lundi 28 juillet 2014

Nihon Tai Jitsu a Tai Wo



Une des choses qui me manque à Hong Kong est la rareté des échanges entre pratiquants de différentes écoles. En France, les stages et interclubs sont nombreux et il est relativement facile d’aller visiter un club ami d’une autre discipline. La pratique ici est souvent plus cloisonnée et les pratiquants sont dans l’ensemble assez peu curieux de ce qui se fait ailleurs.


Harrie est l’un des pratiquants que je préfère dans mon dojo d’Aikido. Aujourd’hui 1er kyu, il est également enseignant de Karaté Goju Ryu qu’il pratique depuis 14 ans. C’est un pratiquant sincère et dont la douceur des mouvements tranche avec la vision que l’on pourrait avoir du Karaté. Je ne l’avais jamais vu pratiquer le Karaté, mais j’avoue que j’étais curieux.



Samedi, Harrie a posté une photo sur facebook, de lui seul au dojo car personne n’était venu. Situation que je ne connais que trop bien.  Nous avons un peu échangé sur cette photo et je lui ai dit de m’inviter la prochaine fois pour qu’on puisse au moins s’entrainer ensemble. Sa réponse ne s’est pas fait attendre et il m’a invité à son cours du dimanche matin. Le dojo est relativement loin de chez moi, dans les nouveaux territoires, relativement proche de la frontière chinoise. De chez moi, il faut compter une heure de métro, puis un petit trajet en taxi. Harrie et moi nous sommes retrouvés à 9h pour prendre notre petit déjeuner ensemble. Là il m’a proposé d’animer la première partie du cours et j’ai bien évidemment accepté, heureux de pouvoir échanger.

Au final, les élèves étaient très excités à l’idée de voir des choses nouvelles et j’ai finalement enseigné les deux heures… D’abord des techniques de base, comme les te hodoki et quelques clés, puis des notions plus compliquées sur l’utilisation du corps, notamment pour générer la force dans les frappes. Cette partie n’a pas vraiment été abordée par les plus jeunes, qui ont continué à s’amuser avec les premières techniques.



Manifestement cette session a été bien reçue, puisqu’il m’a été demandé de revenir la semaine prochaine. Nous en avons parlé avec Harrie et j’animerai une session pour les gradés tandis qu’il s’occupera de former le reste des élèves. En effet, s’il est toujours bon d’échanger, il est préférable d’avoir déjà une base solide pour attaquer des choses qui sont (ou semblent) parfois très différentes.

A l’occasion j’espère pouvoir également inviter Harrie dans mon dojo. Les horaires sont assez difficiles pour lui, mais ça serait une belle occasion pour mes élèves de voir autre chose.

jeudi 24 juillet 2014

Langue étrangère et art martial



Si ma vie donne parfois l’impression de se résumer dangereusement aux arts martiaux, j’ai heureusement quelques autres lubies. Celles-ci sont en revanche souvent guidées par les mêmes principes.

Depuis le début de l’année, j’ai mis un coup de collier sur mon apprentissage du mandarin, et il y a deux mois je me suis enfin décidé à m’attaquer à la question de l’écriture que j’avais (à tort) laissée de côté au début.


un des caractères les plus compliqués de la langue chinoise... celui-là je ne l’apprendrai pas !

 Comprendre sa pratique

C’est la raison pour laquelle je me suis finalement décidé à apprendre l’écriture. Une langue, comme un art martial, est un système auto-suffisant et cohérent. Il n’est pas nécessaire d’utiliser une autre langue comme roue de secours, et l’utilisation du pinyin ne devrait être qu’un outil pour appréhender l’ensemble du monde que la langue chinoise propose. Parce qu’un caractère chinois, ça n’est pas juste un moyen d’empêcher les étrangers d’apprendre la langue, c’est avant tout un véhicule historique et culturel, là où les pinyins ne sont que des sons.

C’est sans doute le point qui m’avait le plus bloqué dans mon apprentissage du cantonais, l’écrit suivant le chinois standard (mandarin) et pas le cantonais je n’avais pas de support écrit et donc pas de compréhension réelle du sens des mots.

Il en va de même pour la pratique martiale : celle-ci ne peut pas se limiter a copier la forme des techniques sans en avoir appréhendé le fond.

Etre régulier
Apprendre une langue, comme apprendre un art martial demande de la régularité. Comme pour les arts martiaux, ma pratique est quotidienne car c’est le seul moyen de s’immerger complètement et de permettre aux différents éléments de devenir naturels. 
Comme pour toute pratique, il est préférable de pratiquer 15 minutes par jour que 2 heures le samedi. Le temps passé n’est pas le seul facteur.

Etre efficace dans son apprentissage

La question de l’efficacité se pose à plusieurs niveaux, notamment celui du temps. Comme beaucoup de monde, j’ai un emploi du temps chargé avec de nombreuses heures d’entrainement, un emploi à plein temps qui déborde parfois, une vie maritale et parfois sociale. Malgré tout je pratique le chinois 1 à 2 heures par jour. En reprenant un emploi, je savais que je ne pourrais pas garder mon rythme avec les méthodes que j’utilisais et qui nécessitaient de passer du temps devant mon ordinateur. Ma méthode de l’époque ne me permettait pas non plus d’appréhender les caractères et c’est donc quelque chose que je faisais manuellement avec des livres d’écriture pour enfants. C’était peu efficace mais économique et j’avais le temps.

