mardi 17 octobre 2017

Aunkai en Nouvelle Zélande

La Nouvelle Zélande n’est pas juste un pays aux paysages magnifiques, terre des fameux All Blacks et du Seigneur des Anneaux. C’est aussi un territoire qui malgré une population peu nombreuse a deux groupes de travail d’Aunkai, et pas des moindres. Les groupes sont en effet diriges par deux pratiquants émérites dont je ne saurais trop vanter les qualités, Filip Maric à Auckland et Liam O’Donogue à Christchurch.

Profitant de quelques jours de vacances dans la région, nous avons décidé d’organiser un stage d’Aunkai dans chacun des deux groupes, histoire de passer un peu de temps ensemble à pratiquer. Le temps était relativement court, 3h pour Auckland, 2h pour Christchurch et il est bien évidemment difficile de creuser tous les sujets en peu de temps, il a donc fallu faire des choix. Pour les deux sessions, j’ai donc choisi d’explorer différents attributs corporels que l’Aunkai développe : un corps stable, lourd, connecté, mais aussi mobile. La mobilité dans ce cas précis étant surtout une capacité à bouger les différentes parties du corps indépendamment afin de réorganiser le corps autour du point de contact. Ces attributs pouvant être utilises séparément ou combines selon les besoin.

Je ne rentrerai pas dans le détail des exercices pratiques ici, en revanche certains sont visibles dans la vidéo ci-dessous ainsi que sur certaines vidéos partagées sur la page Facebook du Seishin Tanren Dojo.

lundi 18 septembre 2017

La densité dans la pratique

Il y a un an j’avais évoqué les recherches que j’avais en cours, et notamment l’augmentation de densité qui en avait résulté, et les liens que je percevais entre la densité / le poids perçu et l’utilisation du sternum, element cle de l’alignement du corps et donc de la transmission de poids. Un an plus tard, ma perception du sujet est un peu plus complexe.

La densité, pour quoi faire ?

C’est la première question que l’on devrait se poser à chaque étape de la pratique : pourquoi ? Chaque exercice proposé a une utilité et les attributs physiques développés sont faits pour nous amener à bouger d’une certaine façon et à créer une certaine qualité de contact. La densité est une des possibilités, mais elle n’est évidemment pas la seule.

La densité se traduit tout d’abord par une sensation de poids, qui semble plus important que le poids réel. Quiconque a touché Akuzawa sensei sait par exemple à quel point le poids qu’il transmet est incomparablement plus élevé que les 60 kgs annoncés. Ce qui le rend difficile à bouger d’une part, mais qui surtout lui donne un avantage considérable des qu’il utilise la force de la gravité pour littéralement poser ce poids sur nous. Bien loin d’un travail en force contre force, cette approche permet de créer un type de force inhabituel, sans tension.

Au contact, dans un format de type grappling, que nous soyons debout ou au sol, cette densité est un avantage certain. Mais elle ne l’est pas moins dans un travail de frappe puisqu’un corps dense permettra de réaliser des frappes lourdes et dévastatrices, mais aussi de les absorber sans dommages. C’est aussi une qualité que je pense relativement facile à développer, si tant est que l’on utilise les bons outils. Je reste également convaincu que le travail du « plein » dont la densité fait partie pardonne plus les erreurs que le travail « vide », ce qui présente un avantage dans un grand nombre de situations.

 
"Heavy Body" (corps lourd)
©martialbody.com



Comment la travailler ?

Il existe de nombreux exercices ayant pour effet d’augmenter la densité et je ne rentrerai pas dans le détail de chacun d’eux. En revanche il me semble que tous se structurent autour de deux éléments principaux : l’alignement correct du corps et le relâchement des articulations.

La notion d’alignement est celle que j’avais évoquée dans mon premier article sur la notion de densité, notamment à travers l’utilisation du Kyokutsu (le sternum) que je pense toujours jouer un rôle central dans l’alignement correct du haut du corps dû à ses connections avec le menton, les lombaires ou encore les coudes, et donc dans la transmission de poids. Qu’il s’agisse de transmettre la force de la gravité dans le corps du partenaire ou de laisser une force reçue « couler » à travers le corps vers le sol, la maitrise du sternum est un élément indispensable et contribuera à donner cette impression de solidité.

La densité : l’alpha et l’oméga ?

Avec tous ces avantages, est-il nécessaire d’aller voir ailleurs ou la densité peut-elle être considérée comme une sorte de panacée martiale ? C’est évidemment subjectif, mais je ne crois pas à titre personnel que la densité soit suffisante même si elle est évidemment utile. Mon avis est qu’il s’agit plus d’un pied dans la porte, d’un prérequis pour passer à un travail plus complexe.

La recherche d’un travail dense présente en effet à mon avis quelques limites, notamment le fait qu’une pratique dense et stable est liée a une opposition de structure. Pas un problème dès lors que ma structure est supérieure, mais ça peut être problématique dans le cas contraire. Un autre élément limitant est que c’est un travail qui a tendance à chercher une certaine forme d’ancrage, ou du moins d’utilisation du sol, ce qui peut rendre relativement statique. C’est quelque chose de relativement acceptable dans un travail à mains nues (avec la encore des limites), un peu moins dans un travail à l’arme blanche a moins d’avoir suffisamment développé la « chemise de fer » pour arrêter les lames. Si vous en êtes la, force est de m’incliner.

Etre capable de passer d’un corps lourd et dense à un corps léger et agile, capable de se déplacer rapidement ou encore de rediriger les forces sans utilisation du sol est pour moi un compromis plus intéressant, et je pense plus proche de ce qui est proposé en Aunkai. Si la stabilité était très présente dans l’enseignement il y a quelques années, il n’est pas rare aujourd’hui de voir sensei passer d’un état stable a un état instable, ou réciproquement.

En termes d’entrainement, une fois la densité acquise, cela demande donc de remettre les choses à plat et de rendre le corps plus aérien. La lourdeur dans les pieds disparait et ceux-ci deviennent complètement libres. Le haut du corps ne « casse » pas nécessairement pour autant et il est possible (je dirais même souhaitable a ce stage de ma réflexion) de garder la stabilité de la « box ». Le haut du corps repose sur le pelvis, qui lui-même « flotte ». D’une certaine façon les jambes sont enlevées de l’équation.

Le premier intérêt se trouve dans les déplacements. Plus léger, il devient facile de se déplacer rapidement puisque le poids n’est plus dans les pieds. Et être plus rapide est évidemment un avantage puisqu’il permet de toucher son adversaire ou d’éviter son attaque plus facilement.

Le deuxième intérêt réside dans la qualité du contact. Lorsque l’on est stable, et ce même avec un corps lourd et détendu, le contact donné peut avoir tendance à stabiliser l’adversaire. Cela ne veut pas dire qu’il pourra nous arrêter pour autant mais cela peut avoir un impact sur l’effet obtenu. Si l’on prend un exercice simple comme Age Te par exemple, un corps stable et dense permettra sans trop de difficulté de lever les mains. Uke sera déstructure bien qu’il sente la force passer dans son corps. Pour Tori l’effet ressenti peut être comparé à une force épaisse, compacte qui enveloppe les lignes myofasciales. Au contraire, en libérant les jambes et les pieds, et en faisant se reposer le haut du corps sur le pelvis, il est plus difficile (en tout cas pour moi) de sentir cette force compacte, alors qu’il devient naturel de libérer les bras et de les faire bouger librement, dissocies des jambes. La force transmise à Uke est alors plus difficile à percevoir.

une modélisation où le haut du corps repose sur le pelvis


La vidéo ci-dessous proposée par Thong, le fondateur de Kaizen Tao exprime parfaitement cette idée. L’exercice est plus difficile qu’il n’y parait (ou alors mon Waff est plus réactif que son coussin…) mais il apparait tout de suite évident en se tenant debout sur un objet aussi instable que la force devra être absorbée différemment et que la pratique dense et stable ne résout pas tous les problèmes. On me répondra qu’il est rare de devoir de se défendre sur un trampoline, et je serai bien en mal de répondre à ça, mais en y mettant un peu moins de mauvaise foi on s’accordera sur le fait que le sol n’est pas toujours aussi plat, ferme et stable que celui de nos lieux d’entrainement et qu’il y a peut-être quelque chose à creuser de ce point de vue.

mercredi 6 septembre 2017

Savoir sortir de sa zone de confort

Quand on débute un art martial, quel qu’il soit, les premiers pas sont en général difficiles. Nous devons nous habituer à une nouvelle façon de nous mouvoir et synchroniser notre corps de manière à reproduire plus ou moins correctement les techniques proposées. Et au fur et à mesure que l’on apprend à se mouvoir correctement et a réaliser les techniques avec plus de facilité, les exercices proposés deviennent de plus en plus complexes, rendant l’apprentissage sans fin. Du moins en théorie car très souvent lorsque l’on parle d’exercices plus complexes, il s’agit en réalité de réaliser des enchainements plus alambiqués les uns que les autres, alors que j’aurais tendance à croire qu’ils devraient être visuellement plus simples, mais corporellement plus difficiles.

Je veux croire que la pratique est une continuelle remise en question et une exploration la plus rigoureuse possible du mouvement. Pourtant, il suffit de regarder autour de nous pour voir nombre d’experts dont la pratique n’est en réalité pas vraiment plus avancée qu’elle ne l’était 10-20 ans auparavant. Arrivé à un certain niveau, alors que les techniques sont acquises, du moins dans leur forme extérieure, il est facile de se reposer sur ses acquis et de ne pas chercher plus profondément. Car chercher est un exercice qui peut être douloureux et frustrant.

