mercredi 28 décembre 2016

Invest in loss

“Invest in loss” (investir dans la perte) est une expression que j’utilise beaucoup dans mes cours parce que bien que contre intuitif il s’agit pour moi de l’une des méthodes les plus efficaces (pas la seule, évidemment) pour progresser rapidement dans le domaine martial. Dans une pratique martiale, orientée à l’origine vers la survie, il peut sembler paradoxal de se mettre soi-même dans une situation délicate, et pourtant…

Gagner à tout prix… et ensuite ?

La pratique martiale est souvent liée dans l’inconscient collectif à l’idée de victoire et de supériorité. Il faut vaincre avant tout, peu importent les moyens mis en place. Et si je suis d’accord avec cette idée dans un combat de survie, on ne m’enlèvera pas de l’idée que le but de l’entrainement est avant tout de former les individus pour qu’ils puissent réagir correctement dans le cas d’une confrontation. L’entrainement n’est pas la confrontation et ne doit pas le devenir, au risque de passer a cote de l’essentiel.

Quels sont les risques à vouloir à tout prix gagner ? Le principal à mon avis est justement de ne prendre aucun risque, de rester sur la défensive, dans sa zone de confort et ainsi de ne pas saisir l’opportunité de découvrir quelque chose de nouveau qui nous permettrait de passer à une étape supérieure.

Le second risque, tout aussi important est de tenter de passer en force pour que la technique fonctionne alors que les critères essentiels à son exécution ne sont pas réunis. C’est acceptable au début évidemment, mais après un certain temps de pratique il est utile de savoir faire la part des choses entre ce qui est passe parce qu’on est passe en force, et ce qui était « juste ». On me dira que l’essentiel est que ça passe, et encore une fois ça n’est pas faux, mais le but de l’entrainement reste d’affiner la pratique et on affine les choses en s’apercevant de leurs limites et en réfléchissant a la façon de contourner ses limites. Dans un article récent, Dani Faynot disait d’ailleurs une phrase on ne peut plus juste « on ne progresse pas pendant la pratique mais entre les sessions ». Partant de là, si vous voulez progresser entre les sessions, il vous faut avoir matière à réfléchir. Gagner est satisfaisant pour l’ego et offre son lot d’apprentissages (« qu’est ce qui fonctionne ? ») mais il n’est pas suffisant pour développer sa pratique en profondeur.

Perdre, oui mais pourquoi et comment ?

Ok, donc l’idée, à l’entrainement, n’est pas nécessairement de gagner et il faut investir dans la perte. Mais comment et pourquoi ? Soyons clairs, je n’encourage pas du tout les Uke qui partent déjà perdants, convaincus que leur destin est d’être un sac de frappe qui doit se faire massacrer par Tori. Il y a une différence entre perdre par renoncement et perdre parce qu’on essaie d’apprendre quelque chose.

L’un des axes de ma pratique consiste à étudier l’espace disponible dans mon corps et comment il m’est en réalité possible de revenir de situations qui semblent désespérées en ajustant des réajustements dans mon alignement notamment. Accepter le déséquilibre et la mise en difficulté, voire créer soi-même une situation dans laquelle on se retrouve vulnérable est typiquement une opportunité de découvrir comment notre corps réagit dans une situation limite, et dans quelle mesure on peut reprendre la main. Parfois on ne peut pas, et on perd, ça n’est pas grave, on en ressortira avec une idée d’une limite à partir de laquelle on n’est pas capable de revenir, en tout cas à cet instant T. Des fois on pourra revenir et on s’apercevra que ce qui semblait une situation désespérée ne l’était finalement pas tant que ça. 



Comprendre ses limites à un instant T est essentiel. Nos limites évoluent au fil du temps alors que notre pratique s’affine. C’est vrai tant physiquement que mentalement, puisque de nombreuses limites dans notre équilibre sont liées au fait que notre cerveau ne reconnaissant pas la position du corps dans l’espace comme une position équilibrée. En Aunkai c’est quelque chose qui est très visible dans des exercices Push Out : un débutant ira le plus souvent vers l’avant dans une position que son cerveau connait, en revanche dès qu’il commencera à ramener le corps vers l’arrière il se sentira vite partir. Pourtant l’espace existe et a force de travail le corps et le cerveau finissent par accepter cet espace comme ne posant pas de soucis particuliers.

samedi 3 décembre 2016

Formation intensive d'Aunkai en Nouvelle Zélande

Quand lors de son passage à HK en mars, Filip m’a dit qu’il pensait organiser une formation intensive d’Aunkai avec Akuzawa sensei, j’ai été immédiatement enchanté par l’idée. Quelle belle opportunité de passer une semaine entière à s’entrainer avec sensei, 5-6 heures par jour, avec d’autres pratiquants passionnés.

La semaine s’est divisée en deux parties : deux jours à Auckland avec une grosse trentaine de personnes, et cinq jours au Koru Dojo de David Lynch à Coromandel avec une dizaine de pratiquants. Le contenu a été particulièrement riche comme on peut l’imaginer et je ne vais évidemment pas tout retranscrire ici. La présence de Rob pendant les deux premiers jours a aussi été particulièrement utile puisqu’il est non seulement un excellent traducteur (et traduire tout en servant d’Uke a sensei n’est pas aisé), mais aussi un pédagogue hors pair. A défaut de rentrer trop précisément dans le contenu aborde, certains points peuvent déjà être soulignés :

Structure vs mouvement
Pendant mes premières années d’Aunkai, le focus était clairement mis sur la construction de la « frame » du corps via les tanren et kunren, donnant souvent une impression de rigidité avec des gens cherchant à garder leur structure a tout prix, quitte à travailler en force, passant ainsi a cote du but de la pratique. Mais Akuzawa sensei a pris un tournant radical depuis et il me semble que le travail aujourd’hui est beaucoup plus axé sur le mouvement que sur la structure. Le fait que deux groupes de travail existent en Nouvelle Zélande, diriges par deux pratiquants très compétents, Filip et Liam, le besoin de faire travailler les bases s’est probablement également moins ressenti, permettant à sensei d’aller plus loin dans la méthode. C’est à mon avis une excellente chose, passer des heures sur les solo tanren n’est pas la meilleure utilisation que l’on peut faire du temps d’Akuzawa sensei, alors que cela peut être bien traite au sein des groupes locaux.

Au cours de cette semaine, au lieu de chercher à nous faire garder notre structure a tout prix, Akuzawa sensei a au contraire insiste sur l’acceptation du changement constant entre l’équilibre et le déséquilibre, et sur le passage de l’un a l’autre, précisant d’ailleurs que la structure n’est pas forcément nécessaire arrive à un certain niveau (ce qui est probablement vrai pour lui, pas forcément pour les autres). Mon avis est que l’Aunkai consiste à explorer nos limites, et que les limites de notre équilibre sont l’un des éléments fondamentaux. Accepter le déséquilibre nous donne des informations clés sur ou notre corps peut (ou non) aller et les conséquences que cela implique.


Réorganiser son corps
C’est un sujet que j’explore depuis quelques temps déjà et que je considère comme l’un des points les plus importants de cette semaine. La force interne requiert une structure correcte afin d’éviter une utilisation de force excessive, et un moyen d’accomplir cela est d’avoir un corps bien organisé et aligné.

Une idée qui a particulièrement été mise en avant est l’utilisation du plancher pelvien, comme ce que l’on pourrait décrire comme étant une sorte de plateau sur lequel on équilibre la partie supérieure de son corps, mais aussi par extension notre partenaire : comprendre le fonctionnement du pelvis, les différentes positions qu’il peut prendre et comment celles-ci impactent la structure générale,




Travail au sol
Si le travail au sol est de fait peu proposé à Tokyo, tout simplement parce qu’il n’y a pas de tatamis, c’est quelque chose qu’Akuzawa apprécie particulièrement et il n’est pas rare de passer des heures en seiza ou un genou au sol lors de stages ou de cours particuliers.

N’ayant pas la souplesse d’un japonais rompu à l’exercice de seiza, je dois admettre que ces exercices sont difficiles pour moi, mais je dois reconnaitre leur intérêt pour apprendre à bouger correctement et notamment apprendre comment mobiliser le pelvis et le tanden. Pas de dégâts malgré tout, en dépit de la douleur pendant la pratique, si ce n’est une réduction significative de la quantité de peau sur mes pieds.

