainsi comment un mouvement de ma part a une incidence sur lui.

Le bon ma-aï, en termes d’espace et de temps donne les meilleurs résultats.



Contrôler le ma-aï


On dit souvent que celui qui contrôle la distance contrôle le combat, ce qui semble évident puisque contrôler le ma-aï consiste à pouvoir toucher sans être soi-même touché. Perturber le ma-aï de son adversaire en rentrant dans sa distance en lui offrant une ouverture pour provoquer son attaque est par exemple une bonne façon de contrôler le ma-aï, et de limiter les attaques possibles en encourageant une attaque en particulier.

Contrôler la distance signifie ne pas la subir. De façon générale, lors d’un affrontement les deux protagonistes cherchent à amener leur adversaire dans leur distance sans rentrer dans la sienne, par exemple en rentrant dans les angles morts ce qui permet de réduire la distance avec l’adversaire tout en ne lui permettant pas de revenir facilement. Se retrouver dans une position où l’on peut frapper sans être soi-même en danger est évidemment la situation idéale.


Si les angles morts amènent immédiatement à penser le ma-aï du point de vue de l’espace, le travail sur l’intention et l’initiative permet lui de le penser du point de vue du temps. En Go no Sen par exemple, Tori part après l’attaque, mais il lui est bien sur possible d’avoir créé cette attaque par son action précédente. L’attaque n’est donc plus une surprise mais au contraire la chute d’Uke dans un piège qui lui était tendu.  Prenons en exemple Shomen Uchi Ikkyo, Uke attaque Shomen Uchi, Tori répond par Ikkyo. Mais pourquoi Uke utilise-t-il Shomen Uchi, et est-il possible de le faire attaquer comme ça? Renversons la situation, en tant que Tori, que puis-je faire pour que cette configuration (Shomen Uchi Ikkyo) se réalise? Je peux par exemple casser la distance, et attaquer ses yeux pour encourager mon adversaire à se protéger avec son bras. Au moment du contact nous sommes maintenant dans une situation très proche de celle pratiquée à la base mais avec un rapport de force inversé. Si le travail des formes de base est essentiel, je crois qu’il est important pour tout pratiquant après quelques années de chercher à remettre les choses dans leur contexte, notamment d’un point de vue tactique et stratégique. Les bases sont ce qu’elles sont, des bases. Reste au pratiquant à s’en servir de fondation pour aller plus loin.




Mais c’est en Sensen no Sen que l’on touche à mon avis le point où le travail de l’intention est peut-être le plus difficile, puisqu’il s’agit pour Tori d’agir au moment même de la formation de l’intention de l’attaque. Avant son exécution donc. Plus qu’une question d’espace (même si l’espace devra évidemment être franchi pour toucher), c’est le temps qui compte ici pour prendre le contrôle du combat, et, comme le dit l’adage, rien ne sert de courir… En Nihon Tai Jitsu, il existe un kata (Nihon Tai Jitsu no Kata Sandan) basé sur les Kaeshi Waza et le Sensen no Sen. Dans ce kata, Tori effectue systématiquement la première attaque, en réponse au danger imminent que représente Uke. Danger imminent représenté dans le kata par un léger mouvement des poings en garde. Il s’agit d’une forme donc l’attitude est évidemment formalisée mais le travail proposé peut et doit aller plus loin, c’est-à-dire qu’Uke doit d’une part apprendre à masquer son intention et à frapper quand il le souhaite, sans donner de signe avant coureur, et que Tori en parallèle doit apprendre à lire quand l’attaque va se déclencher pour intervenir avant. Assez rapidement, on obtient des résultats corrects en lisant le corps de son partenaire pour percevoir l’attaque dès son commencement, mais ça signifie être encore un léger temps en retard par rapport à du Sensen no Sen. L’idéal serait de démarrer avant les signes physiques. Difficile parce que pour tout humain voyant correctement, notre outil principal pour percevoir une attaque reste… nos yeux. Nous avons pourtant d’autres sens que nous pouvons entrainer pour percevoir des changements. Je vous invite à essayer de travailler les yeux fermés. Aussi paradoxal que cela puisse paraitre, avec un partenaire qui nous attaque par atemi à une vitesse réduite au maximum, il devient possible de sentir que quelque chose se rapproche alors qu’il n’y pas encore de contact, et donc de réagir à quelque chose que l’on a senti mais pas vu. Vous ne réussirez pas à chaque fois, certes, mais au final ça n’est pas en réussissant que l’on progresse mais en essayant de sortir de sa zone de confort et en pratiquant des choses qui nous semblent inaccessibles.



Le travail des armes pour appréhender la distance

Le Nihon Tai Jutsu est une discipline qui se pratique uniquement à mains nues, en acceptant plusieurs distances de combat : une distance longue pour les frappes, moyenne pour le travail des clés, courte pour les projections et étranglements. Les défenses contre armes complètent cette approche de la distance en proposant une distance plus longue mais aussi et surtout un travail asymétrique. Le fondateur de la discipline, Roland Hernaez, se plait à dire en parlant des défenses contre couteau qu’il ne faut pas nécessairement y voir un travail de self-défense réaliste, mais que le travail avec un partenaire armé présente un certain nombre d’avantages pédagogiques. En partie parce qu’il est ludique, mais aussi et surtout parce que la distance nécessaire pour toucher Uke s’allonge alors que la sienne reste identique, augmentant ainsi les contraintes et donc la nécessité d’entrer correctement. La question se posera à l’identique avec des contraintes différentes lors du passage à des armes plus longues telles que le tambo ou le jo.

L’Aikido, comme de nombreuses écoles a d’ailleurs parfaitement intégré cette notion en proposant de nombreuses formes de travail asymétrique : mains nues vs jo, mains nues vs ken, jo vs ken, etc. Chaque configuration propose de nouvelles contraintes et donc un nouvel apprentissage.

samedi 24 juin 2017

[DVD] Concepts pour le Nihon Tai Jitsu avec Richard Folny

Dernier de la série sur le Nihon Tai Jitsu produit par Imagin’Arts, j’attendais ce DVD avec impatience. Tellement d’impatience d’ailleurs que je suis apparemment le premier à l’avoir commandé, un clin d’oeil amusant.




Ce DVD m’intéressait particulièrement parce qu’il semblait proposer un travail différent, de fond, au contraire des autres DVDs orientés techniques et kata. Comme chacun le sait j’ai quelques problèmes avec la technique technico-technicienne et j’étais enchanté de voir quelque chose de différent. Je suivais aussi depuis longtemps, de loin, le travail de Richard. Si je n’ai suivi que deux de ses cours, en 2006 et 2007 à Temple sur Lot, ceux-ci sont restés gravés dans ma mémoire, et j’avais d’excellents souvenirs de Richard en tant que personne.