Remettre en question sur sa pratique peut se faire de nombreuses façons, et la plus évidente est d’aller chercher dans notre propre école les réponses à nos questions. C’est évidemment mon premier choix et je prends un malin plaisir à changer ma pratique tous les trois jours, au gré de mes nouvelles idées. Si cela peut être difficile à suivre pour mes élèves, il me semble pourtant sain de ne pas se satisfaire de son niveau actuel. Je me souviens d’ailleurs d’Akuzawa sensei me disant lors de l’un de mes nombreux séjours à Tokyo « le jour où on est satisfait de son niveau, c’est fini ». La satisfaction, si elle est naturelle quand on arrive à sentir un mouvement correctement, peut devenir problématique des lors qu’elle prend le pas sur l’envie d’aller plus loin. Bien sûr il n’est pas question non plus de faire la gueule à chaque entrainement parce que ça n’est jamais assez bien, être exigeant envers soi-même ne signifie pas non s’infliger une torture mentale insoutenable au point de renoncer face à la difficulté des objectifs que nous avons nous-même fixés.

Dans ma pratique, qu’il s’agisse d’Aunkai ou de Nihon Tai Jitsu, cela implique un retour incessant aux bases et d’accepter les retours de mes partenaires, qu’ils soient ou non verbalisés. Cela implique aussi d’essayer des choses sur mes élèves, et de parfois passer pour une tanche parce que ça ne marche pas comme je l’aurais pensé. Evidemment je ne le fais pas sur n’importe qui au dojo, et pas systématiquement. S’il est nécessaire d’avoir des retours sur ma pratique, il n’est pas nécessaire de rendre les débutants confus sur ce qu’ils doivent pratiquer.

Une autre façon de se remettre en question et d’explorer son corps en profondeur consiste à revenir à l’état de débutant, en pratiquant autre chose. Car si nous avons appris à nous mouvoir d’une certaine façon au fil des années, réussir à pratiquer une autre discipline en respectant sa façon spécifique de se mouvoir est un défi. Alors qu’il serait facile de croire que  nous avons maintenant une grande maitrise de notre corps puisque nous arrivons à bouger naturellement en exécutant nos techniques habituelles, il s’avère qu’il est beaucoup plus difficile de reproduire quelque chose qui utilise des principes différents. Et pourtant si nous maitrisions vraiment notre corps, nous devrions pourtant pouvoir passer de l’un à l’autre sans difficulté aucune.

C’est pour cela que j’apprécie de me confronter à des pratiques que je juge de qualité, et de préférence sur plus d’un cours. C’est typiquement le cas avec le Kishinkai dont la légèreté et l’absence de contraintes me sortent complètement de ma zone de confort, au point de me poser parfois des questions sur mes capacités motrices. C’est aussi le cas avec le Shorinji Kempo, style plus dur et dont la façon de bouger, très spécifique, s’éloigne clairement de ma pratique habituelle. Si je n’ai pas dans l’idée de « piquer des choses » au Shorinji Kempo, je suis convaincu que cette expérience pourra enrichir la compréhension que j’ai de mon propre corps.

mercredi 30 août 2017

Premier cours de Shorinji Kempo

Le Shorinji Kempo est considéré comme l’une des influences principales du Nihon Tai Jitsu, avec évidemment l’Aikido Yoseikan. Du moins sur le papier car si la forme d’atemi, et le premier kata montrent cette influence, le fait est que peu de pratiquants aujourd’hui à l’exception du fondateur ont pratiqué le Shorinji Kempo. Partant de ce constat, je me suis toujours demandé quel était le “goût” réel de cette école que je n’avais pu approcher que par vidéo et commentaires de seconde main.

Il y a quelques jours j’ai découvert par hasard la formation récente d’un groupe de Shorinji Kempo à Hong Kong et je me suis donc empressé de les contacter pour voir s’il était possible de venir essayer. Le typhon de la semaine dernière ayant eu des conséquences sur nos emplois du temps, c’est donc hier que je me suis rendu au cours.

Autant le dire tout de suite j’ai passé un excellent moment. Déjà parce que les deux instructeurs sont très sympa. Ensuite parce que pédagogiquement c’était limpide, certainement plus que dans mes cours, enfin parce que j’ai pu voir des choses très proches de ce que l’on fait au NTJ (la deuxième base clé) notamment… mais avec des principes différents de ce que je fais d’habitude. Pourtant je ne serais pas surpris que ça soit la version d’origine.

Le cours de 2h s’est divisé en deux parties: Goho et Juho, avec quelques minutes de méditation au milieu.

Goho est la partie “dure” du Shorinji Kempo, et donc en particulier le travail des frappes et blocages. Nous avons donc travaillé les frappes de base et leur génération de force, puis des exercices à deux, d’abord relativement statiques puis dynamiques pour comprendre le fonctionnement des blocages et les contres qui les accompagnent.

La partie Juho est la partie “souple”, notamment les clés et projections. En gardant les principes de la première partie nous sommes passés à un travail sur saisie croisée, avec recherche du déséquilibre, travail sur la qualité du contact, frappes, te-hodoki (je ne me souviens plus du nom en SK), clé et amenée au sol. Des choses simples et qui visuellement sont on ne peut plus proches du NTJ (2e base clé du NTJ comme je le disais) mais avec un travail suffisamment différent pour me sortir un peu de mes habitudes.

J’ai vraiment passé un excellent moment et je compte y retourner régulièrement pour assouvir ma curiosité regardant cette école qui fait partie de notre histoire.

mardi 29 août 2017

Pratiquer sous forme de drills

La structure pédagogique du Nihon Tai Jitsu se décompose grosso modo de la manière suivante:
·         Kihon
o    Ukemi
o    Tai Sabaki
o    Te Hodoki
o    Atemi
·         Techniques de base
o    Atemi
o    Cles
o    Projections
o    Sutemi/Etranglements
·         Kata
o    Kata de base par atemi
o    Kata superieurs de Nihon Tai Jitsu avec partenaire(s)
o    Kata de Nihon Jujutsu avec partenaire
·         Goshin Jutsu (techniques de self defense)
·         Randori

Une pédagogie relativement exhaustive mais qui présente un inconvenient principal, les roles d’Uke et Tori sont majoritairement fixes, à l’exception du Hyori no Kata et dans une certaine mesure des randori. De même, très souvent les kata se retrouvent effectués comme une simple forme, sans véritable intention, avec un Uke qui sert la soupe à Tori sans essayer de le mettre reellement sous pression, au contraire des anciens kata de Kenjutsu.

C’est ce qui fait que le travail des techniques de base et des kata de base est souvent perçu comme ennuyeux et statique, et ce fut longtemps également mon ressenti. Pourtant ce contenu de base est déjà largement suffisant pour s’amuser et c’est avec cette idée que j’ai testé certains drills au dojo.

La base de travail est le 1er kata, et le kata Shodan (son equivalent avec partenaire), auxquels on ajoute par la suite les techniques de base. Dans ces drills les rôles de Tori et Uke s’inversent de facon régulière, au point que ces rôles n’existent plus réellement. Seuls restent les frappes, les blocages et l’intention de toucher et de ne pas être touché de part et d’autre. On débute par le travail des frappes/blocages des kata, avant de venir saisir le poignet de l’adversaire, amenant à un travail libre sur les techniques de base. Un exercice intéressant, dans l’esprit des Embu du Shorinji Kempo qui permet un travail plus dynamique et intéractif.


 Nihon Tai Jitsu no Kata Shodan, la base de l'exercice proposé

 

samedi 19 août 2017

Entrainement au couteau

Deux des entrainements de la semaine dernière ont été consacrés à l’entrainement au couteau, travail que je ne me permets qu’en fonction des personnes présentes parce qu’il amené a un travail qui demande plus de rigueur tant mentalement que physiquement. La pratique aux armes, a fortiori avec des lames présente cet avantage de replacer la pratique dans une réalité « crue », ce que je trouve profondément sain.

La différence la plus marquante entre le travail au couteau et le travail à mains nues est l’aspect psychologique. S’il n’est pas rare de ne pas voir Uke réagir ni chercher à se protéger quand une frappe se rapproche de son visage, c’est moins courant avec une lame (même si ça arrive), a fortiori quand elle est en métal, les reflets sur la lame jouant probablement avec nos sensations. C’est d’autant plus le cas quand les attaques sont faites avec de l’intention et on peut rapidement sentir Tori sous pression, perdre sa verticalité, enlever la partie visée au détriment de sa structure, etc. Le couteau pour cela est un excellent révélateur, il permet d’augmenter sensiblement le niveau de pression exerce sans forcément aller plus vite ou créer plus de danger, si tant est qu’on travaille avec une lame en aluminium évidemment.

Techniquement le couteau requiert également plus de rigueur. Etre touché avec une lame, même légèrement peut créer des dommages dramatiques, ce qui n’est pas forcément le cas à mains nues. Une mauvaise gestion de la distance sur Shiho Nage et la fémorale y passe, une saisie en force du poignet qui tient la lame et c’est l’artère ulnaire. Une perte de contrôle du bras en changeant de main et on se retrouve éventré. Bref les erreurs se paient cash. A mains nues les erreurs se paient aussi, mais de façon probablement moins visible, ce qui encourage peut être moins à les accepter. Il est difficile de négocier sur le fait qu’avoir été éventré n’est qu’une « légère égratignure ».

Le couteau, manié correctement, permet aussi de travailler sur la fluidité, en évitant l’attaque unique en tsuki et en passant d’une attaque à l’autre tant que Tori n’a pas pris un contrôle définitif. Encore une fois c’est un travail qui pourrait, et devrait, se faire à mains nues mais ne l’est que rarement, a fortiori dans les arts japonais où l’attaque unique a encore de beaux jours devant elle.