Au-delà de l’enseignement de haut niveau propose, cette semaine était aussi une opportunité incroyable de passer du temps avec sensei et les pratiquants néozélandais sur et en dehors des tatamis. Venant de HK, avec 11h de vol, on aurait pu croire que j’étais celui qui avait effectue le plus long trajet, mais loin de la puisque Bea a fait le trajet depuis l’Allemagne. 30h de vol et 12h de décalage horaire sont je pense un engagement qui mérite d’être noté. Je connaissais déjà Filip et j’étais vraiment heureux de passer à nouveau du temps avec lui. Filip est l’un des pratiquants les plus passionnés que je connaisse, extrêmement talentueux, ouvert d’esprit et c’est un véritable plaisir de pratiquer avec lui. Je connaissais également Gray qui était passé à HK récemment et ce stage m’a permis de passer plus de temps avec lui. C’était aussi l’occasion de rencontrer Liam et son équipe, sans compter tous les autres pratiquants. Je ne parlerai pas de tout le monde pour ne pas trop rallonger ce post, et aussi (surtout) par peur d’oublier quelqu’un.

Le dojo choisi pour la formation intensive était lui-même un part entière de l’expérience. Le Koru Dojo est certainement le plus beau dojo que j’ai vu, et son environnement direct (le bush, les cascades, etc.) lui donnent un caractère d’un autre monde. Suffisamment proche de la plage pour des entrainements en extérieur, avec aussi la possibilité d’aller faire Misogi sous les cascades pour ceux qui contrairement à moi survivent dans des milieux non tropicaux. Et puis évidemment il y a David et Hisae, les fondateurs et l’âme des lieux. Des gens d’une gentillesse et d’une humilité incroyable qui contraste avec leur parcours exceptionnel puisqu’ils ont été les élèves de Tohei et Shioda sensei et ont amené l’Aïkido en NZ il y a maintenant 50 ans.


Je conclurai ce long post en remerciant Filip pour le temps et l’énergie qui lui ont permis de faire de cette semaine un moment inoubliable. Une expérience fluide vient toujours d’un travail bien fait derrière la scène. Merci aussi à sensei et Rob pour leur enseignement, et à toutes les personnes qui sont venues pratiquer et échanger. De retour à Hong Kong, je me demande pourquoi je suis revenu de mon plein gré…

vendredi 11 novembre 2016

Qu’avez-vous appris aujourd’hui?

Publié à l’origine sur le site du Seishin Tanren Dojo en anglais.

Vous posez vous cette question régulièrement ? Je ne parle pas de se la poser de façon négative « mon dieu, ce cours était vraiment pourri, pourquoi est-ce que je suis venu ce soir… j’aurais mieux fait d’aller au bar avec les copains » mais plus d’un sain et positif « quels sont les éléments que je dois retenir de cette séance ? ». Si vous ne vous êtes jamais posé cette question, il est temps d’essayer. L’apprentissage d’un Budo/Bujutsu, comme n’importe quel apprentissage, demande du temps mais aussi un apprentissage actif. Venir en cours, faire quelques mouvements pendant une heure ou deux, rentrer chez soi et tout oublier jusqu’à la prochaine séance n’est pas un processus qui a fait ses preuves.

La première étape d’un apprentissage est d’apprendre à apprendre. Et cela requiert une réflexion active ainsi qu’une présence active pendant le cours.

Imaginons que vous veniez deux fois par semaine, pour un total de 3 heures. Quand pratiquez-vous ? Seulement quand vous faites les techniques ? Dans ce cas nous sommes déjà à la moitié du temps, un peu moins en enlevant l’échauffement, les démonstrations de l’enseignant et les temps morts. Vous devriez vous entrainer aussi en tant qu’Uke : comprendre comment le mouvement impacte votre corps, comment vous êtes déséquilibrés (ou non), comment vous pourriez revenir et contrer votre partenaire, et ce que Tori devrait faire pour ne pas vous le permettre.

Imaginons maintenant que vous soyez en nombre impair, que faites-vous ? Vous laissez votre esprit vaquer à ses occupations ? Vous pensez peut être a ce bon repas qui vous attend ? Encore une fois, c’est l’occasion d’apprendre. Mitori Geiko consiste à apprendre en regardant d’autres personnes pratiquer, mais regarder activement pas comme vous regarderiez la télévision le soir. Soyez actif. Asseyez-vous en seiza et regardez attentivement vos partenaires pratiquer. Comment sont les mouvements de Tori ? Dans le temps ? Se tient-il droit avec un corps connecté ? Ou Est-ce que sa tête part avant le reste du corps pour éviter le coup ? Comment gère-t-il la distance ? Est-ce qu’il est en position de contrôle d’un bout à l’autre ? Si oui, comment ? Si non, pourquoi ? Et quand vous êtes chez vous sans partenaires devant vous, rien ne vous empêche de faire la même chose en parcourant des vidéos sur YouTube.

Après le cours, allez-vous tout oublier jusqu’à la prochaine fois ? C’est possible. Mais est-ce que cela vous aidera à progresser ? Sans doute pas. Si votre temps sur le tapis est limité (et c’est compréhensible), vous voulez en utiliser chaque seconde, et utiliser votre temps hors du tapis pour repenser a ce qui s’est passé. Qu’est ce qui a marché ? Qu’est qui n’a pas marché ? Comment auriez-vous pu faire les choses différemment ? La visualisation est un outil fantastique que je ne saurais trop recommander.

Gardez aussi en tête que si la mémoire humaine a des capacités insoupçonnées, elle a aussi de grandes limitations, et c’est là qu’intervient la répétition espacée. La majeure partie de ce que vous apprendrez aujourd’hui sera oubliée demain, et à peu près l’intégralité d’ici le prochain cours. Comment progresser dans ces conditions ? Il n’y a pas de fatalité, vous devez simplement réviser par vous-même, ne serait-ce qu’en y pensant et en visualisant vos techniques. Commencez par essayer 5 minutes par jour et voyez comment ça se passe.

lundi 7 novembre 2016

Le Bujutsu, créateur de vie

Je pratique les Budo/Bujutsu depuis maintenant quelques années et comme on peut s’en douter mon approche a évolué au cours des années.

Lors de mes premières années de pratique, mon but principal était de « devenir fort », techniquement et physiquement. Je pratiquais relativement intensément, de manière assez dure et la condition physique était une grosse partie de ma pratique, en particulier le renforcement musculaire et le cardio, j’avoue avoir trop longtemps délaissé les étirements et j’en paie encore le prix aujourd’hui.

Je ne regrette pas ces années. Elles m’ont appris à me faire mal et à explorer mes limites tant physiques que mentales, une étape que je pense utile (mais pas forcément nécessaire) dans la pratique martiale.

Je me souviendrai toujours de Louis Mercier, au Tai Jitsu Club de Paris en 2005 après un randori me disant a peu de choses près : « c’est bien, c’est très bien même. Peut être juste un peu trop bon élève, trop propre sur toi. Lâche toi ». Je ne suis pas sûr d’avoir vraiment compris la portée de cette phrase à l’époque, qui m’avait plus surprise qu’autre chose. Aujourd’hui j’y repense en souriant alors que ma pratique parait certainement plus chaotique de l’extérieur mais qu’elle est devenue beaucoup plus vivante.

Vivante parce que si à l’époque je m’efforçais de reproduire les formes techniques le mieux possible (en bourrinant le plus souvent), je ne crois pas qu’il y avait de réel lien entre ce que j’étais et ce que je faisais. Aujourd’hui après plusieurs années à m’éloigner de l’aspect technique pour comprendre le cœur de la pratique et travailler à obtenir une certaine liberté du corps, j’ai l’impression d’être arrivé à l’opposé de cette phrase, en bougeant à travers des principes fondamentaux et non plus des points techniques (avec évidemment les limitations dues à mon niveau, mais c’est un autre sujet), comme si le carcan avait explosé et que j’avais retrouvé une certaine liberté. Si je crois que ma pratique de l’époque était profondément impersonnelle, je crois qu’aujourd’hui elle est au contraire très marquée et qu’elle a un gout particulier, quelque chose de personnel. Il existe de nombreuses façons d’aborder la pratique, mais je crois que quelle que soit la méthode choisie il est essentiel qu’ à un moment ou un autre le corps et l’esprit fonctionnent à l’unisson : la personnalité, le corps, la technique ne devant finalement que des émanations d’une seule et même chose.

