mercredi 29 juin 2016

La pratique des armes en Aunkai

Issu d’une pratique de Tai Jutsu, je n’ai eu qu’une exposition modérée aux armes japonaises avant de débuter l’Aunkai, avec tout au plus un peu de sabre via le Hankumdo, que je ne comprenais pas franchement à l’époque, et une pratique un peu plus approfondie des arts philippins dont l’approche est foncièrement différente. L’Aunkai a une approche corporelle et non technique du Bujutsu et si les exercices les plus courants se font simplement avec le corps, avec ou sans partenaire, il en existe malgré tout un certain nombre avec armes. On ne parlera à nouveau pas de pratique armée de type Kata comme on pourrait le faire dans les écoles classiques, mais d’une utilisation des armes traditionnelles comme outils de développement du corps.

J’utilise à titre personnel trois types d’armes dans ma pratique : le Rokushakubo, le Furibo, le Tambo.

Le Rokushakubo
Le Bo de 6 shaku (180cm environ) est l’arme la plus classique de l’école, son utilisation a été couverte dans de nombreux articles, interviews et videos et plusieurs exercices sont décrits dans les DVDs. Le récent article de Filip Maric couvre d’ailleurs de facon très pertinente et complète le sujet, et je vous invite à y jeter un œil.


Le Bo permet de travailler chacune des « phases » de travail en Aunkai :
·         le travail en solitaire – Maho/Shiko/Tenchijin, Ashi Age, Shintaijuku, Tsuki
·         le travail avec partenaire – Walking Maho, Tsuki, etc.
·         les applications et le travail libre

Le Bo présente un certain nombre d’avantages. Déjà il est droit et donne ainsi un certain nombre de feedbacks en termes d’alignement. Comme il est droit, il transmet la force de façon claire, nette et rectiligne, très instructif avec un partenaire puisque le Bo permet de voir immédiatement les axes et empêche d’une certaine façon de tricher. On pourra donc très facilement l’utiliser lors d’un Walking Maho, à l’horizontale ou à la verticale au lieu de prendre le contact au niveau des mains.

Autre avantage non négligeable : son poids. J’ai utilisé trois Bo différents depuis mes débuts. Un de 5 shaku, une lance chinoise en bambou, et un rokushakubo. Le premier est vite devenu trop léger à mon gout, idem pour le bambou malgré ses plus de 2m de long. S’il ne s’agit évidemment pas de faire du renforcement musculaire, le  poids a, à mon avis, son importance parce qu’il permet d’une part de corriger ses erreurs et d’autre part de sentir comment le poids de l’arme (et par extension d’une partenaire) rentre dans le corps. 

Comment est-ce que le poids corrige les erreurs ? C’est simple, avec une arme légère il sera possible de faire des dizaines de répétitions de Tsuki avec les épaules relevées sans le sentir. Avec un Bo d’un poids plus convenable, ce sera tout de suite plus difficile et les épaules seront rapidement douloureuses, indiquant immédiatement d’où vient le problème.

Le deuxième avantage que j’indiquais est donc de prendre le poids de l’arme à l’intérieur de soi. Utile pour comprendre comment utiliser l’arme de manière optimale sans utilisation excessive de force, mais aussi pour passer au travail avec partenaire (avec ou sans Bo d’ailleurs). En apprenant à manier le Bo on apprend d’abord comment le poids du Bo rentre et sort du corps, on pourra affiner ce travail avec un partenaire qui donne du mouvement au Bo et sentir comment prendre le poids du Bo et du partenaire.

Enfin le Bo a un dernier avantage que je trouve particulièrement intéressant des lors que l’on passe au travail avec partenaire : s’il est facile de forcer quand on travaille à mains nues et qu’on essaie de déséquilibrer son partenaire, forcer sur un bâton est une autre histoire puisqu’on remarque tout de suite que la force ne se transmet pas au partenaire et qu’on s’acharne en local sur un bout de bois…

Le Furibo
Le Furibo ou le sabre en général n’est pas une arme généralement utilisée lors des cours d’Aunkai, en revanche l’esprit du sabre est présent dans la pratique et les références y sont nombreuses. L’un des instructeurs français, Manu, en avait parlé sur son blog il y a maintenant un moment comme d’un outil particulièrement intéressant, et j’ai fini par m’en procurer un de 1kg pour commencer.