J’ai un gout particulier pour le travail au couteau, et comme les lecteurs de ce blog le savent pour les arts du Sud Est Asiatique en général. Mais sans aller jusqu’à transformer nos cours de Jujutsu/Aikido/Karate en cours de Kali, le travail au couteau est un excellent outil pédagogique permettant de travailler dans un cadre asymétrique en rajoutant un certain nombre de contraintes et de difficultés qui ne peuvent que nous aider a progresser.

mardi 8 août 2017

5 ans d'enseignement à Hong Kong

C’est en avril 2012, frustré dans ma pratique après le départ de Fred, que l’idée d’ouvrir un dojo à Hong Kong pour pouvoir continuer la pratique qui m’intéressait a germé. Si la première tentative n’a pas vraiment pris, le « re-launch » de juillet aura été le véritable point de départ de ce qui s’appelait à l’époque Nihon Tai Jitsu Hong Kong, et qui deviendra par la suite le Seishin Tanren Dojo.


Une croissance régulière

Cinq ans, c’est beaucoup et peu à la fois. Si nous ne sommes toujours pas des centaines, et que nous ne le serons probablement jamais, environnement de Hong Kong et pratique de niche obligent, nous avons un groupe de pratiquants réguliers qui avancent, dans les pas de Hugh. Hugh a commencé au tout début, en juillet 2012 et malgré un Age relativement avance pour débuter un art martial, il s’est vite retrouve l’élevé le plus assidu, présent a presque chaque cours, et j’ose dire le seul a réellement comprendre la pratique proposée. 1er Kyu depuis maintenant un an, il est dans la dernière ligne droite pour le Shodan, étape importante pour lui évidemment, mais également pour moi puisqu’il est un pur produit du dojo (sans expérience préalable) et qu’il deviendrait ma première ceinture noire.

Au début, un seul cours par semaine était proposé, de 2h le jeudi soir. Aujourd’hui nous proposons des entrainements les mercredis, jeudis et dimanches, en Aunkai et Nihon Tai Jitsu, tout au long de l’année, à l’exception des jours fériés.

La pratique a aussi fortement évolué au cours de ces années, comme Hugh me le fait régulièrement remarquer. Le travail propose n’a plus grand-chose à voir et c’est probablement une bonne chose parce que je suis convaincu qu’une pratique personnelle qui n’évolue pas est une pratique morte.

Des invités de qualité

Cette évolution dans la pratique a aussi été permise par la venue de pratiquants de grande qualité dans notre modeste dojo. Romain qui m’a le premier fait l’amitié de venir et qui nous a présente le Hankou. Akuzawa sensei qui est venu en 2013 pour aider à développer l’école dans la région, accompagné de Manabu qui reviendra deux fois. Filip Maric venu de Nouvelle Zélande pour un stage d’Aunkai mais qui en profitera pour nous proposer un excellent cours d’Aikido. Ka Seom Beok, bien connu pour son travail sur le corps via son école GNK Core en Corée. Et enfin Leo Tamaki dont le travail est toujours une grande source d’inspiration. Sans compter Kawano sensei, le Kancho du Seibukan qui vient annuellement à Hong Kong et que j’ai toujours à grand plaisir à voir.

Six pratiquants pour lesquels j’ai le plus grand respect et qui ont fait le trajet pour nous. Considérant notre taille restreinte, c’est d’autant plus appréciable. Je ne peux que souhaiter que cela continue et essayer de faire au mieux pour continuer à recevoir des experts, quelle que soit leur discipline d’origine. Peut-être même du Nihon Tai Jitsu un jour, qui sait.

L’inverse est aussi vrai et j’ai pu ces dernières années donner plusieurs stages à travers le monde, à Taiwan, au Vietnam, à Singapore, en Belgique, en Italie et en France

Plusieurs démonstrations

Une belle reconnaissance du travail accompli ces dernières années, j’ai participé au festival annuel du Seibukan en 2012, 2013 et 2015. Je n’ai pas pu m’y rendre depuis faute de temps mais je prévois d’y aller en 2018. Plus récemment j’ai eu la chance de participer à la NAMT, quelque chose que je ne suis pas prêt d’oublier et qui m’a fait vivre mon art avec une intensité que je n’avais pas encore connue.

Cinq ans plus tard, je crois plus que jamais au fait que ce dojo pourra être plus qu’une parenthèse dans l’histoire de Hong Kong. Malgré un développement relativement lent et difficile, les choses avancent et avec d’ici un an notre première ceinture noire forme au dojo, une nouvelle étape s’ouvrira.

samedi 22 juillet 2017

Savoir regarder

J’avais évoqué dans mon article précèdent l’importance du sens de l’observation et à quel point je suis toujours surpris de voir que les gens ne regardent pas. Le Mitori Geiko (pratique par l’observation) est pourtant un élément clé des arts japonais, ou tout n’est pas forcement explicite et où il faut savoir « voler la technique » et donc voir ses points clés. J’ai la chance dans mon dojo d’avoir un pratiquant japonais très expérimenté, issu d’une Koryu, le Kiraku Ryu. Ce pratiquant m’expliquait que dans son école les deux premières années de pratique étaient exclusivement consacrées à Mitori Geiko. J’ai aussi souvenir d’une interview de Nishio Sensei sur le blog Aikido Sangenkai ou il expliquait qu’au début ils ne pratiquaient pas mais regardaient.

C’est quelque chose que l’on n’imagine pas faire aujourd’hui. Les débutants veulent immédiatement monter sur le tatami et pratiquer, et c’est bien naturel. Qui d’entre nous aurait la patience de s’asseoir et de regarder les autres pratiquer pendant deux ans… Mais l’effet pervers de cette bonne volonté est… de ne pas regarder et d’essayer directement de passer les techniques, sans avoir vraiment pris le temps d’observer ce qui se passe.

C’est le cas dans les arts martiaux mais également dans d’autres pratiques. Je suis régulièrement frappé en Yoga de voir des pratiquants créer leurs propres postures…Si je comprends qu’un débutant ne puisse pas effectuer correctement la posture (et même les non-débutants d’ailleurs...) être capable de recopier plus ou moins la forme devrait être le minimum syndical : jambe tendue ou fléchie, orteils pointes vers l’avant ou pas, des éléments basiques. Je trouve ça d’autant plus frappant en Yoga que dans un studio de 20 personnes qui font la même chose, on devrait vite repérer si on n’est pas en train de faire le bon mouvement.

Lors de mes cours, c’est également un problème qui se pose. J’expliquais à mes élèves à quel point il est nécessaire de pouvoir comprendre très rapidement ce qui est montre, ne serait-ce qu’en surface, d’en garder une sorte d’image mentale et de pouvoir travailler à partir de cela. Comme je leur rappelais, mes entrainements avec Akuzawa sensei ne sont pas aussi fréquents que je le souhaiterais, et en partant de ce constat je ne peux pas me permettre le luxe de glandouiller, de ne pas regarder et de ne pas chercher à percevoir ce qui se passe en profondeur. De la même manière qu’un épéiste en Europe ne voyait pas forcement son maitre d’armes chaque jour mais prenait le plus souvent des leçons espacées. Il est donc essentiel de comprendre rapidement pendant ces leçons. J’ai donc montre le premier kata de Nihon Tai Jitsu une fois, et leur ai proposé de le répéter par eux-mêmes. Ça n’a pas été un franc succès.

Pour la même raison j’aime regarder les vidéos de stages dans lesquelles on voit les pratiquants essayer les mouvements après les avoir vus. C’est parfois surprenant. Je me souviens d’une vidéo de stage d’Alain Floquet notamment, où tous les pratiquants de la vidéo effectuaient la technique avec l’autre bras. Pas forcément un souci en soi, la technique marchait probablement quand même, mais en regardant la vidéo ce qui m’a frappé dans le cours d’Alain Floquet c’est qu’il avait l’air de mettre l’accent sur le contrôle de la structure du partenaire via le contrôle du coude. Elément qui n’existait plus lorsqu’effectue avec l’autre bras… La technique marchait donc mais une partie des pratiquants est donc passée a cote de ce qui faisait la raison d’être du cours, c’est dommage.

Je suis partisan de regarder de manière active ce qui est proposé par l’enseignant mais aussi ce qui est reproduit par les élèves. Qu’est-ce qui différencie les deux, et qu’est-ce qui fait que cela fonctionne dans certains cas et pas dans d’autres. Regarder signifie aussi savoir aller au-delà des apparences. J’écoutais il y a quelques jours une interview d’Ellis Amdur par Gudkarma, dans laquelle il racontait qu’il regardait les mouvements du Dantien/Tanden et des pieds et non ceux des mains, et qu’il s’était donc retrouve à pratiquer des mouvements en apparence différents de ceux de l’enseignant, sous le regard outre des autres pratiquaient qui s’empressèrent de se plaindre auprès du maitre. Maitre qui répondit platement « oui, on peut aussi faire comme ça », avant de le prendre à part et… de lui montrer un peu plus.

Regarder est essentiel mais encore faut-il regarder au bon endroit et ne pas se noyer sous des détails finalement peu importants.

mardi 18 juillet 2017

Au-delà de la surface

La pratique martiale est comparable à un iceberg. Une partie visible, impressionnante par elle-même, et une partie cachée sous l’eau, souvent beaucoup plus grande mais invisible. La partie visible de l’iceberg correspond à la forme extérieure de l’art : ses techniques, alors que la partie immergée correspond à des principes beaucoup plus profonds sans lesquels les techniques en question n’existeraient pas. Si c’est facile à comprendre sur le papier, force est de constater que dans la grande majorité des cas, les pratiquants restent sur le sommet de l’iceberg, en surface. Il est pourtant difficile de les blâmer car la partie immergée étant par définition « invisible » elle n’est pas forcement aussi accessible.