J’explore cette phase avec passion même si le fait d’enseigner me force à me brider régulièrement pour proposer quelque chose de compréhensible à mes élèves et il est probable qu’elle dure de nombreuses années, tant je suis encore loin de comprendre toutes les subtilités que le corps humain permet. En revanche je suis déjà curieux de ce que serait la 3e phase de ce processus ? Une liberté totale de mouvement dans laquelle les techniques ne sont presque plus visibles ? Ou au contraire une apparence extérieure « propre » techniquement mais avec une totale liberté de mouvement à l’intérieur ?    

Bouger selon les principes mais rester compréhensible...

vendredi 21 octobre 2016

Let it go

La notion de "lâcher prise" fait partie de ces notions importantes en Budo/Bujutsu, tant pour Tori que pour Uke, et si c'est quelque chose que je n'ai compris que relativement tard j'essaie depuis quelques années de garder cette idée à une place centrale dans ma pratique et dans mon enseignement.

Mais si cette place est centrale dans mon enseignement, je ne crois pas avoir jamais vraiment insisté de façon claire dessus, en général glisser un mot comme "relâche ton coude" par exemple suffit à faire comprendre l'idée sans que je ne m'épanche dessus. Jusqu'à hier. Lors d'un travail sur Robuse (Ikkyo), j'ai été surpris de voir son bras fléchi et particulièrement surpris alors que je m'apprêtais à finir la technique par l'immobilisation. Pas tendu de manière que je qualifierais de volontairement active, dans un but de se protéger voire mieux de retourner la situation. Juste crispé, et pas forcément consciemment, ce qui avait pour conséquence que son corps était facile à contrôler, d'autant plus qu'il n'y avait pas particulièrement de présence "derrière" et relativement facile à blesser. Coincidence peut être, mais les blessures font partie de son quotidien...



La pratique moderne, et notamment sportive, encourage l'utilisation superficielle des muscles. Il faut être fort, puissant, faire preuve de Kime. C'est pourtant souvent au détriment de la sensibilité, arme essentielle contre des adversaires plus costauds que soi (et entre nous s'ils ne le sont pas, on se demande bien pourquoi le combat a lieu...). Cette utilisation superficielle des muscles va également à l'encontre d'une utilisation optimale du corps puisque les forces n'y circulent pas et qu'elle force à travailler "en local". Un bras relâché permet de transmettre la force du corps, un bras crispé ne transmet... que lui même, au mieux. Pour Uke la question est tout aussi essentielle, du moins si Uke cherche à pratiquer autant que Tori et pas seulement à lui servir de punching ball, je vous renvoie d'ailleurs à ce sujet à l'excellent article d'Alex Grzeg: "Budō et apprentissage: Ichi-go Ichi-e, « une rencontre, une chance". Un Uke qui sait correctement lâcher prise et relâcher ce qui est nécessaire pourra utiliser son corps dans son ensemble et non seulement la partie en contact pour renverser la situation, chose quasi impossible en étant crispé à moins d'avoir une force nettement supérieure à son opposant.

Lâcher prise dans la pratique martiale n'est pas l'équivalent d'un abandon, il ne s'agit pas de reconnaitre une quelconque défaite. Il s'agit avant tout de réaliser quelles sont les forces contre lesquelles il n'est pas utile de lutter, et quelles sont les éléments sur lesquels nous avons encore un contrôle et une influence.



lundi 17 octobre 2016

Stage avec Mitsuteru Ueshiba, le waka sensei de l’Aikido

A l’occasion du 45e anniversaire de la Hong Kong Aikido Association, Mitsuteru Ueshiba, actuel Hombu Dojocho et probable futur Doshu de l’Aikido est venu à Hong Kong donner un stage sur deux demi-journées.

Si j’ai mis en pause ma pratique de l’Aikido il y a quelques mois, je ne comptais pas rater cet évènement. D’une part parce que qu’en dépit des critiques parfois formulées sur Mitsuteru Ueshiba, cela m’amusait de pratiquer sous la direction d’un descendant d’O Sensei. Ensuite parce que ce genre d’évènement n’est pas nécessairement facile à organiser et qu’il me semble important de soutenir ces initiatives quand c’est possible.

Le weekend a commencé de la meilleure des façons avec une excellente surprise : une délégation du Shinjukai Aikido de Singapour a fait le trajet, avec à leur tête Philip Lee, 6e dan Shihan. J’avais eu beaucoup de plaisir lors du stage d’Aunkai chez eux en mai et c’était donc un réel plaisir de les revoir. Terry, qui avait organisé le stage en question et qui était venu à HK en mars pour le stage d’Aunkai était la également, l’occasion de pratiquer un  peu ensemble.

Techniquement je ne m’attendais pas à être enthousiasmé mais plutôt à avoir une pratique assez intense. Non que notre enseignant du weekend ne soit pas bon, mas tout simplement parce que son rôle comme celui de son père implique de ne pas sortir d’une certaine neutralité technique. Le travail s’est concentré sur les bases comme on pouvait s’y attendre, avec quelques explications et beaucoup de temps laisse à la pratique. Le dimanche j’ai pu passer la moitié du cours avec Terry, qui en a profité pour me demander comment je voyais ces techniques via le prisme Aunkai, une bonne occasion de tester mes idées avec lui et d’avoir quelques retours. J’ai pu aussi pratiquer un peu avec sa femme, que je ne connaissais pas encore, et qui est tout aussi sympathique que lui.




Malgré les divergences politiques qui existent entre les différents dojos d’Aikido de HK, j’étais content de retrouver l’espace d’un weekend tous mes camarades de jeu, aujourd’hui dispersés dans trois dojos. J’ai au final eu assez peu d’occasions de pratiquer avec eux, le monde n’aidant pas à repérer facilement les gens avec qui l’on veut travailler, mais nous avons au moins pu discuter un peu avant et après les cours.

Si l’aspect technique du stage n’était pas une surprise, j’étais plus curieux de voir la personnalité du jeune maitre, et j’avoue ne pas avoir été déçu. Contrairement à certaines divas, il s’est montre particulièrement sympathique, voire presque un peu timide a son entrée sur le tatami. Agréable, ne faisant pas attendre les élèves pendant des heures pendant le cours, il s’est avéré avoir beaucoup d’humour pendant le diner. On l’aura compris l’aspect humain est tout aussi important pour moi que l’aspect technique et les gens que je suis régulièrement sont tous des personne que j’apprécie, alors que je peux assez facilement me braquer sur la personnalité d’une personne, quand bien même il s’agirait d’un véritable génie martial. 


Ce fut définitivement un excellent weekend pour moi, l’accueil et l’organisation ont été parfaits et j’ai passé un très bon moment sur et en dehors des tatamis. Mon seul bémol serait que le Seishin Tanren dojo n’avait que deux représentants présents et que j’aurais aimé voir plus de gens de notre groupe profiter de l’occasion. Mais la plupart de nos membres étant nouveaux dans la pratique, je ne suis pas vraiment surpris, peut être la prochaine fois.

vendredi 14 octobre 2016

Choisir un Uke pour une démonstration

Ce week-end, la Hong Kong Aikido Association reçoit Mitsuteru Ueshiba, l’actuel Waka sensei de l’Aikido. Si je ne pratique plus réellement l’Aikido de façon régulière et que le style de celui qui est amène à devenir le Doshu de la discipline n’est pas celui qui me parle le plus, je me voyais difficilement passer à côté de l’occasion, d’autant qu’il me semble important de soutenir le travail de ceux qui font l’effort de faire venir des enseignants. 

M’inscrivant en tant que membre du Seishin Tanren Dojo, il m’a été proposé de participer à l’Embukai ainsi qu’au diner de bienvenue. J’ai bien entendu accepté l’invitation à diner (j’aime manger), mais j’ai malheureusement du décliner la participation au Embukai, faute de Uke de qualité disponible.

Une démonstration se prépare, au moins un minimum. Si dans mon cas il s’agit en général du strict minimum puisque mes démonstrations passées se sont faites avec des Uke ne connaissant pas l’école et que je rencontrais la veille, j’ai jusqu’à présent toujours eu la chance d’avoir des Uke capables de recevoir un minimum. Il a parfois fallu se brider pour éviter les accidents, et éviter un certain  nombre de choses, mais il était possible de s’en tirer. Cette fois malheureusement une seule de mes élèves se rendra au stage, et il est assez clair qu’elle n’est pas prête à prendre l’Ukemi dans un contexte moins « protégé » que celui du cours. Car un cours est de fait « protégé » dans le sens où il est facile pour l’enseignant d’adapter sa technique au niveau de l’élève. En allant doucement, en proposant des étapes pour la chute, en retenant la technique, etc.  Une démonstration se doit en revanche d’amener quelque chose aux spectateurs, une vue sur un produit « fini ».