A gauche le furibo, à droite un bokken de type Jikishinkage Naginata Yo



L’utilisation du Furibo est particulièrement intéressante à mon avis en complément du Bo. Le Bo, via le travail de Tsuki permet typiquement d’approche un travail horizontal de transmission de force, alors que le Furibo permet de comprendre comment le poids entre dans le corps sur des mouvements verticaux, à la manière des exercices Age Te et Sage Te.

La question du poids est cruciale quand on choisit une arme pour faire des tanren. J’ai choisi de commencer léger pour éviter les blessures (risques sur les tendons notamment des coudes, et au niveau du dos) mais un Furibo de 2-3 kgs peut également être une bonne approche a fortiori pour des gens plus costauds que moi physiquement. L’important à mon avis est de ne pas transformer ces exercices en un renforcement musculaire mais les utiliser comme une façon complémentaire de conditionner le corps en suivant les mêmes principes : construire un corps relâché, connecté qui peut faire passer les forces dans un sens ou dans l’autre.

En complément du Furibo, j’utilise désormais également un bokken léger, de type Jikishinkage Naginata Yo (le type utilisé en Kishinkai), un poids que j’affectionne particulièrement parce qu’il rend la coupe droite beaucoup plus difficile et ne pardonne aucune tension.
En termes d’exercices il s’agit dans mon cas d’exercices en solo uniquement (ou quasi uniquement), des coupes depuis Maho, on en utilisant Shintaijuku, mais aussi un certain nombre de tanren que je faisais en Corée comme des coupes horizontales et dont je ne comprenais pas vraiment l’intérêt à l’époque.

Le Tambo
Pas l’arme la plus courante mais un outil assez utile à mon avis pour le travail avec partenaire en l’utilisant par paire. Le Tambo est un bâton court de 30-50cm, et dans mon cas je l’ai remplacé avantageusement par des rouleaux à pâtisserie relativement fins, trouvés dans un 100 Yen shop à Tokyo.


Akuzawa sensei m’a fait utiliser les tambo pour la première fois il y a un peu plus d’un an lors d’un cours prive avec Gerald, sur l’exercice de la vague (avec partenaire, un genou au sol). Les deux partenaires tiennent les tambo au lieu de se tenir mutuellement, les tambo transmettant simplement la force. Comme pour le Bo cela permet d’éviter de forcer en local et d’apprendre à transmettre et recevoir la force sans tricher.


Aunkai est une école d’une grande richesse et d’une grande complexité, dans laquelle la notion de techniques à mains nues ou armées perd sons sens pour laisser place à un travail corporel dans lequel tout se recoupe.

mardi 28 juin 2016

Session d’Aunkai à Seoul

De passage en Corée pour quelques jours, j’en ai profité pour contacter Ka Beom Seok, pratiquant d’Aunkai, de Kyokushinkai et de Yoga, et bien connu via sa page GNK Core sur Facebook et les stages qu’il donne mensuellement a Seoul sur l’utilisation du corps dans la pratique martiale.

Malgré la barrière de la langue puisque je ne parle pas un mot de Corée et qu’il parle peu anglais, nous nous sommes donc retrouvés d’abord pour diner et discuter un peu (on en profitera pour remercier Google traduction qui nous a permis d’avoir une conversation de plus de deux syllabes), puis pour un entrainement dans le parc de mon hôtel. Ce fut l’occasion d’un excellent partage d’idées et nous avons pu couvrir un certain nombre de Kunren (walking maho, push out, tsuki, age te, sage te) ainsi que d’autres exercices complémentaires à la lumière de nos compréhensions respectives. L’occasion aussi dans mon cas d’aller chercher un retour physique sur ma pratique et mes idées. Je dis souvent sur ce blog que je manque de retours d’expérience pour valider ou invalider mes directions de travail, et je dois dire que 2016 aura pour le moment été une année particulièrement riche de ce point de vue-là, entre les stages donnés en Europe, au Vietnam et à Singapour, le stage d’Aunkai à HK avec Filip, les sessions non prévues avec Manabu, mon passage au Japon il y a trois semaines, et maintenant cette session en Corée.