Pourquoi accéder aux enseignements profonds ?

C’est une question plus légitime qu’il n’y parait. Par enseignements profonds j’entends notamment la modification de l’utilisation du corps, et donc le fait d’apprendre à bouger son corps d’une façon spécifique. Force est de constater que tous les arts ne travaillent pas sur cette modification, et que ça ne les rend pas inefficaces pour autant. La boxe thaï ne recherche pas une modification de l’utilisation du corps et son efficacité n’est pas remise en question.

Pourquoi donc chercher à modifier l’utilisation du corps ? Plusieurs raisons. La première est que le contexte du Bujutsu implique de pouvoir agir face à des personnes beaucoup plus fortes physiquement, ou plus nombreuses, ou qui nous attaquent dans une situation difficile et non-prévue. Nous sommes donc dans un contexte très différent des sports de combat ou la présence de règles communes et de catégories de poids amènent l’environnement en territoire « connu ». L’autre raison, liée a la première, est que l’âge ne jouant pas en notre faveur, un travail de type physique verra ses limites rapidement alors que nos capacités commenceront à diminuer. Les enseignements profonds permettent de compenser cette baisse de nos capacités athlétiques.

Dans le cas des Bujutsu, je suis convaincu qu’un certain nombre d’entre eux ont été conçus pour des personnes bougeant d’une certaine façon. Recopier la forme de la technique est évidemment un début (la première étape du Shu Ha Ri) mais copier la forme n’amènera que des résultats limités. J’avais été particulièrement surpris lors de ma rencontre avec Akuzawa sensei que non seulement mes techniques ne marchent pas sur lui, mais que des techniques qu’il effectuait « mal » selon mes critères fonctionnaient sans aucun problème, me permettant de réaliser que le problème venait pas de l’angle ou d’un autre détail technique mais de « quelque chose de plus ». Au-delà de l’utilisation du corps, les Koryu ont un « gout » particulier, différent selon les écoles. C’est aussi le cas d’écoles modernes influencées par des Koryu, et je pense notamment à l’Aunkai et au Kishinkai ici, deux écoles très différentes dans leur conception et qui ont toutes les deux un gout unique. Il est pourtant courant de rencontrer des pratiquants, même avances dont la pratique n’a pas de gout, les techniques sont là mais semblent vides, le curriculum technique peut être vaste, mais ne semble pas lié par une cohérence.

Partant de ce constat, s’il n’est pas nécessaire de chercher à accéder aux enseignements profonds, je crois que ce sont ces enseignements qui permettent de réellement comprendre notre pratique et de dépasser la simple chorégraphie technique, aussi propre soit-elle.

Comment y accéder ?

C’est la question à 1 million. Deux possibilités : trouver tout seul les éléments caches ou trouver quelqu’un qui nous les enseigne.

Trouver tout seul est particulièrement difficile parce que ça implique de chercher, de se planter, de chercher à nouveau, de se re-planter, et finalement de comprendre ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. C’est évidemment laborieux et peu efficace, a fortiori en partant de rien. D’ailleurs si l’on parle souvent de « voler la technique » il s’agit bien de la voler a quelqu’un, et pas de partir 3 ans tout seul dans la montagne pour avoir un satori et soudainement tout comprendre. Un excellent sens de l’observation est essentiel pour comprendre ce qui est montré par l’enseignant, et j’y reviendrai surement dans un prochain article.

Avoir un enseignant est certainement la méthode la plus rapide et efficace, puisqu’avoir quelqu’un qui est déjà passé par les mêmes étapes et peut amener directement sur le bon chemin est un gain de temps certain. Un enseignant permet aussi de recevoir directement la sensation et d’avoir des corrections physiques immédiates, ce qui veut dire que si YouTube est un bon outil de réflexion il ne remplace en rien l’expérience directe. Reste encore à trouver une personne capable de démontrer une pratique d’un niveau supérieur et capable de le transmettre. Les exemples de gens compétents incapables de transmettre ne manquent pas, mais les gens capables des deux existent si on se donne un peu la peine de chercher.

Dans les deux cas, la seule chose qui permettra d’accéder à une pratique plus profonde est le travail. Trouver un enseignant aussi bon soit-il n’amènera aucun résultat sans une pratique engagée, une remise en question constante et une grande profondeur de réflexion. Etre « élève de » n’est pas et n’a jamais été un gage de qualité. Les qualités ne peuvent s’obtenir que par un sens de l’observation acéré et un travail de tous les instants pour comprendre les principes et les assimiler corporellement.

dimanche 2 juillet 2017

Ma-aï, cette distance qui nous sépare

Cet article a été originellement publié dans "Dragon Spécial Aikido" en Avril 2017.


Le ma-aï (間合) est l’un des nombreux concepts fondamentaux que l’on retrouve dans les Budo/Bujutsu. Souvent traduit comme la distance entre Tori et Uke, une meilleure traduction pourrait être simplement intervalle, puisque le terme 間 est tout autant utilisé pour un intervalle d’espace que de temps, alors que le caractère 合 transmet la notion d’harmonie et se retrouve d’ailleurs dans le terme 合氣。

J’ai un goût particulier pour l’étymologie des caractères, et ceux-ci ne font pas exception. 間 se compose de deux parties : 門,porte et 日, soleil. En recherchant d’anciennes versions du caractère on peut trouver 月, la lune, à la place de日. Dès lors il est assez facile d’imaginer la lumière de l’astre passant à travers l’interstice de portes coulissantes. 合 n’est pas moins intéressant puisque la partie supérieure transmet l’idée de regrouper alors que la partie inférieure transmet l’idée d’une bouche et donc le fait de regrouper dans une seule voix.

Intervalle de temps et d’espace, ma-aï est ce qui nous lie et nous sépare, c’est cette distance entre nous et le temps nécessaire pour la franchir qui fait qu’il y a relation et donc possiblement affrontement. Un ma-aï trop grand et le combat n’a pas lieu d’être, trop court et il est probablement déjà trop tard.



Ma distance et celle de l’autre


Nous avons tous une distance de sécurité, un cercle qui nous entoure dans lequel personne ne doit entrer. C’est vrai pour chaque individu dans la vie quotidienne, ça l’est a fortiori dans un cadre martial ou laisser quelqu’un rentrer dans notre distance peut signifier la mort. Mais cette distance dépend de plusieurs éléments et n’est que rarement la même pour les deux adversaires, car elle est régie par le fait de pouvoir toucher et un combat n’est pas forcement symétrique. Dans un contexte symétrique où Uke et Tori possèdent les mêmes armes, la distance est à peu de choses près identique pour chacun. Un changement de cet élément impliquera nécessairement la fin de la symétrie. Si mon adversaire est armé d’un sabre et que je ne le suis pas, sa distance est plus longue que la mienne et il pourra me toucher de plus loin. Même à mains nues, deux adversaires de taille différentes s’opposant auront un ma-aï différent.

Comprendre ma distance et celle de l’autre est une nécessité pour ne pas s’exposer inutilement au danger et sortir victorieux de l’affrontement. Contrôler la distance est essentiel et implique de connaitre les avantages et inconvénients de chaque arme ou spécialité. Ceci est vrai dans les arts traditionnels, quel que soit leur pays d’origine, comme dans les sports de combat. Un judoka et un boxeur bien que tous les deux  à mains nues ont un ma-aï bien différent.




La distance – un facteur inconstant

Contrairement à ce qu’on serait tente de croire la distance n’est pas un facteur constant et ce qu’on considère comme une distance de sécurité ou de confort évolue selon un certain nombre d’éléments. Habitant dans l’un des endroits les plus densément peuples de la planète, ma distance de confort est par exemple profondément  réduite à son strict minimum une grande partie du temps. Elle change en revanche immédiatement si je choisis de sortir de la ville pour me retrouver dans un endroit désert. Qui d’entre nous ne s’est pas senti agressé a la plage lorsque qu’un inconnu est venu coller sa serviette à la nôtre alors que quelques jours avant dans un café  ou dans les transports en commun cette même distance ne posait pas de problème ?

La distance acceptable dépend du contexte, et également dans le cadre martial de notre aisance. Il n’est pas rare de voir des débutants attaquer à une distance plus longue que ce qui arriverait en réalité, et de voir Tori utiliser un grand Tai Sabaki pour s’éloigner le plus possible de la zone de danger avant d’appliquer sa technique. Plus les pratiquants progressent et plus les attaques ont tendance à se rapprocher, mettant Tori davantage sous pression. De son côté Tori apprend à mieux gérer la distance et à sortir au plus juste. Si l’on revient à l’étymologie du caractère Ma(間), on imagine aisément qu’il s’agit de sortir au plus juste, comme la lumière passe dans l’interstice de la porte. Une sortie trop proche de l’attaque étant évidemment trop courte, alors qu’une sortie trop éloignée laissera à l’adversaire l’opportunité de revenir. Il en va de même avec la notion de temps puisque si sortir trop tard est évidemment problématique, sortir trop tôt ne l’est pas moins. Une utilisation optimale du temps et de l’espace permettra non seulement de prendre l’adversaire au bon moment mais également en utilisant les meilleurs leviers. Dans la pratique que je propose à mes élèves, je recommande de sortir juste assez pour ne pas être affecté par la frappe, en collant à l’adversaire de telle sorte que chaque mouvement que l’on fera ait un impact sur sa structure. La distance est donc réduite à son strict minimum. Ca présente pour moi deux intérêts pédagogiques. Tout d’abord accepter voire accueillir l’attaque est contre intuitif pour beaucoup d’entre nous et ce travail permet de désacraliser ce que l’attaque représente et s’éloigner de cette peur qui nous empêche de bouger librement. Ensuite se retrouver collé à Uke permet de s’harmoniser à lui en ne faisant d’une certaine façon plus qu’un de nos deux corps et en apprenant ainsi comment un mouvement de ma part a une incidence sur lui.