Prof de Maths, Richard est pédagogue, structuré dans ses propos et extrêmement précis. Des qualités que je ne suis pas sur d’avoir mais que j’apprécie chez les autres. Pour ce DVD, il a choisi de structurer son approche en deux parties: une partie sur les concepts, une autre sur les applications. Le tout reprenant le principe Shin Gi Tai.



Première partie - Les concepts

Dès le début du DVD, Richard parle de structure, de posture correcte qui permet de transmettre les forces. On commence donc par le “Tai”, la technique et l’esprit viendront par la suite. Habitué à un discours axé purement sur la technique, j’ai trouvé ça rafraichissant et dès les premières secondes j’ai su que si la façon de faire pourrait différer de la mienne, j’allais clairement m’y retrouver.

Pour travailler la structure et la proprioception, Richard utilise notamment les WAFFs, des sortes de coussin gonflables un peu casse-gueules qui permettent de découvrir le facteur incertitude dans le mouvement et d’améliorer notre façon de bouger. Pour les pratiquants d’Aunkai, si nous ne travaillons pas avec des WAFFs, le principe de tension de déséquilibre contrôlée me semble aller dans le même sens avec des moyens différents. Je ne décrirai pas tous les exercices (achetez le DVD) mais ils sont vraiment intéressants.

Deuxième partie - Applications

Une structure correcte n’est utile que si l’on sait s’en servir. J’enfonce peut-être une porte ouverte mais ça me semble important de le rappeler. Partant de ce constat, Richard propose des applications basées sur le Kihon et les Kata. Ces applications ne sont pas uniquement basées sur la partie 1 mais vont plus loin, notamment pour incorporer le “Shin”, vu ici comme l’esprit d’initiative et la façon de se créer des opportunités.

On retrouve là une vision du Tsukuri-Kuzushi-Kake dans l’esprit du Yoseikan Budo, c’est-à-dire que le Tsukuri devient la première étape du mouvement, celle qui force Uke à nous attaquer de telle ou telle façon. Les applications sont nombreuses, simples à comprendre et surtout partent du principe qu’un même enchainement permet de réaliser une défense par atemi, clé, projection, sutemi, etc. Un principe, 1000 techniques. Nous n’en sommes donc plus à collectionner des techniques mais à synthétiser, comprendre ce qui les relie.



Rencontre avec Richard


Je ne me suis pas contenté de regarder le DVD de Richard cette semaine, je suis aussi allé le voir. Richard habite depuis notre première rencontre au Pays Basque, dans la même ville que moi, à moins de 10 minutes. Je n’y suis malheureusement jamais ou presque et je le regrette. Après seulement deux courts passages dans la région depuis mon départ pour Hong Kong en 2008, j’ai décidé de prendre quelques jours pour rentrer, me ressourcer et enfin voir Richard dont tout le monde me dit depuis quelques années qu’il est aussi barje que moi et que nous devons nous rencontrer.

Richard a été incroyablement accueillant et j’ai été touché de l’esprit du Shoshin qui l’habite. 6e dan, expert, directeur technique pour l’Aquitaine et très proche de Me Hernaez, il aurait été facile de considérer que ce n’était pas un jeune 4e dan, isolé, qui pourrait lui apporter quelque chose et que la conversation se devait d’aller dans un seul sens. A aucun moment je n’ai eu cette impression et Richard s’est au contraire montré particulièrement curieux de ma pratique. Nous avons ainsi pu échanger plusieurs heures sur les principes qui sous tendent nos pratiques respectives, pour voir où elles se rejoignent et comment elles peuvent se nourrir mutuellement. Une véritable éponge, Richard s’est très rapidement approprié les concepts que je lui proposais et je n’ai pas de doute sur le fait qu’il enrichira sa pratique avec certains bouts sans renier son travail pour autant. J’espère en faire de même de mon côté.

Nous avons fini la journée à son dojo avec ses élèves, l’occasion pour moi de découvrir une autre partie du travail très riche qu’il propose.

Je ne peux que recommander ce DVD, mais plus que cela je ne peux que recommander d’aller à la rencontre de Richard si vous en avez l’occasion, vous en serez pas déçus. Personnellement j’ai trouvé une raison de plus de rentrer chez moi plus régulièrement.

jeudi 15 juin 2017

Qu’est-ce qu’être un bon Uke?

Le sujet du Uke, bon ou mauvais fait couler beaucoup d’encre, a fortiori dans des disciplines comme l’Aïkido ou Uke tient un rôle central. C’est moins le cas en Nihon Tai Jitsu ou si le rôle d’Uke reste évidemment important, je n’ai jamais vu ou reçu de consignes particulières à ce sujet.

Uke, le punching ball de Tori

Uke est souvent réduit à un rôle pratique : il attaque plus ou moins correctement, et reçoit la technique de son partenaire, avant de pouvoir à son tour pratiquer. C’est malheureusement une façon courante de pratiquer, dans laquelle finalement seul le rôle de Tori compte, et Uke attend son tour de façon passive. Ca présente de nombreuses limites, d’une part parce que les attaques et l’intensité proposées par Uke tendent à être proportionnelles à son envie de tenir ce rôle, amenant à des attaques peu réalistes, voire léthargiques. Uke n’apprend pas réellement à attaquer (qualité qui lui serait pourtant aussi utile en tant que Tori), ni à recevoir la technique de Tori en apprenant à se protéger et à contre-attaquer.

Uke se doit donc d’être actif, pour lui et pour son partenaire.

Le concept du « mauvais Uke »

C’est quelque chose que je n’avais jamais expérimente dans ma pratique avant de débuter l’Aïkido, le fameux « You attacked me wrong ». J’en ai déjà parlé à quelques reprises sur ce blog et je trouve toujours aussi fascinants les critères qui amènent à qualifier quelqu’un de mauvais Uke. Parce qu’entendons-nous bien, il est possible d’être un mauvais Uke. En réalisant une attaque qui ne présente aucun danger par exemple, ou en refusant de jouer le jeu. Imaginons par exemple que Tori pendant sa défense m’attaque d’un atemi au visage. Je ne bouge pas, et je ne cherche pas non plus à parer, mais je garde toute ma solidité. Il y a là un défaut de logique qui n’est possible que parce que Tori ne me frappe pas réellement dans le cadre de l’exercice. Refuser de jouer le jeu amène donc à un changement des conditions qui ne permettra pas à Tori de continuer sa technique dans des conditions correctes.

Mais ce qui est souvent considéré comme un mauvais Uke est…un Uke qui ne chute pas. Encore faut-il, à mon avis, qu’Uke ait une raison pour chuter. Jouer le jeu ne veut pas dire faire semblant et si les conditions ne sont pas réunies, prétendre qu’elles le sont n’aura pour effet que de laisser Tori croire qu’il a réalisé correctement son mouvement, ce qui ne l’encouragera pas à corriger ses erreurs.