Comme toujours je suis reparti de cette session avec des idées en plus, tant dans la tête que dans le corps, mais aussi des confirmations sur quelques points que je travaille depuis quelques mois.
 
 

lundi 27 juin 2016

BJJ à Tokyo

Je n’avais pas pratiqué le BJJ depuis maintenant 5 ans. Faute de temps d’une part et parce que ça ne correspondait plus forcément à mes choix de pratique. Malgré tout je garde une certaine affection pour le travail propose par le BJJ, à la fois très fin techniquement tout en permettant de combattre avec une intensité non négligeable sans risque de blessure.

Lors de mon passage à Tokyo, Gerald m’a gentiment proposé de me joindre à son fils et lui lors de leur cours dominical, et j’ai été plus que ravi de les accompagner. La structure du cours était assez proche de ce à quoi j’étais habitué avec échauffement, un entrainement technique et pas mal de sparring. Une ambiance vraiment sympa et un enseignant vraiment bon qui expliquait et démontrait parfaitement les mouvements.

La partie sparring était intéressante après tout ce temps. Je ne crois pas avoir perdu le peu que j’avais réussi à acquérir et je dirais même que je suis probablement moins tarte au sol maintenant que je ne l’étais il y a 5 ans. En revanche si cela suffit à se débrouiller contre des pratiquants lambda, ou même contre des pratiquants ayant d’excellentes qualités corporelles comme Gerald, la question est toujours bien différente face à un spécialiste et je me suis fait gentiment plier par le prof, un peu à l’image du rapide moment passé entre les mains de Nicolas à Challans.

Vraiment un excellent moment passé en compagnie de Gerald, son fils et leur dojo, l’occasion de transpirer un peu et de combattre un peu en sortant de mes habitudes de pratique.

jeudi 16 juin 2016

Un peu d’Aunkai à Tokyo

Les difficultés de mars qui ont empêché Akuzawa sensei de venir à Hong Kong m’ont décidé à retourner quelques jours à Tokyo la semaine dernière pour m’entrainer. Je n’avais en effet pas revu sensei depuis Février 2015, ce qui commence à dater, et je voulais avoir son retour sur mon évolution et m’assurer que j’étais toujours sur la bonne voie.

Comme toujours mon séjour a été court mais relativement intense avec deux cours privés et un cours régulier. Sensei m’avait confirmé que Rob serait mon traducteur, ce qui était une excellente nouvelle car en plus de parler anglais et japonais à la perfection, Rob est un excellent pédagogue qui trouve toujours le moyen de glisser 1-2 astuces ou exercices intermédiaires. La veille du premier cours, sensei m’a annoncé qu’un autre élève, Coréen-Americain, se joindrait à nous, sans préciser qu’il s’agissait d’Alex Lee, lui aussi instructeur et aujourd’hui basé aux Etats Unis. J’avais beaucoup entendu parler d’Alex et j’étais donc ravi de pouvoir enfin le rencontrer et pratiquer avec lui.

Sur le contenu des cours privés, je commencerais par dire que nous avions des tatamis. Les aficionados d’Aunkai voient probablement où je veux en venir… Le travail a majoritairement eu lieu à genoux pendant les 6h de cours privés.

Le premier exercice, descendre en seiza et se relever de seiza a assez rapidement montré le gap entre sensei et nous. Je dois avouer que voir Alex et Rob guère plus à l’aise que moi pour réussir à se relever sans faire avancer la tête et le corps et sans pousser dans le sol m’a un peu rassuré…

Nous avons ensuite passé un certain temps sur la notion d’Ukemi et sur le fait de chercher ses limites : à partir de quel moment est-il nécessaire de bouger, de chuter ? Comment absorber la force d’Uke, que ça soit sur une poussée/traction ou sur une frappe ? Comment créer de l’espace dans son corps en le séparant en couches indépendantes ? Bref un travail vraiment profond.

Comme toujours Rob m’a donné quelques idées supplémentaires, et Alex m’a aussi donné des idées précieuses, notamment sur Kuzushi, que je vais explorer dans les prochaines semaines.