Le rôle d’Uke dans une démonstration est pour moi essentiel. Probablement plus que celui de Tori, même si celui-ci en retire toute la gloire. Mais imaginez une démonstration de Christian Tissier sur un débutant… la fluidité, la dynamique du mouvement risquent d’en prendre un coup. Non pas que Christian Tissier ne puisse pas passer ses techniques sur un débutant, mais tout simplement que le débutant ne soit pas capable de recevoir l’intensité proposée sans risque. Au contraire, je crois qu’un excellent Uke peut réussir à faire passer un pratiquant moyen pour bien meilleur qu’il n’est.



 Mais revenons sur cette démonstration en particulier. Mon dojo comprend moins d’une quinzaine de membres, la plupart ayant commencé très récemment, et la pratique proposée. Que l’on parle d’Aunkai ou de Nihon Tai Jitsu est confidentielle à Hong Kong. Je suis évidemment convaincu que présenter notre pratique à un public plus large ne peut qu’être bénéfique. Mais je suis tout autant convaincu que cela ne doit se faire que dans des conditions permettant de proposer quelque chose de décent. C’est le cas à Kyoto même si les conditions sont loin d’être idéales (partenaire inconnu découvrant l’école et les sutemi, 15 min de préparation). Ca n’est pas le cas ici, en tout cas pas cette fois.

mardi 20 septembre 2016

Stage à Perwez (Belgique) - 4/5 février 2017

J'ai déjà dit tout le bien que je pense de mes amis du dojo Budokan Kazoku. Suite à notre première rencontre l'an dernier nous avons évidemment gardé contact et c'est avec un immense plaisir que je me rendrai chez eux cette année pour un stage de deux jours. Un format que j'affectionne particulièrement parce qu'il me permet d'aller beaucoup plus en profondeur.

Ce stage est évidemment comme toujours ouvert à tous, pratiquants ou non de Nihon Tai Jitsu et j'espère avoir l'occasion d'y croiser bon nombre de mes amis belges.


dimanche 18 septembre 2016

Stage à Nort sur Erdre (44) - 14/15 janvier 2017

Je me rendrai au NAC Hapkido en janvier pour la 4e année consécutive, l'occasion de retrouver Romain, ses élèves et les habitués qui font maintenant le déplacement depuis 2013. Nort sur Erdre est devenu pour moi un rendez vous incontournable, un de ses moments qui rythment mon année et ma pratique. Chaque passage est l'opportunité de valider mes recherches de l'année, d'expérimenter et de trouver de nouvelles pistes, mais aussi de voir à quel point Romain et ses élèves progressent rapidement, une motivation de plus pour s'entrainer sérieusement pendant l'année pour ne pas être complètement dépassé le jour du stage.


samedi 17 septembre 2016

Stage à Aire sur l'Adour (40) - 21/22 janvier 2017

Comme l'an dernier à la même période, je profite de mon passage annuel en Europe pour donner quelques stages et retrouver mes amis sur les tatamis le temps de quelques heures.

Je me rendrai pour la première fois cette année au dojo d'Aire sur l'Adour, dans les Landes, le plus grand dojo de Nihon Tai Jitsu du grand ouest. J'avais eu la chance de rencontrer le président du club, Emmanuel Pirot, en février lors de mon passage à St Loubès et je suis heureux de pouvoir cette année passer chez eux.



lundi 29 août 2016

Les hanches de la colère

Dans mon CR de l’excellent stage de Yoga Ashtanga par Kino McGregor, j’avais noté le lien fait entre les émotions et certaines postures.

“La session du vendredi est focalisée sur les backbends. Nous sommes tout de suite prévenus que lors de certains postures, des émotions peuvent nous envahir: la tristesse, la rage, accessoirement même l’impression que la mort va venir nous cueillir.”

Si la remarque m’avait marquée, c’est en revanche quelque chose que je n’avais jamais ressenti. Jusqu’ici la plupart des asana visant à ouvrir le corps me donnaient surtout l’impression d’une sorte de nettoyage, comme si mon stress sortait progressivement de ma tête et de mon corps. Mais hier il n’en a pas été de même et j’ai pour la première fois ressenti une emotion monter et m’envahir pendant les quelques minutes que nous avons passées sur l’ouverture des hanches à partir d’une position en squat. Et… c’est la colère qui est venue.




Je me sentais bien jusque là, d’autant que c’est un cours auquel je vais régulièrement et que j’apprécie tant par les mouvements proposés que par la pédagogie de l’enseignante. Si ça n’est pas un cours particulièrement facile, je n’y ai clairement jamais eu d’émotions négatives. Et c’est surement pour ça que quand la colère est montée, j’ai été plutôt surpris. Passée la surprise, je me suis demandé pourquoi, et je me suis dit que vue la souplesse de mes hanches et le fait qu’elles soient considérées comme l’une des poubelles du corps, il ne fallait peut être pas aller chercher bien loin l’explication.

Comme recommandé à l’époque par Kino, j’ai essayé d’observer le changement d’émotion, sans jugement, et surtout sans céder (personne n’a été blessé, promis), et j’ai attendu de rentrer à la maison pour faire quelques recherches sur cette théorie.

Aussi surprenant que cela puisse donc paraitre à toutes les personnes qui trouvent mon caractère exécrable, il semblerait donc que j’enfouisse depuis longtemps une bonne partie de ma colère dans mes hanches. Vous avez de la chance, allez savoir où elle serait allée sinon…  Plaisanterie mise à part c’était une expérience intéressante et je vais continuer à explorer cette zone dans les semaines qui viennent.

lundi 22 août 2016

Où placer son niveau d’exigence?


Lors de sa venue à Hong Kong, Fred a évoqué brièvement avec un de mes élèves mon niveau d‘exigence (après m’avoir dit d’y aller mollo sur ce que je leur demandais de faire). J’avoue ne pas avoir écouté l’ensemble de la conversation mais juste grappillé quelques bouts ici et là.

En (très) résumé, je montre quelques trucs absolument impossibles (pas complètement vrai puisque j’arrive à les montrer) et je demande souvent des choses d’un niveau relativement avancé corporellement parlant à des débutants. Fred a précisé en revanche que si j’étais exigeant envers les autres, je l’étais au moins autant envers moi-même, précision qui a son importance. 




Re-conditionner le corps

Mes cours sont axés sur un reconditionnement du corps, nécessaire pour passer les techniques correctement. Une approche qui dépasse le simple cadre technique/angle/timing pour incorporer une certaine façon de se tenir et de bouger, de faire entrer et sortir la force, mais aussi de comprendre plus précisément notre corps et celui de notre partenaire. C’est un travail de longue haleine et je suis conscient que pour un débutant il puisse être particulièrement frustrant. En revanche, si je tiens à mettre en place ces idées dès le premier jour, je ne demande pas qu’elles soient maitrisées, tout au plus il s’agit de comprendre la direction choisie, de donner les outils pour y arriver et surtout de partir sur des bonnes bases.

Partir sur de bonnes bases est le point essentiel pour moi. Il m’a fallu des années pour nettoyer mes mauvaises habitudes de pratique et ce changement a été difficile et possible seulement après d’innombrables heures de pratique. Je ne crois pas qu’il soit nécessaire d’y passer autant de temps si on évite dès le début de travailler en force. Les qualités que j’essaie d’enseigner sont certes longues à mettre en place, mais moins que de ce devoir changer du tout au tout une pratique acquise pendant des années. 

Il y a aussi bien sur une part d’égoïsme dans ma façon d’enseigner. J’ai commencé à enseigner faute de partenaires, et enseigner me permet d’avancer. En testant mes nouvelles idées d’une part, et en formant des gens capables d’être des bons partenaires et d’être capables de m’aider à avancer d’autre part. Pour ces deux raisons, il est clair que je ne souhaite pas proposer une version édulcorée de ma pratique. Je suis conscient qu’elle ne parlera pas à tout le monde et que cela limitera de fait le nombre de mes élèves. En contrepartie je crois que ceux qui restent sont conscient du travail nécessaire et de la sincérité de la démarche.