Le bon ma-aï, en termes d’espace et de temps donne les meilleurs résultats.



Contrôler le ma-aï


On dit souvent que celui qui contrôle la distance contrôle le combat, ce qui semble évident puisque contrôler le ma-aï consiste à pouvoir toucher sans être soi-même touché. Perturber le ma-aï de son adversaire en rentrant dans sa distance en lui offrant une ouverture pour provoquer son attaque est par exemple une bonne façon de contrôler le ma-aï, et de limiter les attaques possibles en encourageant une attaque en particulier.

Contrôler la distance signifie ne pas la subir. De façon générale, lors d’un affrontement les deux protagonistes cherchent à amener leur adversaire dans leur distance sans rentrer dans la sienne, par exemple en rentrant dans les angles morts ce qui permet de réduire la distance avec l’adversaire tout en ne lui permettant pas de revenir facilement. Se retrouver dans une position où l’on peut frapper sans être soi-même en danger est évidemment la situation idéale.


Si les angles morts amènent immédiatement à penser le ma-aï du point de vue de l’espace, le travail sur l’intention et l’initiative permet lui de le penser du point de vue du temps. En Go no Sen par exemple, Tori part après l’attaque, mais il lui est bien sur possible d’avoir créé cette attaque par son action précédente. L’attaque n’est donc plus une surprise mais au contraire la chute d’Uke dans un piège qui lui était tendu.  Prenons en exemple Shomen Uchi Ikkyo, Uke attaque Shomen Uchi, Tori répond par Ikkyo. Mais pourquoi Uke utilise-t-il Shomen Uchi, et est-il possible de le faire attaquer comme ça? Renversons la situation, en tant que Tori, que puis-je faire pour que cette configuration (Shomen Uchi Ikkyo) se réalise? Je peux par exemple casser la distance, et attaquer ses yeux pour encourager mon adversaire à se protéger avec son bras. Au moment du contact nous sommes maintenant dans une situation très proche de celle pratiquée à la base mais avec un rapport de force inversé. Si le travail des formes de base est essentiel, je crois qu’il est important pour tout pratiquant après quelques années de chercher à remettre les choses dans leur contexte, notamment d’un point de vue tactique et stratégique. Les bases sont ce qu’elles sont, des bases. Reste au pratiquant à s’en servir de fondation pour aller plus loin.




Mais c’est en Sensen no Sen que l’on touche à mon avis le point où le travail de l’intention est peut-être le plus difficile, puisqu’il s’agit pour Tori d’agir au moment même de la formation de l’intention de l’attaque. Avant son exécution donc. Plus qu’une question d’espace (même si l’espace devra évidemment être franchi pour toucher), c’est le temps qui compte ici pour prendre le contrôle du combat, et, comme le dit l’adage, rien ne sert de courir… En Nihon Tai Jitsu, il existe un kata (Nihon Tai Jitsu no Kata Sandan) basé sur les Kaeshi Waza et le Sensen no Sen. Dans ce kata, Tori effectue systématiquement la première attaque, en réponse au danger imminent que représente Uke. Danger imminent représenté dans le kata par un léger mouvement des poings en garde. Il s’agit d’une forme donc l’attitude est évidemment formalisée mais le travail proposé peut et doit aller plus loin, c’est-à-dire qu’Uke doit d’une part apprendre à masquer son intention et à frapper quand il le souhaite, sans donner de signe avant coureur, et que Tori en parallèle doit apprendre à lire quand l’attaque va se déclencher pour intervenir avant. Assez rapidement, on obtient des résultats corrects en lisant le corps de son partenaire pour percevoir l’attaque dès son commencement, mais ça signifie être encore un léger temps en retard par rapport à du Sensen no Sen. L’idéal serait de démarrer avant les signes physiques. Difficile parce que pour tout humain voyant correctement, notre outil principal pour percevoir une attaque reste… nos yeux. Nous avons pourtant d’autres sens que nous pouvons entrainer pour percevoir des changements. Je vous invite à essayer de travailler les yeux fermés. Aussi paradoxal que cela puisse paraitre, avec un partenaire qui nous attaque par atemi à une vitesse réduite au maximum, il devient possible de sentir que quelque chose se rapproche alors qu’il n’y pas encore de contact, et donc de réagir à quelque chose que l’on a senti mais pas vu. Vous ne réussirez pas à chaque fois, certes, mais au final ça n’est pas en réussissant que l’on progresse mais en essayant de sortir de sa zone de confort et en pratiquant des choses qui nous semblent inaccessibles.



Le travail des armes pour appréhender la distance

Le Nihon Tai Jutsu est une discipline qui se pratique uniquement à mains nues, en acceptant plusieurs distances de combat : une distance longue pour les frappes, moyenne pour le travail des clés, courte pour les projections et étranglements. Les défenses contre armes complètent cette approche de la distance en proposant une distance plus longue mais aussi et surtout un travail asymétrique. Le fondateur de la discipline, Roland Hernaez, se plait à dire en parlant des défenses contre couteau qu’il ne faut pas nécessairement y voir un travail de self-défense réaliste, mais que le travail avec un partenaire armé présente un certain nombre d’avantages pédagogiques. En partie parce qu’il est ludique, mais aussi et surtout parce que la distance nécessaire pour toucher Uke s’allonge alors que la sienne reste identique, augmentant ainsi les contraintes et donc la nécessité d’entrer correctement. La question se posera à l’identique avec des contraintes différentes lors du passage à des armes plus longues telles que le tambo ou le jo.

L’Aikido, comme de nombreuses écoles a d’ailleurs parfaitement intégré cette notion en proposant de nombreuses formes de travail asymétrique : mains nues vs jo, mains nues vs ken, jo vs ken, etc. Chaque configuration propose de nouvelles contraintes et donc un nouvel apprentissage.

samedi 24 juin 2017

[DVD] Concepts pour le Nihon Tai Jitsu avec Richard Folny

Dernier de la série sur le Nihon Tai Jitsu produit par Imagin’Arts, j’attendais ce DVD avec impatience. Tellement d’impatience d’ailleurs que je suis apparemment le premier à l’avoir commandé, un clin d’oeil amusant.




Ce DVD m’intéressait particulièrement parce qu’il semblait proposer un travail différent, de fond, au contraire des autres DVDs orientés techniques et kata. Comme chacun le sait j’ai quelques problèmes avec la technique technico-technicienne et j’étais enchanté de voir quelque chose de différent. Je suivais aussi depuis longtemps, de loin, le travail de Richard. Si je n’ai suivi que deux de ses cours, en 2006 et 2007 à Temple sur Lot, ceux-ci sont restés gravés dans ma mémoire, et j’avais d’excellents souvenirs de Richard en tant que personne.

Prof de Maths, Richard est pédagogue, structuré dans ses propos et extrêmement précis. Des qualités que je ne suis pas sur d’avoir mais que j’apprécie chez les autres. Pour ce DVD, il a choisi de structurer son approche en deux parties: une partie sur les concepts, une autre sur les applications. Le tout reprenant le principe Shin Gi Tai.



Première partie - Les concepts

Dès le début du DVD, Richard parle de structure, de posture correcte qui permet de transmettre les forces. On commence donc par le “Tai”, la technique et l’esprit viendront par la suite. Habitué à un discours axé purement sur la technique, j’ai trouvé ça rafraichissant et dès les premières secondes j’ai su que si la façon de faire pourrait différer de la mienne, j’allais clairement m’y retrouver.

Pour travailler la structure et la proprioception, Richard utilise notamment les WAFFs, des sortes de coussin gonflables un peu casse-gueules qui permettent de découvrir le facteur incertitude dans le mouvement et d’améliorer notre façon de bouger. Pour les pratiquants d’Aunkai, si nous ne travaillons pas avec des WAFFs, le principe de tension de déséquilibre contrôlée me semble aller dans le même sens avec des moyens différents. Je ne décrirai pas tous les exercices (achetez le DVD) mais ils sont vraiment intéressants.

Deuxième partie - Applications

Une structure correcte n’est utile que si l’on sait s’en servir. J’enfonce peut-être une porte ouverte mais ça me semble important de le rappeler. Partant de ce constat, Richard propose des applications basées sur le Kihon et les Kata. Ces applications ne sont pas uniquement basées sur la partie 1 mais vont plus loin, notamment pour incorporer le “Shin”, vu ici comme l’esprit d’initiative et la façon de se créer des opportunités.

On retrouve là une vision du Tsukuri-Kuzushi-Kake dans l’esprit du Yoseikan Budo, c’est-à-dire que le Tsukuri devient la première étape du mouvement, celle qui force Uke à nous attaquer de telle ou telle façon. Les applications sont nombreuses, simples à comprendre et surtout partent du principe qu’un même enchainement permet de réaliser une défense par atemi, clé, projection, sutemi, etc. Un principe, 1000 techniques. Nous n’en sommes donc plus à collectionner des techniques mais à synthétiser, comprendre ce qui les relie.