Le cours régulier a été comme son nom l’indique, régulier. Rien de bien nouveau par rapport aux sessions précédentes mais c’est toujours un plaisir de revoir les anciens, de pratiquer avec eux et de sentir leur évolution.

mardi 14 juin 2016

Musée et Bibliothèque du Judo à Tokyo

Je passe régulièrement au Kodokan lors de mes passages à Tokyo pour regarder les entrainements depuis les tribunes du 8e étage. L'accès est libre et j'ai toujours plaisir à regarder des pratiquants s'entrainer sérieusement.

Mais il y a plus au Kodokan que les 4 étages de tatami ou la boutique au rez de chausée. Le batiment abrite également au 2e étage un musée et une bibliothèque dédiés au Judo et dont l'accès est également gratuit.



Le musée contient un certain nombre d'archives datant des premières années du Judo. On y retrouvera notamment la veste de Judogi de Shiro Saigo, des documents techniques, des vieilles photos d'archive ou encore les passeports de Jigoro Kano, dont le dernier qui ne contiendra malheureusement pas le tampon de son retour au Japon puisqu'il mourra en bateau sur le chemin du retour.



Naviguer parmi ses archives est intéressant pour un passionné, notamment parce que certaines montrent l'évolution du Judo depuis ses débuts, manifestement plus proches des Jujutsu d'après quelques photos disponibles.

La bibliothèque quant à elle contient plus de 7000 documents, 2700 d'entre eux ayant un lien direct avec le Judo.

vendredi 3 juin 2016

Enseigner en stage

L’enseignement en stage est très différent d’un enseignement régulier, dans son dojo, a fortiori quand on s’adresse à un public qui ne nous connait pas.

Au dojo, on construit quelque chose dans la continuité, une certaine routine s’installe naturellement et on travaille sur les détails correspondants à la direction choisie. D’une certaine façon, il n’y a pas ou peu de surprise pour les élèves et l’enseignant.

En stage en revanche, le temps imparti étant plus court, il s’agit moins d’un travail de longue haleine, mais de réussir à surprendre et à marquer les élèves pour qu’ils en retirent quelque chose, ne serait-ce qu’une idée, qu’ils pourront utiliser dans leur pratique, aussi différente soit-elle de la nôtre. C’est un exercice parfois difficile, a fortiori quand on ne connait pas le groupe qui nous reçoit, la façon dont ils pratiquent, la direction choisie par leur enseignant. Etant particulièrement stressé de nature, je me prépare pour ce genre de stages, afin de m’assurer d’apporter quelque chose de pertinent au groupe. Je ne prépare pas mon cours en lui-même, et c’est d’ailleurs quelque chose que je ne fais pas non plus dans mes cours réguliers : j’arrive sur le tatami sans plan particulier et je déroule mon cours selon ce que je vois du ressenti des élèves, leurs difficultés et l’intérêt qu’ils montrent.

Stage d'Aunkai à Singapour, Aikido Shinju Kai Dojo

Ma préparation n’est donc pas de l’ordre du plan de cours. En réalité elle consiste surtout à essayer de percevoir le travail proposé dans le dojo en question. Quel est le parcours de l’enseignant ? Quelle est leur lignée et qui sont leurs référents techniques? Existe-t-il des vidéos disponibles du dojo ? Sans modifier profondément la façon dont je donnerai mon cours, ce travail en amont me donne l’occasion de réfléchir et de ressentir le groupe et de repenser l’intérêt de ma présence pour un stage et faire en sorte que personne ne reparte en ayant eu l’impression d’avoir perdu quelques heures de sa vie.

En parallèle les stages sont pour moi une occasion exceptionnelle de tester la qualité et la cohérence de ma pratique avec des gens qui ne la connaissent pas. Faire fonctionner une technique sur ses élèves réguliers est finalement assez simple puisque nous utilisons des codes communs, mais qu’en est-il avec des gens qui ne nous connaissent pas ? C’est aussi l’occasion de tester ses idées sur un grand nombre de partenaires, avec des tailles et des vécus différents, l’occasion de tester grandeur nature les résultats de notre pratique et surtout d’affiner.