Fred avait cependant tout à fait raison sur le fait de ne pas trop en demander non plus. Sur l’exercice incriminé (un exercice d’Ukemi), je reconnais qu’il était hors de portée. C’est d’ailleurs pour ça que je les ai laissé essayer mais que je n’ai pas insisté sur ce que l’exercice impliquait. Il était suffisamment ludique pour que tout le monde  puisse essayer sans danger et en s’amusant. Je n’ai pas essayé de frustrer le groupe en leur disant qu’effectivement ils étaient passés à côté. Je pense en revanche continuer à leur faire faire et voir si leur sensibilité s’affine.

Etre juste dans ses exigences

Si je suis relativement exigeant, j’ai personnellement l’impression d’être souvent trop laxiste et je connais un certain nombre d’endroits où le niveau d’exigence est bien supérieur au mien. J’essaie cependant de tirer mon groupe vers le haut du mieux possible, en leur proposant un travail autant que possible de qualité.

Nous venons tous avec un vécu différent, une motivation différente, des corps différents, des objectifs différents, et même simplement des niveaux différents. Ce que j’attends de chacun est donc nécessairement différent, et il en va de même évidemment envers moi-même.

Si je prends l’exemple de mes élèves, il est clair que j’attends de Hugh plus que des autres sur un certain nombre de points, parce qu’il est le plus gradé et aussi mon assistant. Je ne suis pas en revanche exigeant sur ses chutes car je prends son âge en considération ainsi que ses soucis d’épaule. Dans le cas de Jonathan, plus récent dans le groupe mais également plus jeune et très en forme physiquement, je suis plus demandeur en termes d’Ukemi car je le sais en capacité de recevoir et que je crois que c’est utile à sa progression.

Envers moi-même, c’est presque un autre sujet. Fred sait à quel point je suis un éternel insatisfait et si je suis conscient des progrès réalisés ces dernières années, je le suis tout autant de la route qui me reste à parcourir et du travail nécessaire pour aller plus loin.

samedi 20 août 2016

[CR] - Cours Seishin Tanren Dojo - 14 août 2016

Fred ayant supprimé son blog, il a gentiment accepté d'écrire malgré tout un compte rendu de son entrainement dans mon dojo la semaine dernière et de le publier ici. Merci à lui pour ce compte rendu et son passage à Hong Kong.


Xavier et moi n'avons pas trop l'occasion de nous rencontrer depuis mon départ de Taïwan il y a 3 ans. Nous essayons donc de saisir chaque opportunité qui se présente et nous nous sommes donc rencontrés début juillet vers Taitung où je passe mes vacances. Une possibilité d'aller à Hong Kong s'est présentée et, même pour un court passage, j'avais envie de revoir Xavier et ses élèves dont certains sont aussi mes amis.

Je ne pratique plus depuis 1 an et demi et je suis en surpoids avec une condition physique assez faible, des douleurs lombaires même si j'essaie cet été de limiter les dégâts. J'étais donc un peu réticent à remonter sur le tatami mais Xavier m'a poussé à pratiquer un peu.
Après mon arrivée à HK et une de nos longues discussions pendant l'après-midi, Xavier m'a prêté tenue et ceinture pour que je me joigne au cours qu'il donne à la SCAA. Ce fut donc l'occasion de découvrir certains de ses élèves et de revoir mes amis Chris et Hugh.

Arrivés en avance, nous avons fait quelques push out et échauffement ensemble afin que je me remette doucement dans le bain. Puis les élèves ont commencé à arriver ainsi que des visiteurs venus assister au cours. Le cours a commencé avec des exercices corporels pour appréhender le sol et préparer les ukemi pour les débutants. Quelques sorties de saisie des poignets en suwari waza puis nous sommes entrés dans la phase technique. Celle-ci comprenait parfois 2 versions de la technique, avec des exercices préparatoires pour les débutants et des versions complètes pour les plus avancés. Xavier a à chaque fois insisté sur le travail du corps dans sa globalité, les connexions et l'absence de force excessive pour appliquer la technique. Nous avons travaillé notamment (et pas tout à fait dans l'ordre) Sankyo (Yuki Chigae), Ude Kime nage (Tenbin nage), O soto gari, Shiho nage (dont une version avec projection), un éducatif de type Irimi Nage pour préparer Hachi Mawashi et des sutemi parmi lesquels Yoko Guruma.

À défaut de pratiquer en souplesse (quelques flagrant délits de "bourrinage" à mon actif), je sais encore chuter et j'ai donc servi de uke à Xavier mais aussi à Hugh, l'élève le plus avancé, afin qu'il puisse exécuter les techniques sans restriction et sous l'oeil de Xavier. Pratiquer avec Hugh est une expérience intéressante car il est à la fois l'élève le plus gradé et sans bagages martial précédent. Un pur produit du dojo Seishin Tanren donc. Hugh est bien structuré et sait travailler intelligemment avec un usage modéré de la force et s'il lui manque encore un peu de fluidité (son gabarit costaud n'aide pas forcément), il mérite amplement son 1er kyu.  Les autres élèves débutent pour la plupart mais ont montré de l'enthousiasme et de la curiosité, l'échange était studieux avec une très bonne ambiance. On dit que l'esprit du dojo correspond à celui de l'enseignant. Xavier fait sentir et subit la technique avec tous ses élèves. Il insiste régulièrement sur la bonne structure et la bonne connexion plutôt que sur l'emploi de la force. Utilisation du poids du corps, relâchement permettent d'optimiser les techniques. Quand il le fait ça a l'air simple, quand j'y arrive par hasard, de temps en temps, je suis content mais je mesure bien la distance qui nous sépare.

La fin du cours a été orientée sur des exercices corporels comme en début, afin de faire travailler l'appropriation du corps via le sol. J'étais épuisé car 2 heures de cours étaient un peu trop longues pour moi, j'ai donc seulement regardé.


Après cet entraînement, intense pour moi, nous avons partagé un bon moment dans le bar de l'association avec des discussions comme toujours animées sur les arts martiaux. Les courbatures ont duré 2 jours... ça aurait pu être pire.

Au final j'ai passé, comme toujours, un très bon moment avec un échange technique intéressant et le plaisir de retrouver ses amis.

mardi 16 août 2016

Fred à Hong Kong


Ce weekend, Fred m’a fait l’amitié de venir à Hong Kong et par la même occasion de venir participer à mon cours. C’est la deuxième fois qu’il s’entraine avec le groupe, et contrairement à la première fois il y a 4 ans, le dojo était « plein » : 9 personnes sur les tatamis, plus quatre observateurs sur le banc.

Au-delà du plaisir de se voir pour la troisième fois cette année, j’étais vraiment heureux de pouvoir à nouveau pratiquer avec lui sur les tatamis et… de lui faire quelques sutemi. C’était aussi l’occasion comme toujours de lui montrer mes dernières évolutions et d’avoir ses retours dessus, tant au niveau technique que pédagogique. Enfin, j’étais curieux d’avoir son retour sur mes élèves. Ayant peu de visites de pratiquants avancés, les retours sont forcément rares, et donc forcément d’autant plus précieux. Fred étant l’une des personnes qui comprend le mieux ma pratique, et de loin celui qui m’a le plus subi, son retour était d’autant plus important à mes yeux. J’étais content aussi de voir que même si Fred a mis sa pratique en suspens depuis 1.5 an, ses acquis sont bel et bien toujours là.

Je ne parlerai pas pour lui et s’il le souhaite je publierai un CR de sa part ici. D’ici-là, je vais détailler un peu plus le contenu du cours de la soirée, l’un des meilleurs depuis la création de notre dojo il y a 4 ans à mon humble avis.
Ma vision du Bujutsu, on le sait, est principalement corporelle et non technique. La pratique telle que je la conçois doit apporter une meilleure compréhension de son corps, des différents éléments qui le composent, des axes du corps, du mouvement en général. Dans ce cours à travers un certain nombre de techniques et d’exercices nous avons abordé le travail de la colonne vertébrale et du sternum, ainsi que la notion d’axes : bouger selon les axes du corps, transmettre son poids au partenaire, déstructurer au contact. Plusieurs techniques ont servi de véhicule à ces idées. Sur Dosokute Dori (Hai Hanmi Katate Dori) avec Kote Gaeshi, Kote Kudaki (Nikkyo), O Soto Gari, un exercice preparatoire a Hachi Mawashi, Tembin Nage (Ude Kime Nage), Shiho Nage et quelques sutemi, avec des versions variables selon les niveaux de pratique. Puis sur Jyunte Dori (Gyaku Hanmi Katate Dori) avec Sumi Otoshi, O Soto Gari et Yuki Chigae (Sankyo).