Donner un retour à Tori et apprendre à recevoir

Le rôle d’Uke est double pour moi. Son rôle premier est de donner un retour d’expérience à Tori, et c’est ce qui permet de faire la différence entre une pratique en solitaire et la pratique avec partenaire. Le partenaire nous donne un retour immédiat sur l’efficacité de notre technique, retour qui doit nous permettre d’affiner le mouvement au fur et à mesure. En s’adaptant à son partenaire pour lui donner la difficulté appropriée, Uke a un rôle essentiel dans la progression de Tori.

Apprendre à recevoir permet de comprendre ce qui se passe dans notre corps quand l’on reçoit une technique, et y répondre de la manière la plus adaptée pour conserver son intégrité. En chutant si c’est ce que la situation préconise, ou en contrant la technique si cela est possible. Un bon Uke pour moi peut, et doit, faire chuter Tori s’il estime que les éléments nécessaires à la technique (adaptés au niveau de pratique de Tori) ne sont pas réunis. Il est évident que si sur dix attaques Uke fait chuter Tori dix fois, le niveau de difficulté proposé est trop élevé. Mais le contraire (Tori qui fait chuter Uke 10 fois) implique que le niveau de difficulté proposé est insuffisant et gagnerait à être augmenté.

lundi 5 juin 2017

Le choix des Uke

J’ai souvent évoqué la difficulté d’effectuer une démonstration avec une préparation minimum et des Uke inconnus, et pas forcément toujours à l’aise pour démontrer une pratique qu’ils viennent de découvrir.

La NAMT est un évènement particulier, et dont le niveau est particulièrement relevé, et il me semblait important de ne pas ajouter cette problématique à toutes celles déjà présentes, et c’est pour ça que j’ai choisi de m’entourer des personnes qui connaissent ma pratique et que je sais capables de recevoir a peu près tout et n’importe quoi. J’ai aussi choisi des gens que j’apprécie humainement parce que c’est typiquement un évènement que j’ai envie de partager entre amis. Si je regrette de ne pas avoir réussi à convaincre (forcer ?) Fred, je suis très heureux de l’équipe qui m’entourera ce jour-là. A défaut de pouvoir pratiquer avec eux à l’avance, je sais qu’ils ont toutes les qualités pour que nous puissions faire une démonstration correcte malgré tout. Et que si ça n’est pas le cas, le problème viendra entièrement de moi.

Il n’est pas courant de présenter les Uke, dont le rôle se réduit malheureusement souvent à un rôle de faire valoir, du beau et grand Tori, mais étant bien conscient du fait que ma démonstration ne serait pas la même sans eux, j’en profite pour les présenter et remercier publiquement ici.



Arnaud Dubois
Arnaud pratique le Nihon Tai Jitsu depuis une vingtaine d’années, et s’il se cache derrière un premier dan, ce grade ne représente nullement la qualité de sa pratique. Passionné et également pratiquant de boxe française et de Yoseikan Budo, Arnaud est de tous les stages et sert régulièrement de Uke a tous les experts de l’école. Inutile de dire que j’ai donc une entière confiance dans sa capacité à recevoir mes techniques. Quand il ne se fait pas martyriser en stage, il enseigne du coté de Niort.

Sauf erreur de ma part j’ai croisé Arnaud pour la première fois au stage de Washizu sensei à l’INSEP en 2013 (il est probable que l’on se soit croisé ailleurs sans le savoir cela dit). Nous nous sommes revus au Japon quand il est parti pratiquer avec un groupe de l’école française, puis depuis trois ans lors de mes passages en France.

Guillaume Moulin
Guillaume pratique le Nihon Tai Jitsu au dojo de St Loubes en Gironde depuis une vingtaine d’année et enseigne au sein de ce même dojo. Actuellement 3e dan, je ne l’ai rencontré que relativement tardivement au stage de Nort sur Erdre en décembre 2014, auquel il avait participé avec Arnaud. Curieux de ma pratique il avait donc fait un trajet conséquent pour venir.

Nous nous sommes revus l’année suivante lorsque je suis passe donner un stage dans son dojo puis à nouveau cette année lors de mon passage dans les Landes, toujours avec un très grand plaisir.

Romain Guiheneuf
Je ne présente plus Romain, que j’ai interviewé ici-même récemment. 3e dan de Hankido, qu’il enseigne du coté de Nantes, Romain est certainement avec Fred le pratiquant qui a le plus souffert de mes frasques sur le tatami. Travailleur et intelligent, Romain a su très tôt développer une pratique fine et je suis chaque année impressionne par sa vitesse de progression et celle de ses élèves.

Romain et moi nous sommes rencontrés il y a 11 ans maintenant à nos débuts en Hankido, et il est l’une des rares personnes à avoir fait le trajet jusqu’à Hong Kong pour que nous puissions pratiquer ensemble.

mercredi 31 mai 2017

[Livre] The Aiki Singularity: Transformative Power par S.E. Meredith

De nombreux livres ont été écrits, avec plus ou moins de succès sur l’Aiki et les moyens pour y parvenir. Je pense notamment aux deux ouvrages de Kimura Tetsuo sur Sagawa sensei, incontournable pour tous les pratiquants d’Aunkai, mais la littérature sur le sujet est évidemment éminemment plus riche.

Scott Meredith est pratiquant d’arts internes chinois (Tai Chi et Xing Yi notamment) et de Yoga, et particulièrement intéressé par l’aspect énergétique de la pratique. Dans cet ouvrage, il s’intéresse plus particulièrement à Sagawa sensei et propose une lecture de ses propos ainsi que trois exercices principaux en les passant sous le filtre des arts martiaux internes chinois, proposant ainsi un lien direct entre les cultures martiales des deux pays. Chacun des exercices est proposé d’abord de façon très simple, puis avec des ajouts permettant un travail énergétique plus fin.

Parmi ses exercices, on retrouve notamment une version de Shiko, passée sous le crible du Tai Chi, notamment dans la façon de poser le pied au sol, le “Cat Step Protocol”.  Une approche qui diffère de celle d’Aunkai et qui pour moi ne règle qu’une partie de la question, dans le sens où elle ne permet pas à mon sens d’appréhender ce qui permet la montée de la jambe à travers les connexions internes. Le but de l’exercice proposé me semble de fait différer du Shiko pratiqué en Aunkai, je ne saurais dire s’il est proche de celui de Sagawa. En revanche bien qu’ayant une approche différente j’ai trouvé les idées intéressantes et j’ai eu plaisir à expérimenter les choses sous un angle nouveau.