Rencontre avec Richard


Je ne me suis pas contenté de regarder le DVD de Richard cette semaine, je suis aussi allé le voir. Richard habite depuis notre première rencontre au Pays Basque, dans la même ville que moi, à moins de 10 minutes. Je n’y suis malheureusement jamais ou presque et je le regrette. Après seulement deux courts passages dans la région depuis mon départ pour Hong Kong en 2008, j’ai décidé de prendre quelques jours pour rentrer, me ressourcer et enfin voir Richard dont tout le monde me dit depuis quelques années qu’il est aussi barje que moi et que nous devons nous rencontrer.

Richard a été incroyablement accueillant et j’ai été touché de l’esprit du Shoshin qui l’habite. 6e dan, expert, directeur technique pour l’Aquitaine et très proche de Me Hernaez, il aurait été facile de considérer que ce n’était pas un jeune 4e dan, isolé, qui pourrait lui apporter quelque chose et que la conversation se devait d’aller dans un seul sens. A aucun moment je n’ai eu cette impression et Richard s’est au contraire montré particulièrement curieux de ma pratique. Nous avons ainsi pu échanger plusieurs heures sur les principes qui sous tendent nos pratiques respectives, pour voir où elles se rejoignent et comment elles peuvent se nourrir mutuellement. Une véritable éponge, Richard s’est très rapidement approprié les concepts que je lui proposais et je n’ai pas de doute sur le fait qu’il enrichira sa pratique avec certains bouts sans renier son travail pour autant. J’espère en faire de même de mon côté.

Nous avons fini la journée à son dojo avec ses élèves, l’occasion pour moi de découvrir une autre partie du travail très riche qu’il propose.

Je ne peux que recommander ce DVD, mais plus que cela je ne peux que recommander d’aller à la rencontre de Richard si vous en avez l’occasion, vous en serez pas déçus. Personnellement j’ai trouvé une raison de plus de rentrer chez moi plus régulièrement.

jeudi 15 juin 2017

Qu’est-ce qu’être un bon Uke?

Le sujet du Uke, bon ou mauvais fait couler beaucoup d’encre, a fortiori dans des disciplines comme l’Aïkido ou Uke tient un rôle central. C’est moins le cas en Nihon Tai Jitsu ou si le rôle d’Uke reste évidemment important, je n’ai jamais vu ou reçu de consignes particulières à ce sujet.

Uke, le punching ball de Tori

Uke est souvent réduit à un rôle pratique : il attaque plus ou moins correctement, et reçoit la technique de son partenaire, avant de pouvoir à son tour pratiquer. C’est malheureusement une façon courante de pratiquer, dans laquelle finalement seul le rôle de Tori compte, et Uke attend son tour de façon passive. Ca présente de nombreuses limites, d’une part parce que les attaques et l’intensité proposées par Uke tendent à être proportionnelles à son envie de tenir ce rôle, amenant à des attaques peu réalistes, voire léthargiques. Uke n’apprend pas réellement à attaquer (qualité qui lui serait pourtant aussi utile en tant que Tori), ni à recevoir la technique de Tori en apprenant à se protéger et à contre-attaquer.

Uke se doit donc d’être actif, pour lui et pour son partenaire.

Le concept du « mauvais Uke »

C’est quelque chose que je n’avais jamais expérimente dans ma pratique avant de débuter l’Aïkido, le fameux « You attacked me wrong ». J’en ai déjà parlé à quelques reprises sur ce blog et je trouve toujours aussi fascinants les critères qui amènent à qualifier quelqu’un de mauvais Uke. Parce qu’entendons-nous bien, il est possible d’être un mauvais Uke. En réalisant une attaque qui ne présente aucun danger par exemple, ou en refusant de jouer le jeu. Imaginons par exemple que Tori pendant sa défense m’attaque d’un atemi au visage. Je ne bouge pas, et je ne cherche pas non plus à parer, mais je garde toute ma solidité. Il y a là un défaut de logique qui n’est possible que parce que Tori ne me frappe pas réellement dans le cadre de l’exercice. Refuser de jouer le jeu amène donc à un changement des conditions qui ne permettra pas à Tori de continuer sa technique dans des conditions correctes.

Mais ce qui est souvent considéré comme un mauvais Uke est…un Uke qui ne chute pas. Encore faut-il, à mon avis, qu’Uke ait une raison pour chuter. Jouer le jeu ne veut pas dire faire semblant et si les conditions ne sont pas réunies, prétendre qu’elles le sont n’aura pour effet que de laisser Tori croire qu’il a réalisé correctement son mouvement, ce qui ne l’encouragera pas à corriger ses erreurs.

Donner un retour à Tori et apprendre à recevoir

Le rôle d’Uke est double pour moi. Son rôle premier est de donner un retour d’expérience à Tori, et c’est ce qui permet de faire la différence entre une pratique en solitaire et la pratique avec partenaire. Le partenaire nous donne un retour immédiat sur l’efficacité de notre technique, retour qui doit nous permettre d’affiner le mouvement au fur et à mesure. En s’adaptant à son partenaire pour lui donner la difficulté appropriée, Uke a un rôle essentiel dans la progression de Tori.

Apprendre à recevoir permet de comprendre ce qui se passe dans notre corps quand l’on reçoit une technique, et y répondre de la manière la plus adaptée pour conserver son intégrité. En chutant si c’est ce que la situation préconise, ou en contrant la technique si cela est possible. Un bon Uke pour moi peut, et doit, faire chuter Tori s’il estime que les éléments nécessaires à la technique (adaptés au niveau de pratique de Tori) ne sont pas réunis. Il est évident que si sur dix attaques Uke fait chuter Tori dix fois, le niveau de difficulté proposé est trop élevé. Mais le contraire (Tori qui fait chuter Uke 10 fois) implique que le niveau de difficulté proposé est insuffisant et gagnerait à être augmenté.

lundi 5 juin 2017

Le choix des Uke

J’ai souvent évoqué la difficulté d’effectuer une démonstration avec une préparation minimum et des Uke inconnus, et pas forcément toujours à l’aise pour démontrer une pratique qu’ils viennent de découvrir.

La NAMT est un évènement particulier, et dont le niveau est particulièrement relevé, et il me semblait important de ne pas ajouter cette problématique à toutes celles déjà présentes, et c’est pour ça que j’ai choisi de m’entourer des personnes qui connaissent ma pratique et que je sais capables de recevoir a peu près tout et n’importe quoi. J’ai aussi choisi des gens que j’apprécie humainement parce que c’est typiquement un évènement que j’ai envie de partager entre amis. Si je regrette de ne pas avoir réussi à convaincre (forcer ?) Fred, je suis très heureux de l’équipe qui m’entourera ce jour-là. A défaut de pouvoir pratiquer avec eux à l’avance, je sais qu’ils ont toutes les qualités pour que nous puissions faire une démonstration correcte malgré tout. Et que si ça n’est pas le cas, le problème viendra entièrement de moi.

Il n’est pas courant de présenter les Uke, dont le rôle se réduit malheureusement souvent à un rôle de faire valoir, du beau et grand Tori, mais étant bien conscient du fait que ma démonstration ne serait pas la même sans eux, j’en profite pour les présenter et remercier publiquement ici.



Arnaud Dubois
Arnaud pratique le Nihon Tai Jitsu depuis une vingtaine d’années, et s’il se cache derrière un premier dan, ce grade ne représente nullement la qualité de sa pratique. Passionné et également pratiquant de boxe française et de Yoseikan Budo, Arnaud est de tous les stages et sert régulièrement de Uke a tous les experts de l’école. Inutile de dire que j’ai donc une entière confiance dans sa capacité à recevoir mes techniques. Quand il ne se fait pas martyriser en stage, il enseigne du coté de Niort.

Sauf erreur de ma part j’ai croisé Arnaud pour la première fois au stage de Washizu sensei à l’INSEP en 2013 (il est probable que l’on se soit croisé ailleurs sans le savoir cela dit). Nous nous sommes revus au Japon quand il est parti pratiquer avec un groupe de l’école française, puis depuis trois ans lors de mes passages en France.

Guillaume Moulin
Guillaume pratique le Nihon Tai Jitsu au dojo de St Loubes en Gironde depuis une vingtaine d’année et enseigne au sein de ce même dojo. Actuellement 3e dan, je ne l’ai rencontré que relativement tardivement au stage de Nort sur Erdre en décembre 2014, auquel il avait participé avec Arnaud. Curieux de ma pratique il avait donc fait un trajet conséquent pour venir.

Nous nous sommes revus l’année suivante lorsque je suis passe donner un stage dans son dojo puis à nouveau cette année lors de mon passage dans les Landes, toujours avec un très grand plaisir.

Romain Guiheneuf
Je ne présente plus Romain, que j’ai interviewé ici-même récemment. 3e dan de Hankido, qu’il enseigne du coté de Nantes, Romain est certainement avec Fred le pratiquant qui a le plus souffert de mes frasques sur le tatami. Travailleur et intelligent, Romain a su très tôt développer une pratique fine et je suis chaque année impressionne par sa vitesse de progression et celle de ses élèves.

Romain et moi nous sommes rencontrés il y a 11 ans maintenant à nos débuts en Hankido, et il est l’une des rares personnes à avoir fait le trajet jusqu’à Hong Kong pour que nous puissions pratiquer ensemble.

mercredi 31 mai 2017

[Livre] The Aiki Singularity: Transformative Power par S.E. Meredith

De nombreux livres ont été écrits, avec plus ou moins de succès sur l’Aiki et les moyens pour y parvenir. Je pense notamment aux deux ouvrages de Kimura Tetsuo sur Sagawa sensei, incontournable pour tous les pratiquants d’Aunkai, mais la littérature sur le sujet est évidemment éminemment plus riche.