Les dix dernières minutes, l’ensemble des pratiquants commençant à fatiguer, nous avons mis de cote les techniques pour travailler différents exercices préparatoires aux Ukemi, au sol. Si chuter n’a jamais été un problème pour moi, je dois dire qu’il n’en est pas de même pour tous mes élèves et il est clair que lorsque l’on débute à un âge plus avancé, l’appréhension du sol ne va qu’en augmentant. Le but de ces exercices était donc de jouer avec le sol et de prendre un peu plus conscience de son corps, tout en étirant la colonne pour finir l’entrainement en douceur.

Pouvoir pratiquer avec Fred dans ces conditions, avec un groupe plus gros que d’habitude et qui a travaillé très sérieusement était un véritable plaisir. Ce dojo étant la suite logique de nos entrainements de la belle époque, où notre « dojo » se limitait pendant plusieurs années a deux personnes, je suis heureux d’avoir pu partager ce moment avec Fred, mais aussi que le groupe ait eu l’occasion de le rencontrer et de pratiquer avec lui.
 

jeudi 4 août 2016

Yoga et Aunkai – 6 ans après

En mars 2010, alors que j’étais tout jeune pratiquant dans ces deux disciplines, j’avais écrit un article sur les similitudes qu’elles présentaient. Dans leur travail sur le corps, le relâchement et les alignements d’une part, mais aussi sur les similarités entre certaines postures, ne serait-ce que visuellement.

Aujourd’hui, alors que mes recherches avancent, je trouve intéressant de revenir un peu sur le sujet, avec deux idées supplémentaires. Idées évidemment simplifiées et peut être parfois simplistes tant du fait de ma propre compréhension que du fait qu’il y a de grandes diversités entre les différents courants de Yoga.

Mettre du poids dans les mains

Depuis quelques mois maintenant je m’essaie aux handstands (équilibre sur les mains) en Yoga. Si un certain nombre restent inaccessibles à mon niveau, certains sont malgré tout abordables et permettent déjà de sentir un élément que je trouve intéressant : transmettre l’intégralité de son poids de corps dans le sol à travers la structure et les mains.

En effet, pour tenir en équilibre sur les mains sans forcer, il est nécessaire de transmettre le poids de son corps le plus parfaitement possible. Lorsque l’alignement correct est trouvé il devient dès lors possible de garder la posture pendant un temps certain sans éprouver de fatigue musculaire. Mais trouver cet alignement est plus difficile qu’il n’y parait puisque cela suppose d’une part un grand contrôle corporel pour en bouger les bonnes parties, et d’autre part d’avoir l’espace nécessaire dans le corps pour pouvoir déplacer ces éléments. Deux points cruciaux et à mon avis pas vraiment éloignés de notre recherche corporelle en Aunkai.


Si on prend l’exemple de Push Out par exemple, l’exercice consistera notamment à aligner le corps convenablement, en en bougeant les différents éléments pour organiser la structure,  et à faire passer le poids de cette structure dans le partenaire ({et non plus dans le sol} à travers les mains. Bien sûr Push Out ne nécessite ni souplesse particulière ni des postures tordues comme on peut les retrouver en Yoga mais on peut également penser que cette approche permet juste d’augmenter sa propre sensibilité.


Connecter les chaines myofasciales

Un autre point que je trouve intéressant en Yoga est le travail sur les chaines myofasciales, qui sont également une des clés du système en Aunkai. Dans ce que je comprends du Yoga on cherche à garder le corps actif dans chaque posture (à l’exception du Yin Yoga). Sur chaque posture c’est donc tout le corps qui participe au mouvement et pas uniquement des muscles isolés. Depuis que je fais des recherches sur les fascias via Aunkai, j’ai « importé » mes idées dans ma pratique du Yoga et les résultats ont été intéressants. Nombreux sont les mouvements qui typiquement visent à étirer une ligne de fascia de bout en bout, comme par exemple le SBL (Superficial Back Line) ou le SFL (Superficial Front Line), mais lors des Vinyasa l’utilisation des fascias permet également de faciliter les transitions d’une posture a une autre. Un exemple parmi tant d’autres est la transition de la posture Lunge a Warrior III en mobilisant (je dirais presque en « chargeant ») le SFL.

Upward Dog, un excellent exemple d'étirement du SFL

Les deux disciplines proposent un travail postural dans lequel on travaille en extension, j’entends par là qu’il n’y a pas de notion de traction, mais plutôt la cohabitation d’ouvertures et de fermetures dans le corps de façon équilibrée. Cette extension peut se pratiquer de façon élastique dans plusieurs directions simultanément : haut/bas, avant/arrière, droite/gauche. Tous les axes ne sont pas nécessairement le point de focus sur toutes les postures et on se retrouvera souvent avec deux axes principaux : Warrior II par exemple se focalisera surtout sur haut/bas, avant/arrière. Il en va de même en Aunkai où on retrouve cette notion de corps élastique et d’un sentiment d’extension dans toutes les directions.



Eliminer les tensions parasites

Le Yoga et l’Aunkai ont tous les deux des effets extrêmement bénéfiques quand il s’agit d’éliminer les tensions dans le corps, voire dans l’esprit, mais avec des méthodes différentes.

En Aunkai il s’agit d’un reconditionnement corporel, notamment via le travail de la posture : mettre en place une structure en alignant de manière efficace les os/articulations et en utilisant de façon optimale les chaines myofasciales pour diriger les forces dans le corps. Une structure optimale permet ainsi d’utiliser tout le corps dans le mouvement et ainsi de ne pas se reposer sur une force musculaire localisée, génératrice de tensions.

En Yoga, l’élimination des tensions passera aussi par la respiration, soit dans les Vinyasa/Asana, soit via des exercices respiratoires particuliers (Pranayama). En complément de la respiration, les Asana proposent de nombreux étirements, et notamment un certain nombre de torsions qui permettent d’étirer les chaines myofasciales et d’en libérer certaines tensions.

Encore une fois ma compréhension de ces deux disciplines reste limitée et ces quelques idées ne sont comme toujours sur ce blog qu’un ressenti personnel, maladroitement couché sur le papier.
 

lundi 1 août 2016

1er Kyu

Mon dojo à Hong Kong reste relativement jeune (4 ans) et donc évidemment pas rempli de gradés (pas rempli du tout d'ailleurs). Si nous avons selon les périodes quelques pratiquants expérimentés venus d'autres écoles, je suis heureux d'avoir maintenant un 1er kyu, purement issu de notre travail.

Hugh a débuté la pratique martiale par le Nihon Tai Jitsu sous ma direction à l'ouverture de mes cours. A plus de 50 ans il peut être délicat de démarrer un art martial, mais Hugh s'est profondément engagé dans la pratique, du Nihon Tai Jitsu d'abord, puis rapidement après de l'Aunkai et a fait des progrès rapides, au point qu'il est devenu évident qu'il me remplace lors de mes absences.

Toujours présent sur les tatamis malgré un travail qui l'occupe 7 jours par semaine, près de 360 jours par an avec des horaires que beaucoup d'entre nous ne supporteraient pas, il est aussi celui qui s'est le plus accroché, a le plus travaillé, et donc forcément le plus progressé.

Mon but premier en ouvrant un cours était d'avoir des partenaires avec qui travailler, et qui pourraient le cas échéant me mettre en difficulté et m'aider à avancer. La puissance physique naturelle d'Hugh, sa compréhension de la structure et ses progrès techniques en font maintenant un partenaire de choix pour moi, et un sempai de qualité pour le reste du groupe.

Il nous reste encore beaucoup de travail pour le Shodan, probablement deux ans, mais je suis certain que cela nous promet d'excellentes heures de partage sur les tatamis.

Pour ceux que ça intéresse, j'en profite pour partager une petite vidéo avec quelques extraits du passage de grade



vendredi 15 juillet 2016

Densité

Depuis que j’ai réorganisé ma pratique il y a quelques mois, j’ai augmenté de façon importance mon temps passé à pratiquer Aunkai et le Yoga et pu explorer un certain nombre d’idées que j’ai en tête depuis le stage de mars avec Filip.

L’un des premiers résultats intéressants de ces derniers mois est un changement de « densité ». Je mets le terme entre guillemets car je doute que la densité réelle de mon corps ait changé, en revanche la sensation au contact est différente, plus lourde, pour un gabarit identique. Cette sensation m’a d’ailleurs été confirmée par plusieurs depuis.