L’aspect énergétique est de fait essentiel dans cet ouvrage. Je précise tout de suite que ça n’est pas mon approche. Je n’ai de fait pas une grande sensibilité aux flux d’énergie dans mon corps et si je n’ai pas de souci avec l’idée de l’énergie interne, bien au contraire, je n’en fais pas le coeur de ma pratique martiale. Je reste en revanche convaincu que la pratique martiale implique de savoir sortir des sentiers battus, de ses croyances et de ses habitudes, et c’est avec cet esprit que j’ai lu cet ouvrage et essayé les exercices. Je ne peux que vous inviter à y jeter un oeil également ou à visiter le blog de l’auteur.

mardi 30 mai 2017

Aunkai et Aikido à Singapour

De passage à Singapour, je pensais faire un stage d’Aunkai comme l’an dernier. Malheureusement, le timing ne le permettra pas et je rencontrerai donc Terry et Sherman près de mon hôtel pour une petite session informelle. L’occasion de revoir les bases avec eux, mais aussi de leur amener un peu plus, notamment dans les liens qui existent entre les exercices d’Aunkai et la pratique de l’Aïkido. Sur le travail d’Age Te/Sage Te, le relâchement du dos, l’utilisation du pelvis, et bien d’autres éléments. Une session courte mais vraiment riche qui m’a certainement éclairé au moins autant qu’eux.

J’ai aussi profité de mon passage pour aller pratiquer l’Aïkido sous la direction de Philip Lee, 7e dan Shihan. J’avais déjà eu l’occasion de rencontrer Philip Lee, ses fils et un grand nombre de ses élèves l’an dernier lorsque nous avions organisé un stage d’Aunkai, mais je n’avais jamais suivi ses cours.

Le siège de l’Aïkido Shinjukai a changé, l’endroit est beaucoup plus agréable et mieux foutu que l’an dernier, et était apparemment déjà le siège de l’organisation il y a 7 ans. Contrairement à HK, l’Aïkido est très présent à Singapour, et Philip Lee compte en plus du dojo central 55 dojos dans la ville-Etat, pour un total de 10,000 pratiquants. J’ai participé à deux cours, mercredi soir réservé aux avances, et jeudi soir plus oriente vers les débutants.

J’ai passé un bon moment, même si la pratique s’éloigne un peu de ma recherche. On est en effet dans une pratique très dynamique, qui peut rappeler celle du courant Tissier ou de Shirakawa Ryuji. Pas forcément mon approche donc, mais c’était néanmoins agréable de pratiquer et de transpirer un peu (euphémisme dans la chaleur singapourienne). J’étais heureux aussi de revoir un certain nombre de têtes connues. Enfin je dois dire que pratiquer dans un beau dojo, avec autant de monde (probablement pas loin de 50 pratiquants par session) et une certaine rigueur du début à la fin me dépayse agréablement.

Après le cours, Philip Lee et son fils m’ont très gentiment invité à manger un morceau et échanger autour de quelques bières, attention que j’ai réellement appréciée, parce que si rien ne les y obligeait ce sont vraiment des personnes très sympathiques avec lesquelles j’apprécie passer du temps.






dimanche 23 avril 2017

Romain Guihéneuf: A la recherche de l'union des énergies

Romain pratique les arts martiaux depuis plus de 15 ans. En 2005 il découvre le Hapkido puis le Hankido qu'il enseigne aujourd'hui à Nort sur Erdre, près de Nantes. Atteint d'une maladie génétique qui affecte sa vue, Romain a fait très tôt le choix d'une pratique fine, en sensation, qu'il a complétée par un travail thérapeutique via le Reiki et le Shiatsu.

J'ai parlé de Romain à de nombreuses reprises sur ce blog, et je n'ai jamais caché la grande appréciation que j'ai pour l'homme autant que pour le pratiquant. Aujourd'hui je vous propose un entretien très enrichissant avec Romain. 



Romain Guihéneuf



Pour commencer, peux-tu nous parler de tes débuts dans les arts martiaux?

Ma première expérience dans les arts martiaux était vers 18 ans, j’ai pratiqué pendant un an le Jujutsu à Carquefou près de Nantes. A cause de mes études, Je n’ai pas pu continuer mais cela m’avait bien plu. Par la suite, j’ai voulu retrouver une école mais n’en trouvant pas j’ai essayé d’autre styles comme le Karaté, l’Aikido et bien d’autres encore.

C’est en 2005 que j’ai trouvé le Hapkido auprès d’André Dominé. J’ai découvert plus tard le Hankido et l’école IHF avec le frère d’André, Maître Edmond Dominé qui est le responsable France du Hankido.

Edmond Dominé
photo par Pascal Ravier

Tu pratiques et enseignes depuis le Hankido, qui reste une école particulièrement méconnue, peux-tu nous en parler ?

Notre école fait partie de l’IHF (international hapkido federation) qui regroupe trois styles, le Hapkido, le Hankido et le Hankumdo. Le Hapkido est déjà plus connu car mieux développé en France par la présence de différentes écoles Coréennes.

Pour le Hankido, le fondateur Myung Jae Nam ayant étudié auprès de Morihei Ueshiba, a voulu développer son style en créant une synthèse de l’Aikijutsu et de l’Hapkido en 12 formes. C’est pourquoi visuellement et philosophiquement, ce style se rapproche de l’Aikido.

Maître Myung Jae Nam, fondateur du Hankido
source: Hankimuye.org


Enfin le Hankumdo qui est la partie sabre de l’école. Il est basé sur le Hangeul, l’alphabet coréen. Tout le travail consiste à dessiner avec le sabre chaque lettre de l’alphabet dans un sens ou dans un autre (en miroir). Ce système permet de travailler tous les angles de coupes et tous les blocages en facilitant la mémorisation. Le fondateur voulait créer un style qui soit en harmonie avec l’esprit coréen.

Tu as également pratiqué un art du sabre coréen, le Haidong Gumdo. Quelle différence avec le Hankumdo que vous pratiquez à l’IHF? De façon générale, qu’est-ce que la pratique du sabre t’apporte ?


Oui j’ai pratiqué le Haidong Gumdo pendant quelques temps auprès de Maître Jean François Capozzi, responsable France. Le principe étant le combat à un contre plusieurs adversaires, on retrouve beaucoup de mouvements circulaires avec des postures bien spécifiques. On cherche non pas à couper mais à pourfendre.

Le Haidong m’a appris l’importance des appuis, à corriger ma posture, l’attitude, le mouvement, les axes, l’intention, tous ces principes qui sont essentiels aux arts martiaux. L’avantage avec la pratique du sabre c’est que l’on ne peut pas tricher, on est obligé d’être précis et honnête avec soi-même et son partenaire.

Pour le Hankumdo, c’est une pratique totalement différente. Le Haidong Gumdo est vraiment un art martial à part entière, tandis que pour moi, le Hankumdo est plus une manière de travailler certains principes grâce au sabre. On va beaucoup travailler sur la symétrie.


En parallèle des arts martiaux, tu pratiques le Reiki et le Shiatsu. Peux-tu nous parler de ces disciplines et de leur complémentarité avec ta pratique martiale ?


Oui, je suis thérapeute en soin énergétique Reiki, cela consiste à équilibrer les centres d’énergie du corps, les Chakras, par l’imposition des mains.  A côté de cela, j’ai voulu compléter ma pratique par le Shiatsu. Pendant un an, j’ai appris le Shiatsu familial auprès de l’école du toucher de Nantes.