Scott Meredith est pratiquant d’arts internes chinois (Tai Chi et Xing Yi notamment) et de Yoga, et particulièrement intéressé par l’aspect énergétique de la pratique. Dans cet ouvrage, il s’intéresse plus particulièrement à Sagawa sensei et propose une lecture de ses propos ainsi que trois exercices principaux en les passant sous le filtre des arts martiaux internes chinois, proposant ainsi un lien direct entre les cultures martiales des deux pays. Chacun des exercices est proposé d’abord de façon très simple, puis avec des ajouts permettant un travail énergétique plus fin.

Parmi ses exercices, on retrouve notamment une version de Shiko, passée sous le crible du Tai Chi, notamment dans la façon de poser le pied au sol, le “Cat Step Protocol”.  Une approche qui diffère de celle d’Aunkai et qui pour moi ne règle qu’une partie de la question, dans le sens où elle ne permet pas à mon sens d’appréhender ce qui permet la montée de la jambe à travers les connexions internes. Le but de l’exercice proposé me semble de fait différer du Shiko pratiqué en Aunkai, je ne saurais dire s’il est proche de celui de Sagawa. En revanche bien qu’ayant une approche différente j’ai trouvé les idées intéressantes et j’ai eu plaisir à expérimenter les choses sous un angle nouveau.

L’aspect énergétique est de fait essentiel dans cet ouvrage. Je précise tout de suite que ça n’est pas mon approche. Je n’ai de fait pas une grande sensibilité aux flux d’énergie dans mon corps et si je n’ai pas de souci avec l’idée de l’énergie interne, bien au contraire, je n’en fais pas le coeur de ma pratique martiale. Je reste en revanche convaincu que la pratique martiale implique de savoir sortir des sentiers battus, de ses croyances et de ses habitudes, et c’est avec cet esprit que j’ai lu cet ouvrage et essayé les exercices. Je ne peux que vous inviter à y jeter un oeil également ou à visiter le blog de l’auteur.

mardi 30 mai 2017

Aunkai et Aikido à Singapour

De passage à Singapour, je pensais faire un stage d’Aunkai comme l’an dernier. Malheureusement, le timing ne le permettra pas et je rencontrerai donc Terry et Sherman près de mon hôtel pour une petite session informelle. L’occasion de revoir les bases avec eux, mais aussi de leur amener un peu plus, notamment dans les liens qui existent entre les exercices d’Aunkai et la pratique de l’Aïkido. Sur le travail d’Age Te/Sage Te, le relâchement du dos, l’utilisation du pelvis, et bien d’autres éléments. Une session courte mais vraiment riche qui m’a certainement éclairé au moins autant qu’eux.

J’ai aussi profité de mon passage pour aller pratiquer l’Aïkido sous la direction de Philip Lee, 7e dan Shihan. J’avais déjà eu l’occasion de rencontrer Philip Lee, ses fils et un grand nombre de ses élèves l’an dernier lorsque nous avions organisé un stage d’Aunkai, mais je n’avais jamais suivi ses cours.

Le siège de l’Aïkido Shinjukai a changé, l’endroit est beaucoup plus agréable et mieux foutu que l’an dernier, et était apparemment déjà le siège de l’organisation il y a 7 ans. Contrairement à HK, l’Aïkido est très présent à Singapour, et Philip Lee compte en plus du dojo central 55 dojos dans la ville-Etat, pour un total de 10,000 pratiquants. J’ai participé à deux cours, mercredi soir réservé aux avances, et jeudi soir plus oriente vers les débutants.

J’ai passé un bon moment, même si la pratique s’éloigne un peu de ma recherche. On est en effet dans une pratique très dynamique, qui peut rappeler celle du courant Tissier ou de Shirakawa Ryuji. Pas forcément mon approche donc, mais c’était néanmoins agréable de pratiquer et de transpirer un peu (euphémisme dans la chaleur singapourienne). J’étais heureux aussi de revoir un certain nombre de têtes connues. Enfin je dois dire que pratiquer dans un beau dojo, avec autant de monde (probablement pas loin de 50 pratiquants par session) et une certaine rigueur du début à la fin me dépayse agréablement.

Après le cours, Philip Lee et son fils m’ont très gentiment invité à manger un morceau et échanger autour de quelques bières, attention que j’ai réellement appréciée, parce que si rien ne les y obligeait ce sont vraiment des personnes très sympathiques avec lesquelles j’apprécie passer du temps.






dimanche 23 avril 2017

Romain Guihéneuf: A la recherche de l'union des énergies

Romain pratique les arts martiaux depuis plus de 15 ans. En 2005 il découvre le Hapkido puis le Hankido qu'il enseigne aujourd'hui à Nort sur Erdre, près de Nantes. Atteint d'une maladie génétique qui affecte sa vue, Romain a fait très tôt le choix d'une pratique fine, en sensation, qu'il a complétée par un travail thérapeutique via le Reiki et le Shiatsu.

J'ai parlé de Romain à de nombreuses reprises sur ce blog, et je n'ai jamais caché la grande appréciation que j'ai pour l'homme autant que pour le pratiquant. Aujourd'hui je vous propose un entretien très enrichissant avec Romain. 



Romain Guihéneuf



Pour commencer, peux-tu nous parler de tes débuts dans les arts martiaux?

Ma première expérience dans les arts martiaux était vers 18 ans, j’ai pratiqué pendant un an le Jujutsu à Carquefou près de Nantes. A cause de mes études, Je n’ai pas pu continuer mais cela m’avait bien plu. Par la suite, j’ai voulu retrouver une école mais n’en trouvant pas j’ai essayé d’autre styles comme le Karaté, l’Aikido et bien d’autres encore.

C’est en 2005 que j’ai trouvé le Hapkido auprès d’André Dominé. J’ai découvert plus tard le Hankido et l’école IHF avec le frère d’André, Maître Edmond Dominé qui est le responsable France du Hankido.

Edmond Dominé
photo par Pascal Ravier

Tu pratiques et enseignes depuis le Hankido, qui reste une école particulièrement méconnue, peux-tu nous en parler ?

Notre école fait partie de l’IHF (international hapkido federation) qui regroupe trois styles, le Hapkido, le Hankido et le Hankumdo. Le Hapkido est déjà plus connu car mieux développé en France par la présence de différentes écoles Coréennes.

Pour le Hankido, le fondateur Myung Jae Nam ayant étudié auprès de Morihei Ueshiba, a voulu développer son style en créant une synthèse de l’Aikijutsu et de l’Hapkido en 12 formes. C’est pourquoi visuellement et philosophiquement, ce style se rapproche de l’Aikido.

Maître Myung Jae Nam, fondateur du Hankido
source: Hankimuye.org


Enfin le Hankumdo qui est la partie sabre de l’école. Il est basé sur le Hangeul, l’alphabet coréen. Tout le travail consiste à dessiner avec le sabre chaque lettre de l’alphabet dans un sens ou dans un autre (en miroir). Ce système permet de travailler tous les angles de coupes et tous les blocages en facilitant la mémorisation. Le fondateur voulait créer un style qui soit en harmonie avec l’esprit coréen.

Tu as également pratiqué un art du sabre coréen, le Haidong Gumdo. Quelle différence avec le Hankumdo que vous pratiquez à l’IHF? De façon générale, qu’est-ce que la pratique du sabre t’apporte ?


Oui j’ai pratiqué le Haidong Gumdo pendant quelques temps auprès de Maître Jean François Capozzi, responsable France. Le principe étant le combat à un contre plusieurs adversaires, on retrouve beaucoup de mouvements circulaires avec des postures bien spécifiques. On cherche non pas à couper mais à pourfendre.

Le Haidong m’a appris l’importance des appuis, à corriger ma posture, l’attitude, le mouvement, les axes, l’intention, tous ces principes qui sont essentiels aux arts martiaux. L’avantage avec la pratique du sabre c’est que l’on ne peut pas tricher, on est obligé d’être précis et honnête avec soi-même et son partenaire.

Pour le Hankumdo, c’est une pratique totalement différente. Le Haidong Gumdo est vraiment un art martial à part entière, tandis que pour moi, le Hankumdo est plus une manière de travailler certains principes grâce au sabre. On va beaucoup travailler sur la symétrie.


En parallèle des arts martiaux, tu pratiques le Reiki et le Shiatsu. Peux-tu nous parler de ces disciplines et de leur complémentarité avec ta pratique martiale ?


Oui, je suis thérapeute en soin énergétique Reiki, cela consiste à équilibrer les centres d’énergie du corps, les Chakras, par l’imposition des mains.  A côté de cela, j’ai voulu compléter ma pratique par le Shiatsu. Pendant un an, j’ai appris le Shiatsu familial auprès de l’école du toucher de Nantes.

 Cette expérience m’a permis de mieux comprendre le corps humain, de sentir toutes les tensions que l’on accumule au quotidien, C’est sur ce point que l’on peut faire un lien avec les arts martiaux. Le fait de sentir les tensions de son corps permet de mieux se corriger et d’adapter ses techniques en fonction. On se rend vite compte que l’on force dès qu’il y a un mauvais placement ou une mauvaise utilisation du corps. La pratique des méridiens, la compréhension du Um-Yang (Yin Yang en coréen) peux être également très utile dans la pratique martiale.

Nous nous voyons chaque année lors de mes passages en France et je suis toujours impressionné par la rapidité de ton évolution. Peux-tu nous parler de tes axes de recherche ?

Justement, c’est en sentant toutes mes tensions du corps que je peux me corriger et du coup avancer plus facilement. Je travaille beaucoup en sensation.