Je ne saurais honnêtement pas très bien comment expliquer concrètement ce changement et je vais donc lancer quelques idées en vrac, pas forcément pertinentes pour autant.


Le travail du sternum

Le Kyokutsu (胸骨, sternum) tient une place importance dans l’alignement du corps. Il est directement relié au menton (quand on ramène le menton vers l’arrière, le sternum a tendance à pointer en diagonale vers le haut, encourageant le bas du dos à se cambrer), mais aussi aux coudes.

Plusieurs exercices d’Aunkai (si ce n’est tous) utilisent le travail du sternum, mais Tenchijin est peut être celui dans lequel ce travail est le plus clair, puisqu’il permet d’approcher son ouverture et sa fermeture dans l’axe horizontal ET dans l’axe vertical. Ce travail d’ouverture/fermeture est particulièrement riche à mon avis parce qu’il permet de transmettre son poids à son partenaire au contact.

Encore une fois, TCJ n’est pas le seul exercice à permettre d’approcher ce travail : Maho et Shiko pour ne citer qu’eux n’ignorent clairement pas cette partie du corps. Les armes encore une fois permettent ce travail avec une certaine contrainte de poids, permettant de sentir comment la force rentre et sort selon la position du sternum. Tsuki avec un bo en est un bon exemple mais c’est également le cas des suburi avec bokken/furibo.


Une sensation différente dans le haut du corps

Depuis quelques jours, je ressens en plus du reste une sensation différente dans le haut du corps et en particulier dans la poitrine. Comme si celle-ci était plus lourde, plus compacte. Ça n’est ni désagréable ni le contraire, c’est simplement une sensation de poids. C’est intéressant parce que sentir ce poids me permet plus facilement de le transmettre.

Comme toujours en Aunkai, il est difficile de savoir si on est dans la bonne direction, mais les changements récents sont en tout cas intéressants et lors de mon passage à Tokyo en juin Akuzawa sensei a semblé heureux de mon évolution, j’en déduis que même si la direction n’est pas parfaite, je ne suis pas complètement hors-sujet. Reste donc à creuser pour voir ou cette route mène.
 

lundi 11 juillet 2016

Cours de Self Défense chez SWIFT

Il m’a récemment été proposé d’animer des cours de self-défense pour mes collègues. Deux cours dans un premier temps, un dans chaque bureau pour toucher le plus grande nombre de personnes.

La Self Défense n’est plus depuis plusieurs années au centre de mes préoccupations, mais je trouve toujours intéressant d’y revenir ponctuellement. Replacer ma pratique dans un cadre différent, moderne, avec tout ce que la notion de défense personnelle implique hors de l’approche technique.

J’ai les deux fois commencé par une approche théorique de la self défense, et en particulier le triangle du crime et les codes couleurs de Cooper. Le triangle du crime met en avant la nécessité de trois éléments pour qu’une agression arrive : une victime, un agresseur, une opportunité. Enlevez l’un d’entre eux et l’agression n’arrivera pas. En conséquence si on ne peut éviter la présence d’un agresseur, on peut éviter de se retrouver au milieu de Central Park à 2h du matin quand on est une jeune fille seule, de même que l’on peut éviter d’être perçu comme une victime par sa posture et son état d’alerte. Les états d’alerte étaient l’autre élément théorique de ce cours, essentiel à Hong Kong à mon avis dans une ville tellement sure que 99% de ses habitants ont les yeux rivés sur leur téléphone et pourraient se faire poignarder 50 fois sans s’en apercevoir.




Passée la partie théorique et comment éviter une confrontation en n’en créant pas les conditions, nous sommes passés à l’étape suivante : se désengager d’une confrontation. Calmer la situation si c’est possible, prendre une posture apaisante (et qui mettra les témoins de son côté le cas échéant) mais capable de servir de garde, parler poliment, voire encore amener les témoins discrets de l’évènement à intervenir. Distance, Te Hodoki et attitude étaient les principaux éléments de cette partie.

Est enfin arrivée la partie « technique » à proprement parler, quand tout le reste a malheureusement échoué. Nous avons travaillé des techniques relativement simples, à bases de saisies de poignet, de revers, ou d’étranglements mais le groupe a aussi proposé quelques attaques que nous avons pu utiliser comme base de travail. Les défenses étaient simples et les mêmes idées étaient reproduites sur chaque attaque pour permettre de créer un certain niveau d’automatisme. Tout cela dans la bonne humeur.

Si cette initiation n’a pas vocation à être plus que ça (apprendre à se défendre ne se fait pas en 1h30), j’espère avoir pu faire passer quelques messages lors de ces deux cours. A défaut, on aura au moins passé un excellent moment.






samedi 9 juillet 2016

Aunkai à Taiwan avec Fred

Dernière étape de mes rencontres martiales avec mes camarades d'Aunkai dans la région, j'ai retrouvé celui avec qui tout a commencé: Fred. Notre dernier entrainement ensemble commençait à franchement dater (janvier 2014 en fait) et même si Fred a mis un trait sur sa pratique martiale depuis un an et demi, je me suis évidemment empressé de lui forcer la main pour avoir ses retours.


Le cadre exceptionnel du village Taiwanais où réside Fred nous a permis de nous entrainer en plein air, en pleine montagne avec vue sur la plage, tout en se faisant un petit barbecue. Honnêtement pas le pire cadre pour se retrouver. Nous avons passé un peu de temps sur les solo tanren, l'occasion de montrer à Fred les dernières évolutions, avant de passer aux exercices à deux: push out, Tsuki, walking maho, Age Te, Sage Te, etc. Malgré un bon moment sans pratiquer, les qualités structurelles de Fred n'ont quasiment pas bougé et il reste capable de mettre beaucoup de poids dans ses mains et donc de me compliquer un peu la vie.

Avoir les retours de Fred sur ma progression (ou son absence) est toujours intéressant. Je l'ai déjà dit mais Fred fait partie des gens, avec Romain maintenant, qui connaissent le mieux ma pratique et son évolution, m'ayant connu à une époque où j'étais un bourrin fini. Ses commentaires ont confirmé l'impression que j'avais en particulier depuis quelques mois: j'ai gagné en densité, en lourdeur et en économie de mouvement. C'est effectivement ce qu'il me semblait mais avoir un retour franc de quelqu'un qui a des points de comparaison est je pense nécessaire.

Ce week-end fut aussi l'occasion de jouer un peu avec des mortiers à riz. Des petits outils sympas de 3-4 kgs, épais, et qui ne pardonnent pas les erreurs d'alignement lors d'un travail de suburi. Vraiment sympa à utiliser et il va donc falloir que je parte en quête d'un engin comme ça dans les nouveaux territoires hongkongais.

Au-delà de la pratique, ce week-end fut surtout l'occasion de retrouver Fred, de refaire le monde autour d'une (ou plusieurs) Taiwan Beer, d'avoir des discussions interminables sur les arts martiaux. Bref de faire exactement ce que nous avons toujours fait.



mercredi 29 juin 2016

La pratique des armes en Aunkai

Issu d’une pratique de Tai Jutsu, je n’ai eu qu’une exposition modérée aux armes japonaises avant de débuter l’Aunkai, avec tout au plus un peu de sabre via le Hankumdo, que je ne comprenais pas franchement à l’époque, et une pratique un peu plus approfondie des arts philippins dont l’approche est foncièrement différente. L’Aunkai a une approche corporelle et non technique du Bujutsu et si les exercices les plus courants se font simplement avec le corps, avec ou sans partenaire, il en existe malgré tout un certain nombre avec armes. On ne parlera à nouveau pas de pratique armée de type Kata comme on pourrait le faire dans les écoles classiques, mais d’une utilisation des armes traditionnelles comme outils de développement du corps.

J’utilise à titre personnel trois types d’armes dans ma pratique : le Rokushakubo, le Furibo, le Tambo.

Le Rokushakubo
Le Bo de 6 shaku (180cm environ) est l’arme la plus classique de l’école, son utilisation a été couverte dans de nombreux articles, interviews et videos et plusieurs exercices sont décrits dans les DVDs. Le récent article de Filip Maric couvre d’ailleurs de facon très pertinente et complète le sujet, et je vous invite à y jeter un œil.