Mes besoins ont changé et j’ai donc cherché une nouvelle méthode. Une méthode qui me conviendrait et qui me permettrait d’atteindre mes objectifs. En cherchant un peu j’ai découvert l’excellente méthode CRAMPE, qui propose une leçon par jour pendant un an sous forme de vidéo/PDF/MP3. La méthode est progressive, incorpore les caractères dès le début avec leur étymologie et de nombreux points culturels. Une vision complète qui permet d’aborder les différents aspects de la langue. Les vidéos durent 15-20 minutes, et m’accompagnent donc quotidiennement dans le métro sur le chemin du travail.

Le reste de ma pratique est consacrée à l’écriture. Là encore j’ai cherché une méthode plus efficace que des flashcards faites à la main, des livres pour enfants ou un fichier excel. J’ai récemment jeté mon dévolu sur l’application Skritter qui me permet d’apprendre et réviser les caractères en traditionnel et simplifié sur mon iPhone en suivant le principe de la répétition espacée, i.e. Skritter me fait réviser les caractères quand il sait que je vais les oublier. Je pratique encore une fois dans le métro ou dès que j’ai un temps mort. Par tranches de 5-10 min, j’arrive assez facilement à 60-70 minutes par jour. Ce ne sont pas forcément les meilleures méthodes, mais elles sont bonnes pour moi.

Martialement c’est le recentrage sur la formation du corps qui m’avait permis de gagner cette efficacité et d’apprendre mieux et plus vite.


Se fixer des objectifs clairs, quitte à les faire évoluer

Pour ne pas perdre de temps, il est important de savoir quels sont nos buts et pourquoi on apprend. Dans le cas d’une langue il peut s’agir d’avoir un pack de survie en vue d’un voyage, d’être capable de tenir une conversation et d’utiliser la langue dans sa vie personnelle ou professionnelle, ou encore de devenir un spécialiste international de la langue.

Mon but est de communiquer. Je veux pouvoir tenir une conversation fluide sur n’importe quel sujet et être capable de lire les caractères traditionnels et simplifiés. Vivre entouré de panneaux et d’indications que vous en comprenez pas peut être frustrant, c’est mon quotidien depuis trop longtemps et il est temps que ça s’arrête. Professionnellement la maitrise du mandarin à l’oral et a l’écrit est aussi de plus en plus une nécessité dans un territoire qui se concentre de plus en plus sur son voisin chinois.

Mon objectif pour l’année est d’atteindre le HSK4. C’est le but de la méthode CRAMPE et c’est je pense le point à partir duquel il devient vraiment possible de communiquer à l’oral et à l’écrit de manière fluide. Les niveaux de HSK vont de 1 à 6, au niveau 4 l’on doit être capable de converser couramment sur des sujets divers et maitriser 1200 caractères. A titre de comparaison le niveau 3 en demande 600 et le niveau 5 plus de 2500. 1200 caractères c’est en gros 94% des communications écrites. Pas suffisant pour tout comprendre donc mais un bon début. Skritter me permet de choisir les listes que je veux apprendre, en l’occurrence celles du HSK et de me concentrer uniquement sur celles-ci. J’ai donc choisi mes armes pour atteindre mon objectif.

Cet objectif évoluera peut-être au cours de l’année. J’espère ne pas avoir à l’abaisser et je ne pense pas pouvoir atteindre le HSK5 aussi rapidement. Par principe je fais des plans à l’année uniquement, l’expérience m’ayant montré que je n’ai jamais une visibilité supérieure.

Martialement, j’ai également mes objectifs, à court et à long terme. Ils ne sont plus ce qu’ils étaient à mes débuts, ils seront probablement différents dans quelques années. Peu importe, il faut d’abord monter la première marche

lundi 14 juillet 2014

Vite et fort




Certains de mes camarades Aikidoka ont une pratique que je qualifierais d’engagée ou physique. Ils pratiquent vite, souvent en puissance et donnent tout ce qu’ils ont sur le tatami comme si leur vie en dépendait. Si cela a pu être mon cas il y a des années, ma pratique aujourd’hui pourrait presque sembler molle en comparaison.

Pourtant, en tant qu’Uke, je m’efforce au maximum de donner à mon partenaire ce qu’il attend de moi. S’il veut du rythme, je lui en donne. Et s’il m’attaque avec beaucoup de dynamisme je m’efforce également de garder ce dynamisme. En revanche, malgré la contrainte de la vitesse, j’essaie au maximum de conserver le respect de mes principes de travail : vitesse constante, non utilisation de la force. Et c’est là que la matinée de samedi a été particulièrement intéressante. Sous le regard amusé de mon enseignant. Deux de mes partenaires successifs ont du faire un break, pour reprendre leur souffle et leur esprit. Paradoxalement je n’étais pas plus fatigué ou essoufflé que lors d’un exercice « normal ». En ne rajoutant pas de tension, la vitesse est venue sans vraiment nécessiter d’énergie supplémentaire. A l’inverse plus j’accélérais et plus je sentais mes partenaires se crisper pour suivre.

Je reste convaincu que le travail rapide ne peut servir à construire une base solide. En revanche il permet occasionnellement d’évaluer son travail et ses progrès en augmentant les contraintes.