La difficulté avec ce genre de pratique, c’est qu’il faut changer son état d’esprit. Beaucoup de pratiquants arrivent dans les arts martiaux pour apprendre à se défendre. Cela n’est pas forcément une mauvaise chose mais de mon point de vue, si l’on ressent le besoin d’apprendre à se défendre c’est qu’au fond on ne se sent pas en confiance ou pas en sécurité. Du coup, on est dans la peur, dans l’égo, donc très souvent le corps est en tension. Pour libérer le corps, il faut libérer l’esprit. Une fois que l’on commence à être en harmonie avec soi-même, on peut commencer le travail en sensation. Ensuite, il faut apprendre à utiliser l’intégralité du corps dans le mouvement ce qui engendrera moins de force physique et donc moins de tensions.

Pour ma part, ma recherche actuelle consiste à créer une relation avec mon partenaire, à être en totale harmonie avec lui. Donc il faut que la notion d’espace-temps, de mouvement, d’intention soit juste. Il faut que le mouvement paraisse naturel. On ne doit pas rajouter de tension dans le corps de l’autre.
Ensuite, mon deuxième axe consiste à ce que mon geste soit le plus fin possible. Bien sûr, pour que cela fonctionne, il faut que le partenaire soit dans le même état d’esprit, sinon on rentre dans un travail totalement différent. Ce que j’aime le plus la pratique, c’est quand on arrive à y mettre de l’émotion, cela reste un art avant tout.

"Il faut que le mouvement paraisse naturel. On ne doit pas rajouter de tension dans le corps de l’autre."
Romain Guihéneuf


Que t’apporte-le fait d’enseigner ? Est-ce que les différents publics que tu touches (enfants, adultes, stages) t’apportent des choses différentes
?

Le fait d’enseigner nous oblige à nous poser des questions. Bien sûr selon le public il faut perpétuellement s’adapter. L’enseignement amène à se corriger. Souvent, quand j’explique une technique à un élève, il m’arrive d’avoir des petits détails qui me sautent aux yeux.
On peut également être confronté à une question inattendue d’un élève, ce qui nous pousse à creuser plus loin notre réflexion. Les enfants sont très forts à ce jeu là.

Quelles sont les personnes qui t’ont le plus influencé dans ta pratique ?

Quand j’ai commencé la pratique, je dis toujours que j’ai eu de la chance d’avoir été bien accompagné. Au lieu d’un seul instructeur, j’en ai eu trois. J’ai eu André Dominé, l’instructeur principal, Emmanuel Joguet et toi Xavier avec qui j’ai pratiqué à côté ce qui m’a permis d’avancer plus vite.  Aujourd’hui ça continue toujours avec toi et Emmanuel à travers les stages. C’est toujours un plaisir de partager et d’échanger sur nos pratiques.

Ensuite, il y a eu Franck Dominé, ancien pratiquant de Hankido et actuellement instructeur France Haidong Gumdo. C’est grâce à lui que j’ai redécouvert la richesse du Hankido. Il m’a montré une autre manière d’enseigner, à partir de là j’ai commencé à ouvrir les yeux et de ce fait ma pratique a totalement changé. Mon chemin d’évolution a continué avec Maître Capozzi qui est très impressionnant techniquement. Grâce à lui j’ai pu faire évoluer mon Hankido.

Aujourd’hui, j’ai découvert le travail de Léo Tamaki, Hino Akira et Kuroda Sensei et du coup cela influence forcement ma pratique. Ce que j’aime, c’est leur compréhension et leur utilisation du corps. J’ai également découvert le travail d’Akuzawa Sensei à travers toi durant tes stages. On ne peut pas rester insensible à ce genre de pratique.

Tu as eu l’occasion de pratiquer en Corée avec le Maître Ko Ju Sik, directeur de l'lHF. Quelles sont les différences qui t’ont marqué dans la façon d’enseigner en Corée par rapport à la France ?

Oui, j’ai eu un fois l’occasion de m’entrainer en Corée et deux fois en France auprès de Maître Ko Ju Sik. La première fois j’appréhendais un peu car l’enseignement en France du Hankido manque de clarté. Nous n’avons aucun support pédagogique en place et du coup il faut se débrouiller tout seul. Une fois arrivé là bas, j’ai vite été rassuré car ma pratique correspondait bien à la leur.
Le Maître Ko Ju Sik en France

Maître Ko est un homme très gentil prêt à donner beaucoup. Il aimerait que le Hankido soit mieux valorisé en France. Au niveau pratique, je dirais qu’il est puissant mais doux à la fois. On retrouve chez lui tous les principes de corps mais d’une manière plus cachée. Avec la barrière de la langue, je suis sûr qu’il y a beaucoup de détails que l’on rate mais on arrive toujours à en retrouver avec le temps.

La difficulté pour évoluer techniquement, c’est qu’à chaque fois son enseignement reste ciblé sur les fondamentaux. Pour lui, le niveau n’est pas assez élevé pour nous en montrer plus. C’est pourquoi j’aimerais y retourner plus régulièrement.


Le Hankido avait à une époque un protocole d’accord avec l’Aikido. cela n’est plus le cas aujourd’hui mais peux-tu nous parler des similarités et différences entre ces deux écoles selon toi?

Pour moi la plus grande similarité entre l’Aikido et le Hankido est sa philosophie. On retrouve également tout le travail sur les déséquilibres, le cercle, l’utilisation de la force du partenaire. Après nous avons en plus tout un travail plus spécifique de boxe poing pied à travers le hapkido.

Les arts coréens sont souvent accusés de copier les arts japonais. Selon toi qu’est ce qui les rend si spécifiques ?


Pour moi, touts les arts martiaux se rejoignent, il n’y en a pas un meilleur que l’autre. Les principes restent toujours les mêmes, c’est juste la manière de présenter ou les axes de travail qui diffèrent.
Après ce qui ressort le plus chez les coréens c’est qu’ils adorent tout ce qui est démonstratif, spectacle. Dans leur démo, on voit beaucoup d’acrobaties avec les coups de pied, les chutes, les combats à un contre plusieurs. C’est ce qui rend les arts coréens assez attractifs. Cela n’empêche pas une grande richesse technique

Le travail en solitaire est une partie importante de la pratique en Hankido. Peux-tu nous parler de ses bénéfices et de la façon dont tu t’entraines hors du Dojang ?


Oui nous avons les 12 formes à travailler dans le vide en statique et en dynamique en sachant qu’il y a le côté positif et le côté négatif (terre et ciel). Dans un premier temps cela demande un gros travail de mémorisation et de visualisation.

Dans un deuxième temps on va travailler, la structure de corps par la posture, l’équilibre en statique et en mouvement. Ensuite, on va synchroniser le geste avec la respiration et enfin faire un travail de ressenti sur l’énergie.  Cela permet de mieux appréhender le travail avec partenaire.

Je les ai beaucoup travaillées face à un miroir cela permet de voir tous les mauvais placements et déséquilibres du corps. Aujourd’hui, je suis plus sur la logique de corps. Comment le placer afin qu’aucune tension ne soit engendrée. Du coup quand on est bien à l’écoute de son corps on corrige et comprend pas mal de petits détails.

Les 12 formes du Hankido en positif et négatif

Tu es atteint de rétinite pigmentaire, une maladie génétique qui te fait progressivement perdre la vue, mais c’est presque indécelable quand on te voit pratiquer et tu as su développer tes autres sens et ton intuition pour amener ta pratique a un haut niveau malgré ces difficultés.  Alors que la plupart d’entre nous se reposent sur la vue pour apprendre les techniques, mais aussi pour les pratiquer, comment as-tu adapté ta pratique ?

En fait, au départ je n’ai pas cherché à adapter quoi que ce soit, je voulais juste pratiquer pour le plaisir. Comme tout le monde, je galérais à essayer de comprendre ce que montrait l’instructeur mais la vue n’a pas forcement été un problème. Bien sûr pour ne pas rater tous les petits détails techniques, que je ne voyais pas, je demandais aux gradés ou à l’instructeur de les faire sur moi. Du coup, à force de répétition, j’ai dû développer mes sens. Je pense que c’est grâce à cela qu’aujourd’hui je peux tout ressentir par le touché.

Par la suite, par mon enseignement et par une meilleur connaissance de moi même, j’ai compris que ce ressenti était justement mon point fort et c’est pourquoi aujourd’hui je ne travaille qu’en sensation. Du coup pour mes élèves ce n’est pas tous les jours facile, ils ont parfois du mal à me suivre. C’est vrai qu’en travaillant comme ça, la difficulté est beaucoup plus grande. Cela demande du courage et de la détermination, il faut être patient. Par contre une fois que l’on a acquis cette capacité, on avance beaucoup plus vite et les résultats sont souvent meilleurs. Par la vue, on peut facilement se faire avoir par un effet d’optique, par contre par la sensation il est déjà plus rare de se tromper. En utilisant que la vue, on reste sur un travail externe, il faut utiliser tous ses autres sens pour pouvoir comprendre et apprécier toutes les subtilités des arts martiaux.

Le mot de la fin

Merci Xavier de m’avoir proposé cette interview ; c’est un exercice qui n’est pas facile mais qui reste intéressant.  Je pense que dans quelques années je pourrai t’en dire plus sur ma pratique car je suis encore jeune dans mon évolution martiale. Pour conclure, j’espère que cette interview donnera envie aux pratiquants de venir découvrir le Hankido IHF et de creuser vers ce travail en sensation. Faire mal c’est facile on en est tous capable par contre être juste dans sa pratique martiale cela demande beaucoup plus d’investissement et de rigueur.


Merci à toi pour le temps que tu y as consacré. Je prends bonne note de te proposer un nouvel entretien dans quelques années.