 Cette expérience m’a permis de mieux comprendre le corps humain, de sentir toutes les tensions que l’on accumule au quotidien, C’est sur ce point que l’on peut faire un lien avec les arts martiaux. Le fait de sentir les tensions de son corps permet de mieux se corriger et d’adapter ses techniques en fonction. On se rend vite compte que l’on force dès qu’il y a un mauvais placement ou une mauvaise utilisation du corps. La pratique des méridiens, la compréhension du Um-Yang (Yin Yang en coréen) peux être également très utile dans la pratique martiale.

Nous nous voyons chaque année lors de mes passages en France et je suis toujours impressionné par la rapidité de ton évolution. Peux-tu nous parler de tes axes de recherche ?

Justement, c’est en sentant toutes mes tensions du corps que je peux me corriger et du coup avancer plus facilement. Je travaille beaucoup en sensation.

La difficulté avec ce genre de pratique, c’est qu’il faut changer son état d’esprit. Beaucoup de pratiquants arrivent dans les arts martiaux pour apprendre à se défendre. Cela n’est pas forcément une mauvaise chose mais de mon point de vue, si l’on ressent le besoin d’apprendre à se défendre c’est qu’au fond on ne se sent pas en confiance ou pas en sécurité. Du coup, on est dans la peur, dans l’égo, donc très souvent le corps est en tension. Pour libérer le corps, il faut libérer l’esprit. Une fois que l’on commence à être en harmonie avec soi-même, on peut commencer le travail en sensation. Ensuite, il faut apprendre à utiliser l’intégralité du corps dans le mouvement ce qui engendrera moins de force physique et donc moins de tensions.

Pour ma part, ma recherche actuelle consiste à créer une relation avec mon partenaire, à être en totale harmonie avec lui. Donc il faut que la notion d’espace-temps, de mouvement, d’intention soit juste. Il faut que le mouvement paraisse naturel. On ne doit pas rajouter de tension dans le corps de l’autre.
Ensuite, mon deuxième axe consiste à ce que mon geste soit le plus fin possible. Bien sûr, pour que cela fonctionne, il faut que le partenaire soit dans le même état d’esprit, sinon on rentre dans un travail totalement différent. Ce que j’aime le plus la pratique, c’est quand on arrive à y mettre de l’émotion, cela reste un art avant tout.

"Il faut que le mouvement paraisse naturel. On ne doit pas rajouter de tension dans le corps de l’autre."
Romain Guihéneuf


Que t’apporte-le fait d’enseigner ? Est-ce que les différents publics que tu touches (enfants, adultes, stages) t’apportent des choses différentes
?

Le fait d’enseigner nous oblige à nous poser des questions. Bien sûr selon le public il faut perpétuellement s’adapter. L’enseignement amène à se corriger. Souvent, quand j’explique une technique à un élève, il m’arrive d’avoir des petits détails qui me sautent aux yeux.
On peut également être confronté à une question inattendue d’un élève, ce qui nous pousse à creuser plus loin notre réflexion. Les enfants sont très forts à ce jeu là.

Quelles sont les personnes qui t’ont le plus influencé dans ta pratique ?

Quand j’ai commencé la pratique, je dis toujours que j’ai eu de la chance d’avoir été bien accompagné. Au lieu d’un seul instructeur, j’en ai eu trois. J’ai eu André Dominé, l’instructeur principal, Emmanuel Joguet et toi Xavier avec qui j’ai pratiqué à côté ce qui m’a permis d’avancer plus vite.  Aujourd’hui ça continue toujours avec toi et Emmanuel à travers les stages. C’est toujours un plaisir de partager et d’échanger sur nos pratiques.

Ensuite, il y a eu Franck Dominé, ancien pratiquant de Hankido et actuellement instructeur France Haidong Gumdo. C’est grâce à lui que j’ai redécouvert la richesse du Hankido. Il m’a montré une autre manière d’enseigner, à partir de là j’ai commencé à ouvrir les yeux et de ce fait ma pratique a totalement changé. Mon chemin d’évolution a continué avec Maître Capozzi qui est très impressionnant techniquement. Grâce à lui j’ai pu faire évoluer mon Hankido.

Aujourd’hui, j’ai découvert le travail de Léo Tamaki, Hino Akira et Kuroda Sensei et du coup cela influence forcement ma pratique. Ce que j’aime, c’est leur compréhension et leur utilisation du corps. J’ai également découvert le travail d’Akuzawa Sensei à travers toi durant tes stages. On ne peut pas rester insensible à ce genre de pratique.

Tu as eu l’occasion de pratiquer en Corée avec le Maître Ko Ju Sik, directeur de l'lHF. Quelles sont les différences qui t’ont marqué dans la façon d’enseigner en Corée par rapport à la France ?

Oui, j’ai eu un fois l’occasion de m’entrainer en Corée et deux fois en France auprès de Maître Ko Ju Sik. La première fois j’appréhendais un peu car l’enseignement en France du Hankido manque de clarté. Nous n’avons aucun support pédagogique en place et du coup il faut se débrouiller tout seul. Une fois arrivé là bas, j’ai vite été rassuré car ma pratique correspondait bien à la leur.
Le Maître Ko Ju Sik en France

Maître Ko est un homme très gentil prêt à donner beaucoup. Il aimerait que le Hankido soit mieux valorisé en France. Au niveau pratique, je dirais qu’il est puissant mais doux à la fois. On retrouve chez lui tous les principes de corps mais d’une manière plus cachée. Avec la barrière de la langue, je suis sûr qu’il y a beaucoup de détails que l’on rate mais on arrive toujours à en retrouver avec le temps.

La difficulté pour évoluer techniquement, c’est qu’à chaque fois son enseignement reste ciblé sur les fondamentaux. Pour lui, le niveau n’est pas assez élevé pour nous en montrer plus. C’est pourquoi j’aimerais y retourner plus régulièrement.


Le Hankido avait à une époque un protocole d’accord avec l’Aikido. cela n’est plus le cas aujourd’hui mais peux-tu nous parler des similarités et différences entre ces deux écoles selon toi?

Pour moi la plus grande similarité entre l’Aikido et le Hankido est sa philosophie. On retrouve également tout le travail sur les déséquilibres, le cercle, l’utilisation de la force du partenaire. Après nous avons en plus tout un travail plus spécifique de boxe poing pied à travers le hapkido.

Les arts coréens sont souvent accusés de copier les arts japonais. Selon toi qu’est ce qui les rend si spécifiques ?


Pour moi, touts les arts martiaux se rejoignent, il n’y en a pas un meilleur que l’autre. Les principes restent toujours les mêmes, c’est juste la manière de présenter ou les axes de travail qui diffèrent.
Après ce qui ressort le plus chez les coréens c’est qu’ils adorent tout ce qui est démonstratif, spectacle. Dans leur démo, on voit beaucoup d’acrobaties avec les coups de pied, les chutes, les combats à un contre plusieurs. C’est ce qui rend les arts coréens assez attractifs. Cela n’empêche pas une grande richesse technique

Le travail en solitaire est une partie importante de la pratique en Hankido. Peux-tu nous parler de ses bénéfices et de la façon dont tu t’entraines hors du Dojang ?


