vendredi 21 octobre 2016

Let it go

La notion de "lâcher prise" fait partie de ces notions importantes en Budo/Bujutsu, tant pour Tori que pour Uke, et si c'est quelque chose que je n'ai compris que relativement tard j'essaie depuis quelques années de garder cette idée à une place centrale dans ma pratique et dans mon enseignement.

Mais si cette place est centrale dans mon enseignement, je ne crois pas avoir jamais vraiment insisté de façon claire dessus, en général glisser un mot comme "relâche ton coude" par exemple suffit à faire comprendre l'idée sans que je ne m'épanche dessus. Jusqu'à hier. Lors d'un travail sur Robuse (Ikkyo), j'ai été surpris de voir son bras fléchi et particulièrement surpris alors que je m'apprêtais à finir la technique par l'immobilisation. Pas tendu de manière que je qualifierais de volontairement active, dans un but de se protéger voire mieux de retourner la situation. Juste crispé, et pas forcément consciemment, ce qui avait pour conséquence que son corps était facile à contrôler, d'autant plus qu'il n'y avait pas particulièrement de présence "derrière" et relativement facile à blesser. Coincidence peut être, mais les blessures font partie de son quotidien...



La pratique moderne, et notamment sportive, encourage l'utilisation superficielle des muscles. Il faut être fort, puissant, faire preuve de Kime. C'est pourtant souvent au détriment de la sensibilité, arme essentielle contre des adversaires plus costauds que soi (et entre nous s'ils ne le sont pas, on se demande bien pourquoi le combat a lieu...). Cette utilisation superficielle des muscles va également à l'encontre d'une utilisation optimale du corps puisque les forces n'y circulent pas et qu'elle force à travailler "en local". Un bras relâché permet de transmettre la force du corps, un bras crispé ne transmet... que lui même, au mieux. Pour Uke la question est tout aussi essentielle, du moins si Uke cherche à pratiquer autant que Tori et pas seulement à lui servir de punching ball, je vous renvoie d'ailleurs à ce sujet à l'excellent article d'Alex Grzeg: "Budō et apprentissage: Ichi-go Ichi-e, « une rencontre, une chance". Un Uke qui sait correctement lâcher prise et relâcher ce qui est nécessaire pourra utiliser son corps dans son ensemble et non seulement la partie en contact pour renverser la situation, chose quasi impossible en étant crispé à moins d'avoir une force nettement supérieure à son opposant.

Lâcher prise dans la pratique martiale n'est pas l'équivalent d'un abandon, il ne s'agit pas de reconnaitre une quelconque défaite. Il s'agit avant tout de réaliser quelles sont les forces contre lesquelles il n'est pas utile de lutter, et quelles sont les éléments sur lesquels nous avons encore un contrôle et une influence.



lundi 17 octobre 2016

Stage avec Mitsuteru Ueshiba, le waka sensei de l’Aikido

A l’occasion du 45e anniversaire de la Hong Kong Aikido Association, Mitsuteru Ueshiba, actuel Hombu Dojocho et probable futur Doshu de l’Aikido est venu à Hong Kong donner un stage sur deux demi-journées.

Si j’ai mis en pause ma pratique de l’Aikido il y a quelques mois, je ne comptais pas rater cet évènement. D’une part parce que qu’en dépit des critiques parfois formulées sur Mitsuteru Ueshiba, cela m’amusait de pratiquer sous la direction d’un descendant d’O Sensei. Ensuite parce que ce genre d’évènement n’est pas nécessairement facile à organiser et qu’il me semble important de soutenir ces initiatives quand c’est possible.

Le weekend a commencé de la meilleure des façons avec une excellente surprise : une délégation du Shinjukai Aikido de Singapour a fait le trajet, avec à leur tête Philip Lee, 6e dan Shihan. J’avais eu beaucoup de plaisir lors du stage d’Aunkai chez eux en mai et c’était donc un réel plaisir de les revoir. Terry, qui avait organisé le stage en question et qui était venu à HK en mars pour le stage d’Aunkai était la également, l’occasion de pratiquer un  peu ensemble.

Techniquement je ne m’attendais pas à être enthousiasmé mais plutôt à avoir une pratique assez intense. Non que notre enseignant du weekend ne soit pas bon, mas tout simplement parce que son rôle comme celui de son père implique de ne pas sortir d’une certaine neutralité technique. Le travail s’est concentré sur les bases comme on pouvait s’y attendre, avec quelques explications et beaucoup de temps laisse à la pratique. Le dimanche j’ai pu passer la moitié du cours avec Terry, qui en a profité pour me demander comment je voyais ces techniques via le prisme Aunkai, une bonne occasion de tester mes idées avec lui et d’avoir quelques retours. J’ai pu aussi pratiquer un peu avec sa femme, que je ne connaissais pas encore, et qui est tout aussi sympathique que lui.