Le Bo permet de travailler chacune des « phases » de travail en Aunkai :
·         le travail en solitaire – Maho/Shiko/Tenchijin, Ashi Age, Shintaijuku, Tsuki
·         le travail avec partenaire – Walking Maho, Tsuki, etc.
·         les applications et le travail libre

Le Bo présente un certain nombre d’avantages. Déjà il est droit et donne ainsi un certain nombre de feedbacks en termes d’alignement. Comme il est droit, il transmet la force de façon claire, nette et rectiligne, très instructif avec un partenaire puisque le Bo permet de voir immédiatement les axes et empêche d’une certaine façon de tricher. On pourra donc très facilement l’utiliser lors d’un Walking Maho, à l’horizontale ou à la verticale au lieu de prendre le contact au niveau des mains.

Autre avantage non négligeable : son poids. J’ai utilisé trois Bo différents depuis mes débuts. Un de 5 shaku, une lance chinoise en bambou, et un rokushakubo. Le premier est vite devenu trop léger à mon gout, idem pour le bambou malgré ses plus de 2m de long. S’il ne s’agit évidemment pas de faire du renforcement musculaire, le  poids a, à mon avis, son importance parce qu’il permet d’une part de corriger ses erreurs et d’autre part de sentir comment le poids de l’arme (et par extension d’une partenaire) rentre dans le corps. 

Comment est-ce que le poids corrige les erreurs ? C’est simple, avec une arme légère il sera possible de faire des dizaines de répétitions de Tsuki avec les épaules relevées sans le sentir. Avec un Bo d’un poids plus convenable, ce sera tout de suite plus difficile et les épaules seront rapidement douloureuses, indiquant immédiatement d’où vient le problème.

Le deuxième avantage que j’indiquais est donc de prendre le poids de l’arme à l’intérieur de soi. Utile pour comprendre comment utiliser l’arme de manière optimale sans utilisation excessive de force, mais aussi pour passer au travail avec partenaire (avec ou sans Bo d’ailleurs). En apprenant à manier le Bo on apprend d’abord comment le poids du Bo rentre et sort du corps, on pourra affiner ce travail avec un partenaire qui donne du mouvement au Bo et sentir comment prendre le poids du Bo et du partenaire.

Enfin le Bo a un dernier avantage que je trouve particulièrement intéressant des lors que l’on passe au travail avec partenaire : s’il est facile de forcer quand on travaille à mains nues et qu’on essaie de déséquilibrer son partenaire, forcer sur un bâton est une autre histoire puisqu’on remarque tout de suite que la force ne se transmet pas au partenaire et qu’on s’acharne en local sur un bout de bois…

Le Furibo
Le Furibo ou le sabre en général n’est pas une arme généralement utilisée lors des cours d’Aunkai, en revanche l’esprit du sabre est présent dans la pratique et les références y sont nombreuses. L’un des instructeurs français, Manu, en avait parlé sur son blog il y a maintenant un moment comme d’un outil particulièrement intéressant, et j’ai fini par m’en procurer un de 1kg pour commencer.

A gauche le furibo, à droite un bokken de type Jikishinkage Naginata Yo



L’utilisation du Furibo est particulièrement intéressante à mon avis en complément du Bo. Le Bo, via le travail de Tsuki permet typiquement d’approche un travail horizontal de transmission de force, alors que le Furibo permet de comprendre comment le poids entre dans le corps sur des mouvements verticaux, à la manière des exercices Age Te et Sage Te.

La question du poids est cruciale quand on choisit une arme pour faire des tanren. J’ai choisi de commencer léger pour éviter les blessures (risques sur les tendons notamment des coudes, et au niveau du dos) mais un Furibo de 2-3 kgs peut également être une bonne approche a fortiori pour des gens plus costauds que moi physiquement. L’important à mon avis est de ne pas transformer ces exercices en un renforcement musculaire mais les utiliser comme une façon complémentaire de conditionner le corps en suivant les mêmes principes : construire un corps relâché, connecté qui peut faire passer les forces dans un sens ou dans l’autre.

En complément du Furibo, j’utilise désormais également un bokken léger, de type Jikishinkage Naginata Yo (le type utilisé en Kishinkai), un poids que j’affectionne particulièrement parce qu’il rend la coupe droite beaucoup plus difficile et ne pardonne aucune tension.
En termes d’exercices il s’agit dans mon cas d’exercices en solo uniquement (ou quasi uniquement), des coupes depuis Maho, on en utilisant Shintaijuku, mais aussi un certain nombre de tanren que je faisais en Corée comme des coupes horizontales et dont je ne comprenais pas vraiment l’intérêt à l’époque.

Le Tambo
Pas l’arme la plus courante mais un outil assez utile à mon avis pour le travail avec partenaire en l’utilisant par paire. Le Tambo est un bâton court de 30-50cm, et dans mon cas je l’ai remplacé avantageusement par des rouleaux à pâtisserie relativement fins, trouvés dans un 100 Yen shop à Tokyo.


Akuzawa sensei m’a fait utiliser les tambo pour la première fois il y a un peu plus d’un an lors d’un cours prive avec Gerald, sur l’exercice de la vague (avec partenaire, un genou au sol). Les deux partenaires tiennent les tambo au lieu de se tenir mutuellement, les tambo transmettant simplement la force. Comme pour le Bo cela permet d’éviter de forcer en local et d’apprendre à transmettre et recevoir la force sans tricher.


Aunkai est une école d’une grande richesse et d’une grande complexité, dans laquelle la notion de techniques à mains nues ou armées perd sons sens pour laisser place à un travail corporel dans lequel tout se recoupe.

mardi 28 juin 2016

Session d’Aunkai à Seoul

De passage en Corée pour quelques jours, j’en ai profité pour contacter Ka Beom Seok, pratiquant d’Aunkai, de Kyokushinkai et de Yoga, et bien connu via sa page GNK Core sur Facebook et les stages qu’il donne mensuellement a Seoul sur l’utilisation du corps dans la pratique martiale.

Malgré la barrière de la langue puisque je ne parle pas un mot de Corée et qu’il parle peu anglais, nous nous sommes donc retrouvés d’abord pour diner et discuter un peu (on en profitera pour remercier Google traduction qui nous a permis d’avoir une conversation de plus de deux syllabes), puis pour un entrainement dans le parc de mon hôtel. Ce fut l’occasion d’un excellent partage d’idées et nous avons pu couvrir un certain nombre de Kunren (walking maho, push out, tsuki, age te, sage te) ainsi que d’autres exercices complémentaires à la lumière de nos compréhensions respectives. L’occasion aussi dans mon cas d’aller chercher un retour physique sur ma pratique et mes idées. Je dis souvent sur ce blog que je manque de retours d’expérience pour valider ou invalider mes directions de travail, et je dois dire que 2016 aura pour le moment été une année particulièrement riche de ce point de vue-là, entre les stages donnés en Europe, au Vietnam et à Singapour, le stage d’Aunkai à HK avec Filip, les sessions non prévues avec Manabu, mon passage au Japon il y a trois semaines, et maintenant cette session en Corée.

Comme toujours je suis reparti de cette session avec des idées en plus, tant dans la tête que dans le corps, mais aussi des confirmations sur quelques points que je travaille depuis quelques mois.
 
 

lundi 27 juin 2016

BJJ à Tokyo

Je n’avais pas pratiqué le BJJ depuis maintenant 5 ans. Faute de temps d’une part et parce que ça ne correspondait plus forcément à mes choix de pratique. Malgré tout je garde une certaine affection pour le travail propose par le BJJ, à la fois très fin techniquement tout en permettant de combattre avec une intensité non négligeable sans risque de blessure.

Lors de mon passage à Tokyo, Gerald m’a gentiment proposé de me joindre à son fils et lui lors de leur cours dominical, et j’ai été plus que ravi de les accompagner. La structure du cours était assez proche de ce à quoi j’étais habitué avec échauffement, un entrainement technique et pas mal de sparring. Une ambiance vraiment sympa et un enseignant vraiment bon qui expliquait et démontrait parfaitement les mouvements.

La partie sparring était intéressante après tout ce temps. Je ne crois pas avoir perdu le peu que j’avais réussi à acquérir et je dirais même que je suis probablement moins tarte au sol maintenant que je ne l’étais il y a 5 ans. En revanche si cela suffit à se débrouiller contre des pratiquants lambda, ou même contre des pratiquants ayant d’excellentes qualités corporelles comme Gerald, la question est toujours bien différente face à un spécialiste et je me suis fait gentiment plier par le prof, un peu à l’image du rapide moment passé entre les mains de Nicolas à Challans.

Vraiment un excellent moment passé en compagnie de Gerald, son fils et leur dojo, l’occasion de transpirer un peu et de combattre un peu en sortant de mes habitudes de pratique.