Oui nous avons les 12 formes à travailler dans le vide en statique et en dynamique en sachant qu’il y a le côté positif et le côté négatif (terre et ciel). Dans un premier temps cela demande un gros travail de mémorisation et de visualisation.

Dans un deuxième temps on va travailler, la structure de corps par la posture, l’équilibre en statique et en mouvement. Ensuite, on va synchroniser le geste avec la respiration et enfin faire un travail de ressenti sur l’énergie.  Cela permet de mieux appréhender le travail avec partenaire.

Je les ai beaucoup travaillées face à un miroir cela permet de voir tous les mauvais placements et déséquilibres du corps. Aujourd’hui, je suis plus sur la logique de corps. Comment le placer afin qu’aucune tension ne soit engendrée. Du coup quand on est bien à l’écoute de son corps on corrige et comprend pas mal de petits détails.

Les 12 formes du Hankido en positif et négatif

Tu es atteint de rétinite pigmentaire, une maladie génétique qui te fait progressivement perdre la vue, mais c’est presque indécelable quand on te voit pratiquer et tu as su développer tes autres sens et ton intuition pour amener ta pratique a un haut niveau malgré ces difficultés.  Alors que la plupart d’entre nous se reposent sur la vue pour apprendre les techniques, mais aussi pour les pratiquer, comment as-tu adapté ta pratique ?

En fait, au départ je n’ai pas cherché à adapter quoi que ce soit, je voulais juste pratiquer pour le plaisir. Comme tout le monde, je galérais à essayer de comprendre ce que montrait l’instructeur mais la vue n’a pas forcement été un problème. Bien sûr pour ne pas rater tous les petits détails techniques, que je ne voyais pas, je demandais aux gradés ou à l’instructeur de les faire sur moi. Du coup, à force de répétition, j’ai dû développer mes sens. Je pense que c’est grâce à cela qu’aujourd’hui je peux tout ressentir par le touché.

Par la suite, par mon enseignement et par une meilleur connaissance de moi même, j’ai compris que ce ressenti était justement mon point fort et c’est pourquoi aujourd’hui je ne travaille qu’en sensation. Du coup pour mes élèves ce n’est pas tous les jours facile, ils ont parfois du mal à me suivre. C’est vrai qu’en travaillant comme ça, la difficulté est beaucoup plus grande. Cela demande du courage et de la détermination, il faut être patient. Par contre une fois que l’on a acquis cette capacité, on avance beaucoup plus vite et les résultats sont souvent meilleurs. Par la vue, on peut facilement se faire avoir par un effet d’optique, par contre par la sensation il est déjà plus rare de se tromper. En utilisant que la vue, on reste sur un travail externe, il faut utiliser tous ses autres sens pour pouvoir comprendre et apprécier toutes les subtilités des arts martiaux.

Le mot de la fin

Merci Xavier de m’avoir proposé cette interview ; c’est un exercice qui n’est pas facile mais qui reste intéressant.  Je pense que dans quelques années je pourrai t’en dire plus sur ma pratique car je suis encore jeune dans mon évolution martiale. Pour conclure, j’espère que cette interview donnera envie aux pratiquants de venir découvrir le Hankido IHF et de creuser vers ce travail en sensation. Faire mal c’est facile on en est tous capable par contre être juste dans sa pratique martiale cela demande beaucoup plus d’investissement et de rigueur.


Merci à toi pour le temps que tu y as consacré. Je prends bonne note de te proposer un nouvel entretien dans quelques années.

jeudi 20 avril 2017

Méditation

En Nouvelle Zélande en Novembre, Akuzawa sensei nous avait demandé si certains d’entre nous méditaient, et j’avais répondu positivement. Il m’avait pointé du doigt en disant « toi, Xavier ? Tu médites ??? », comme s’il venait de recevoir un électrochoc. Et pourtant…

En complément du Yoga, je pratique depuis plusieurs mois la méditation quotidiennement. Une pratique dont j’étais curieux depuis un moment mais que je ne savais pas forcement bien par quel bout prendre, sorti des quelques minutes qui y sont parfois consacrées lors d’une session de Yoga.

Je suis d’un naturel stressé, et je ne vis pas dans l’endroit le plus relaxant qui soit. Le fait est que si le manque de temps est quelque chose que l’on ressent tous, c’est particulièrement vrai dans une ville grouillante comme Hong Kong où le temps semble s’enfuir et où l’on se sent courir perpétuellement après sa vie sans jamais la rattraper.

J’ai commencé la méditation parce que je ressentais un besoin de me poser, et d’éliminer mon stress. Ce que la méditation ne fait en réalité pas, puisqu’il s’agit plus d’observer notre corps et nos émotions que d’essayer de les changer. Mais le fait de s’asseoir, de fermer les yeux et de se concentrer sur sa respiration permet d’une certaine manière d’alléger le stress et les tensions en oxygénant les tissus et en relâchant les tensions.

C’est en méditant que je me suis rendu compte à quel point mon cerveau était en ébullition constante. Aujourd’hui encore il m’est très difficile de rester concentré sur ma respiration ne serait-ce qu’une simple minute, mais je ressens malgré tout déjà les bienfaits de cette pratique.




Etre présent

La meditation a pour but de nous rendre présent, voire de nous ramener au moment présent. Ce qui semble comme une évidence ne l’est pourtant pas, car nous passons la majeure partie de notre temps dans le passé à ressasser, ou dans le futur à imaginer ou à s’inquiéter de conséquences éventuelles. Tout ceci nous amène logiquement à sortir de la réalité de l’instant. Des pratiques comme la méditation permettent de revenir à l’instant présent et de vivre le moment tout simplement. Mais la méditation n’est pas la seule activité qui le permette et paradoxalement les arts martiaux sont devenus pour moi un moment privilégié pour me recentrer.

On pourrait supposer que le Yoga serait l’activité qui me ramènerait le plus vers l’instant present. Et si c’est en partie le cas, je ne peux qu’avouer que lors d’une seance mon esprit continue à voguer d’une pensée à l’autre. Seul face à soi-même il est aisé de se laisser prendre par le flot de la pensée. La pratique martiale a cet avantage considerable qu’elle nous met face a nous-mêmes, mais pas que. Face à un partenaire décidé, il n’y a guère de place pour laisser l’esprit voguer entre le présent et le passé, car le moindre moment d’inattention est sanctionné.


mardi 18 avril 2017

Foshan – sur les traces de Yip Man, Wong Fei Hong et Bruce Lee

Comme beaucoup, ma passion pour les arts martiaux a commencé en regardant des films de Kung Fu, notamment ceux de Jackie Chan, Bruce Lee et Jet Li. Wong Fei Hong, héro de Drunken Master (Combat de Maitres) avec Jackie Chan et Once Upon a Time in China (Il était une fois en Chine) avec Jet Li, était probablement le personnage le plus marquant parce que l’un des plus récurrents, et si ma connaissance des arts chinois est restée très limitée, j’ai toujours garde un très bon souvenir de ces films.