Malgré les divergences politiques qui existent entre les différents dojos d’Aikido de HK, j’étais content de retrouver l’espace d’un weekend tous mes camarades de jeu, aujourd’hui dispersés dans trois dojos. J’ai au final eu assez peu d’occasions de pratiquer avec eux, le monde n’aidant pas à repérer facilement les gens avec qui l’on veut travailler, mais nous avons au moins pu discuter un peu avant et après les cours.

Si l’aspect technique du stage n’était pas une surprise, j’étais plus curieux de voir la personnalité du jeune maitre, et j’avoue ne pas avoir été déçu. Contrairement à certaines divas, il s’est montre particulièrement sympathique, voire presque un peu timide a son entrée sur le tatami. Agréable, ne faisant pas attendre les élèves pendant des heures pendant le cours, il s’est avéré avoir beaucoup d’humour pendant le diner. On l’aura compris l’aspect humain est tout aussi important pour moi que l’aspect technique et les gens que je suis régulièrement sont tous des personne que j’apprécie, alors que je peux assez facilement me braquer sur la personnalité d’une personne, quand bien même il s’agirait d’un véritable génie martial. 


Ce fut définitivement un excellent weekend pour moi, l’accueil et l’organisation ont été parfaits et j’ai passé un très bon moment sur et en dehors des tatamis. Mon seul bémol serait que le Seishin Tanren dojo n’avait que deux représentants présents et que j’aurais aimé voir plus de gens de notre groupe profiter de l’occasion. Mais la plupart de nos membres étant nouveaux dans la pratique, je ne suis pas vraiment surpris, peut être la prochaine fois.

vendredi 14 octobre 2016

Choisir un Uke pour une démonstration

Ce week-end, la Hong Kong Aikido Association reçoit Mitsuteru Ueshiba, l’actuel Waka sensei de l’Aikido. Si je ne pratique plus réellement l’Aikido de façon régulière et que le style de celui qui est amène à devenir le Doshu de la discipline n’est pas celui qui me parle le plus, je me voyais difficilement passer à côté de l’occasion, d’autant qu’il me semble important de soutenir le travail de ceux qui font l’effort de faire venir des enseignants. 

M’inscrivant en tant que membre du Seishin Tanren Dojo, il m’a été proposé de participer à l’Embukai ainsi qu’au diner de bienvenue. J’ai bien entendu accepté l’invitation à diner (j’aime manger), mais j’ai malheureusement du décliner la participation au Embukai, faute de Uke de qualité disponible.

Une démonstration se prépare, au moins un minimum. Si dans mon cas il s’agit en général du strict minimum puisque mes démonstrations passées se sont faites avec des Uke ne connaissant pas l’école et que je rencontrais la veille, j’ai jusqu’à présent toujours eu la chance d’avoir des Uke capables de recevoir un minimum. Il a parfois fallu se brider pour éviter les accidents, et éviter un certain  nombre de choses, mais il était possible de s’en tirer. Cette fois malheureusement une seule de mes élèves se rendra au stage, et il est assez clair qu’elle n’est pas prête à prendre l’Ukemi dans un contexte moins « protégé » que celui du cours. Car un cours est de fait « protégé » dans le sens où il est facile pour l’enseignant d’adapter sa technique au niveau de l’élève. En allant doucement, en proposant des étapes pour la chute, en retenant la technique, etc.  Une démonstration se doit en revanche d’amener quelque chose aux spectateurs, une vue sur un produit « fini ».

Le rôle d’Uke dans une démonstration est pour moi essentiel. Probablement plus que celui de Tori, même si celui-ci en retire toute la gloire. Mais imaginez une démonstration de Christian Tissier sur un débutant… la fluidité, la dynamique du mouvement risquent d’en prendre un coup. Non pas que Christian Tissier ne puisse pas passer ses techniques sur un débutant, mais tout simplement que le débutant ne soit pas capable de recevoir l’intensité proposée sans risque. Au contraire, je crois qu’un excellent Uke peut réussir à faire passer un pratiquant moyen pour bien meilleur qu’il n’est.



 Mais revenons sur cette démonstration en particulier. Mon dojo comprend moins d’une quinzaine de membres, la plupart ayant commencé très récemment, et la pratique proposée. Que l’on parle d’Aunkai ou de Nihon Tai Jitsu est confidentielle à Hong Kong. Je suis évidemment convaincu que présenter notre pratique à un public plus large ne peut qu’être bénéfique. Mais je suis tout autant convaincu que cela ne doit se faire que dans des conditions permettant de proposer quelque chose de décent. C’est le cas à Kyoto même si les conditions sont loin d’être idéales (partenaire inconnu découvrant l’école et les sutemi, 15 min de préparation). Ca n’est pas le cas ici, en tout cas pas cette fois.