Avance rapide de quelques années, je suis allé passer quelques jours a Foshan pour le weekend de Pâques. Si vous avez vu les films sur Yip Man, Foshan ne peut vous être inconnue puisqu’il s’agit de la ville du maitre, qu’il quittera en 1949 pour Hong Kong. Foshan se situe dans la région de Guangdong, a proximité de Guangzhou (Canton), tellement a proximité d’ailleurs que le métro lie les deux villes. Nous sommes à un peu plus de trois heures de route de Hong Kong, par la route ou par le rail. Ce que j’ignorais, et apprendrai donc au cours de ce weekend, c’est que Wong Fei Hong est également originaire de Foshan.

Que voir à Foshan pour un amoureux des arts martiaux ?

L’existence de ses deux maitres n’est pas qu’anecdotique pour Foshan, et il est donc possible de suivre leurs traces au Zamia Museum, en plein cœur de la ville. Un endroit superbe, plus proche d’un temple que d’un musée vu de l’extérieur, et qui comporte de nombreux bâtiments dédiés aux deux maitre.

Le mémorial de Wong Fei Hong permet notamment de découvrir un peu plus la vie du maitre, ses débuts dans la pratique martiale, sa vie personnelle, les ouvrages qui lui ont été consacrés, et évidemment les films L’entrée du mémorial amène sur une cour intérieure dans laquelle de jeunes garçons pratiquaient avec passion le Hung Gar, pendant qu’un cours manifestement pour les étrangers se tenait à part, dans le bâtiment lui-même. A l’étage on retrouvera la chronologie des films et de nombreuses photos d’époque.

Un peu plus loin se tient la partie sur Yip Man et Hong Kong, les deux étant intrinsèquement lies. Le développement du Wing Chun a HK avec des photos des différents endroits où le maitre a enseigné, ainsi qu’avec ses amis et sa famille. Plus loin on retrouvera les biographies de ses élèves les plus célèbres, dont évidemment Bruce Lee.

Bruce Lee Paradise

Les amateurs du petit dragon ne seront pas en reste puisqu’à une heure de taxi vous trouverez « Bruce Lee Paradise », un parc entièrement dédié à Bruce Lee. En pleine nature entouré par la montagne et la rivière, le parc est construit autour de la maison des ancêtres de Bruce Lee et retrace la vie de celui qui a amené plus d’un d’entre nous à pratiquer les arts martiaux. 

Dès l’entrée dans le parc, on peut voir la plus grande statue en bronze de Bruce Lee, d’une hauteur de 18.8m. Il est possible de se balader dans le parc, de faire un tour en bateau sur la rivière, ou de retrouver les ouvrages du jeune maitre, les magazines sur sa vie, quelques reliques des films, ou encore de regarder les films dans leur intégralité dans la salle de projection.

mercredi 12 avril 2017

Qu’importe le talent pourvu qu'on ait l'ivresse

La semaine dernière après l’entrainement, Hugh me demandait combien de personnes ayant commencé en même temps que moi dans mon dojo pratiquaient encore. Honnêtement j’avoue que ça fait longtemps et que les lignes se brouillent un peu au bout d’un moment quand il s’agit de se souvenir de qui a commencé quand, mais sauf erreur de ma part sur les deux dojos de St Germain en Laye, nous sommes deux pratiquants encore en activité ayant commencé en septembre 1998, François et moi. Je ne saurais pas dire s’il reste encore beaucoup de pratiquants ayant commencé l’année précédente ou la suivante.

Le fait est que la perte dans les effectifs est toujours très forte. Je n’ai pas les stats précises en tête, mais je ne serais pas surpris que l’on perde plus 50% des pratiquants la première année. Et une grande partie du reste avant le Shodan, qui n’est pourtant pas un niveau particulièrement avance et encore moins inaccessible.

Il y a de tout parmi les pratiquants qui arrêtent rapidement et on aurait tort de penser que seuls les plus doués restent. Si je n’ai ni vidéos de mes débuts, ni de souvenirs très objectifs, je ne crois pas que j’étais exceptionnellement doué, assez loin de là, j’étais probablement dans la moyenne. Je me souviens de pratiquants qui avaient commencé en même temps que moi et que je trouvais bien meilleurs, pour qui les choses étaient vraiment naturelles. Paradoxalement tous ceux dans ce cas-là ont arrêté assez rapidement.

Le talent ou le travail
Le talent compte au final relativement peu. S’il est bien sur toujours préférable d’en avoir, les personnes qui vont le plus loin sont rarement celles qui étaient les plus douées au départ, mais plutôt celles qui ont le plus travaillé, parce que justement ça n’était pas naturel. Je crois me situer plutôt dans ce cas-là. Ni particulièrement doué, ni particulièrement manchot, c’est en pratiquant beaucoup pendant de nombreuses années que j’ai réussi à progresser à développer quelques qualités. D’un certain cote je crois que le talent, comme le fait d’avoir d’excellentes qualités physiques de base, est potentiellement un facteur limitant dans la progression. De même que disposer d’une grande force physique n’incite pas à faire les efforts (considérables) pour modifier l’utilisation du corps, les personnes naturellement douées ont parfois tendance à laisser tomber plus vite, peut-être parce qu’elles sont moins préparées à gérer les difficultés quand elles arrivent. On aimerait tous être doués, moi le premier, mais le talent ne suffit pas.

Nous avons naturellement tendance à idéaliser le talent, comme si la compétence dans un domaine était quelque chose d’inné. Nous avons plus ou moins de facilites, c’est certain, mais les facilites ne sont qu’une part de l’équation. Il est d’ailleurs amusant comme on a tendance à idéaliser le talent dans la musique, l’art ou les arts martiaux, et à se trouver des excuses puisque nous ne sommes pas talentueux, mais aucun d’entre nous n’imagine aller voir un médecin qui n’ayant jamais étudié la médecine ne se repose que sur son talent. Et pourtant, il s’agit bien de la même chose. Nous partons d’une base plus ou moins bonne, mais c’est ce que nous construisons à partir de la qui compte réellement.

Si je crois etre parti d’une base vraiment dans la moyenne, je suis en revanche conscient des heures de pratique quotidiennes que je me suis imposees, et du fait que je me suis donné les moyens d’avancer, envers et contre tout.

L’engagement dans la pratique
L’engagement est ce qui différencie le plus les pratiquants, pas le talent. Nous avons tous des envies différentes, des ambitions et des priorités différentes, c’est normal et je dirais même que c’est sain. En revanche il est normal que celui qui s’engage considérablement plus progresse plus. Un « pratiquant du dimanche » qui pratique 1-2 fois dans la semaine progressera évidemment moins que celui qui consacrera la majeure partie de son temps libre à ça. Imaginez si ça n’était pas le cas…

Il existe dans les arts martiaux une théorie des 1,000/10,000 heures. 1,000 heures pour avoir les bases, 10,000 heures pour les maitriser. Si ça n’est évidemment qu’une théorie et qu’il faut la prendre avec précaution, elle me semble un indicateur intéressant. 1,000 heures représentent pour moi plus ou moins ce qu’il faudrait pour atteindre un Shodan. J’en parlais a une de mes élèves qui me demandait en combien d’années elle pourrait y accéder, et ma réponse étant donnée son assiduité a été « environ 20 ans, mais il ne tient qu’à toi que ça aille beaucoup plus vite ». Si on prend une base de 4 heures par semaine de pratique (rien de bien exceptionnel), on tombe vers 5-6 ans, ce qui ne me semble pas particulièrement aberrant.

L’engagement dans la pratique est aussi quelque chose qui dépasse le simple cadre du nombre d’heures de cours. En bon obsessionnel, il est peu de moments où hors de la pratique je ne pense pas à la pratique, ne corrige pas ma posture, ne lit pas un ouvrage sur le Bujutsu ou le corps humain, ne regarde pas des vidéos. Au point que ma femme me regarde souvent du coin de l’œil en souriant et en disant « age te, sage te » en me voyant bouger les mains pendant que nous marchons.

Nous recherchons tous quelque chose de différent lorsque nous pratiquons. Une activité physique, une activité sociale, une recherche personnelle, peu importe. La pratique nous apporte ce que l’on veut bien y trouver.

jeudi 23 mars 2017

Démonstration à la NAMT

Dans mon bilan 2016, j’avais évoqué le fait que 2017 serait ponctuée de quelques surprises. La première était la venue de Leo Tamaki à Hong Kong début mars. La seconde est ma participation à la NAMT en juin, une première évidemment pour moi, mais également pour le Nihon Tai Jitsu.

On ne présente plus la NAMT. Créée en 2007, elle attire depuis de nombreuses années un grand nombre de connaisseurs, venus admirer le travail d’experts hors du commun, tels qu’Akuzawa Minoru, Kuroda Tetsuzan, Tobin Threadgill, Alain Floquet, Ellis Amdur et j’en passe. Difficile de les citer tous tant le programme est chaque année de très haut niveau et cela fait d’ailleurs déjà quelques temps que je pense organiser un séjour en France autour de cet évènement pour pouvoir y assister.

Mon niveau est évidemment à des lieues des personnes nommées plus haut, et j’avoue avoir cru à une erreur en recevant l’invitation à démontrer. Mais passée la surprise, et malgré la distance et le fait que mes vacances en France pour cette année étaient déjà prévues pour janvier-février, j’ai sauté sur une occasion inespérée de pouvoir voir d’aussi près le travail de tous ces experts et de participer à l’AikiTaikai. Ah oui, et de présenter mon travail aussi.

Démontrer n’est pas un exercice facile pour beaucoup d’entre nous, notamment parce que ça n’est pas quelque chose que nous pratiquons de façon régulière. A l’entrainement nous travaillons des détails et essayons d’améliorer progressivement notre pratique pour aller plus loin. En démonstration au contraire il s’agit de montrer un produit fini, de raconter une histoire et donc de présenter de façon compréhensible notre pratique à des gens qui ne la connaissent pas. J’ai personnellement participe a peu de démonstrations, quelques-unes en France dans de petits évènements locaux, et trois fois au festival de la All Japan Budo Federation à Kyoto, un rendez-vous que j’ai toujours trouve aussi intéressant que difficile puisque je ne rencontrais mes partenaires que la veille et qu’ils découvraient l’école.

En venant a la NAMT, il est évident que je n’amènerai pas non plus mes partenaires les plus réguliers de Hong Kong En revanche j’ai la chance d’y connaitre un certain nombre de pratiquants, dont certains connaissent bien mon travail et savent à quoi s’attendre. C’est je pense très important et c’était d’ailleurs le sujet d’un article que j’avais écrit il y a quelques mois. Si nous n’aurons pas vraiment l’occasion de répéter à l’avance, je n’ai aucun doute sur le fait qu’ils sauront s’adapter sans difficulté à ce que je proposerai ce soir-là. D’ici-là il ne me reste plus qu’à pratiquer pour proposer la démonstration la plus intéressante possible.
 

vendredi 10 mars 2017

Léo Tamaki à Hong Kong

J’ai plusieurs fois partagé sur ce blog mon appréciation envers Léo et sa pratique, même si force m’est de reconnaitre que ne rentrant que peu en France j’ai extrêmement peu d’occasions de pratiquer sous sa direction et donc d’appréhender réellement le Kishinkai, d’autant que la pratique proposée est particulièrement complexe et sur certains aspects peut paraitre aux antipodes de la mienne.

C’est pour toutes ces raisons que j’étais très heureux de recevoir Léo à Hong Kong et d’avoir un week-end entier pour découvrir un peu plus l’Aikido qu’il propose, mais aussi pour pouvoir discuter un peu, chose qui n’est évidemment pas possible lors d’un cours.

Réunir des gens pour pratiquer à Hong Kong est toujours un défi. Les gens sont en déplacement professionnel, ont des obligations, doivent déménager (on déménage beaucoup ici…), bref ils sont intéressés mais pas toujours disponibles. Malgré tout nous avons pu réunir une dizaine de personnes aux parcours variés, tous curieux de voir la pratique qui leur serait proposée, et qui sont tous repartis conquis.

Et de fait le travail proposé était vraiment passionnant. Comme toujours je me suis senti transporté hors de ma zone de confort et c’est avec un plaisir immense que j’ai découvert des exercices qui ressemblent parfois visuellement comme deux gouttes d’eau à des exercices que je pratique régulièrement… mais dont la sensation va presque à l’opposé. J’ai en tête notamment un exercice au Jo qui se rapproche de ce qu’on pourrait faire au Rokushakubo en Aunkai, sauf qu’en Aunkai ma sensation est celle d’une force qui passe via les fascia, presque en enveloppant le corps, la sensation est lourde et je sens mon centre de gravité passer dans le corps de mon partenaire. rien de tout ça ici, et si j’ai senti une connexion dans mon corps elle était plutôt de l’ordre d’un fil de soie, fin et délicat qui pourrait se rompre à tout moment, une sensation légère.

Je ne reviendrai pas sur tous les exercices parce que je crois qu’au final c’est surtout la sensation qui compte et qu’il est difficile de mettre des mots sur des sensations, mais j’ai passé un weekend excellent à essayer tant bien que mal d’oublier le peu d’acquis que j’ai et de me plonger dans une approche différente. Ca n’était pas forcément une réussite mais j’en suis ressorti profondément inspiré et c’est le principal.