vendredi 31 mai 2013

L’aventure continue


L’immigration hongkongaise a validé hier ma demande pour enseigner le Nihon Tai Jitsu au sein de la South China Athletic Association (il s’agit officiellement d’un travail à temps partiel, ce qui nécessite l’accord de l’immigration et de mon employeur). C’est une excellente nouvelle et probablement la plus grosse étape que nous avons franchie à ce jour. La SCAA est une très grande association qui a pignon sur rue et je n’ai pas de doute sur le fait que nous serons plus visibles avec eux que tout seuls. Cela concernera uniquement les cours du dimanche, et les cours commenceront normalement le 6 juillet. 


Les locaux de la SCAA a HK

Les débuts ont été chaotiques, après avoir été inexistants. Inexistants parce que les premières années il n’était pas question d’enseignement mais uniquement de pratique personnelle avec Fred.

Plus d’un après le départ de Fred, j’ai fini par accepter l’idée d’enseigner sans trop savoir par où commencer. Car pour enseigner il faut des élèves, et dans un pays ou le Jujutsu est forcément Brésilien il est difficile de se faire sa place.

L’étape MeetUp s’est avérée inefficace. Les élèves que j’avais à mes premiers cours au mois d’avril l’an dernier ont tous arrêtés après quelques cours. Une seule personne trouvée par ce biais a tenu plus longtemps, mais après 6 mois il a disparu dans les méandres de Hong Kong. MeetUp est un outil certainement très efficace pour organiser des évènements lorsque le groupe existe déjà, mais il s’est avéré assez peu utile dans mon cas (sans compter son cout assez élevé).

Fred m’a ensuite aidé à mettre en place un site propre et de qualité, afin d’avoir une vitrine plus sérieuse. Mes premiers élèves sont arrivés, mais à une exception près il s’agissait de personnes qui me connaissaient déjà et qui pratiquent encore aujourd’hui. Ils ont été rejoints par d’autres élèves motivés qui m’avaient eux trouvé via le site. Nous avons tenté de gagner en visibilité, notamment via une recommandation sur le site HK Accueil (destiné aux français vivant à Hong Kong), mais si j’ai été contacté a de nombreuses reprises, une seule personne a fait le déplacement et n’est jamais revenue.  

Aujourd’hui, une étape de taille va être franchie. Nous rejoignons le plus vieux dojo de Judo de Hong Kong, dans l’un des rares dojos fixes du territoire. L’école sera visible grâce à la taille critique de l’association et nous pourrons échanger avec nos amis Judoka. C’est aussi une étape pour moi car je souhaite implanter durablement l’école à Hong Kong et je trouverais profondément triste qu’elle ne me survive pas. Lui donner des moyens physiques est une étape nécessaire à ce niveau.

Aussi lent et chaotique que cela puisse paraitre depuis l’extérieur, nous posons ici les bases, petit à petit. Chaque étape nous fait avancer un peu plus et fait que l’aventure, chaque jour, continue.

mercredi 22 mai 2013

Suwari Waza ou l’art de transformer les Aikidoka en petits vieux


Si la position à genoux est courante dans les arts traditionnels Japonais (tout simplement parce que la position à genoux était courante dans la vie de tous les jours des japonais), sa place en Aikido est réellement prépondérante. Il peut s’agir de rester en seiza pendant une demie heure, de traverser le tapis en shikko ou de tout un ensemble de techniques pratiquées à genoux. En contrepartie, on notera que nombre d’Aïkidoka de la première heure ont des genoux dans un piteux état.

Pour ne prendre que mon cas personnel, si mes rotules ont bien résisté tout au long des années a la pratique martiale, mes deux simples années d’Aïkido ont suffi à me rappeler l’immense fragilité de cette partie du corps. Quand je vois l’etat des genoux de Fred depuis qu’il a commencé l’Aïkido a Taichung, je ne peux m’empêcher de penser qu’il y a un lien direct. Stupefiant pour un art qui prône l’harmonie et la préservation du corps. Ou s’agit-il uniquement de préserver le corps de Uke quitte à bousiller le sien ?

En faisant quelques recherches sur les dommages du Suwari Waza (pour trouver des moyens de renforcer cette partie du corps et éviter ainsi les problèmes sur le long terme), je suis tombé sur cet article tres interessant d’un des derniers Uchi Deshi d’O Sensei, Gaku Homma. 

Gaku Homma enseigne aux Etats Unis et a la particularité de ne plus enseigner Suwari Waza à ses élèves, considérant que cette pratique est plus néfaste que bénéfique. Pour ceux qui ne parlent pas anglais, vous trouverez ci-dessous la traduction de quelques passages intéressants.

" En tant que pratiquant actif d’arts martiaux, je souhaite evoquer dans cet article le problème des " genoux ". Chez les Aikidoka en particulier, les genoux sont la partie du corps qui a subi le plus de dommages et qui a causé le plus de problèmes à beaucoup. Lors de mes voyages dans différents pays à travers le monde, je rencontre constamment des gens qui ne peuvent plus s’asseoir en seiza et qui portent des genouillères à cause de problèmes de genoux liés à leur pratique de l’Aikido. J’ai rencontré des élèves dont les genoux étaient si abimes qu’ils ne pouvaient plus les plier, et encore moins s’asseoir en seiza."

“Les problèmes de genoux ne sont pas l’apanage des non-japonais. Il y a eu des Aikidoka haut gradés japonais célèbres, vivant au Japon et a l’étranger souffrant de problèmes de genoux durant la carrière. C’est une chose de développer des problèmes aux genoux avec l’âge, mais de nombreux enseignants d’Aïkido ont développé ces problèmes via la pratique abusive du suwari waza… et ils avaient pourtant l’avantage d’un héritage culturel les préparant à la pratique"

Gaku Homma raconte aussi que des consignes étaient données aux instructeurs japonais partant enseigner à l’étranger dans les années 60-70.

“ Rappelez-vous que nombre des nouveaux élèves que vous aurez seront plus forts que vous physiquement. Les techniques en suwari waza seront difficiles pour eux, donc les pratiquer vous donnera un avantage en dépit de votre différence de taille. Pour avoir un plus grand contrôle sur vos élèves, pratiquez le suwari waza. Et pendant les examens, si vous testez des élèves que vous n’appréciez pas particulièrement, faites les passer en dernier, et faites les attendre leur tour en seiza"

Je n’apprends sans doute rien à personne en disant qu’un corps d’occidental est différent du corps d’un japonais, ou encore que les occidentaux, culture de la chaise oblige, n’ont pas une aisance particulière pour tenir la position seiza. Ne pas tenir compte de ces éléments me parait hautement irresponsable. Je comprends cependant que ces techniques soient travaillées, pour des raisons culturelles d’une part, mais également en raison des contraintes qu’elles imposent sur la façon de bouger. En revanche demander a des gens de garder la position pendant 30 minutes ou encourager à faire des grands mouvements en suwari waza montre pour moi une incapacité à percevoir les dangers pour le corps, s’éloignant ainsi de l’esprit de préservation de l’Aikido.

mardi 14 mai 2013

Mauvais esprit

Le concept de mauvais esprit est probablement ce qui fait que je ne me sentirai jamais complètement à l’aise en Aïkido (à l’exception de quelques dojos ou j’ai beaucoup de plaisir à aller). Je n’ai jamais réussi à comprendre le fait que quelque chose puisse être de la faute de Uke à partir du moment où celui-ci attaque avec sincérité. Uke n’est dans ma compréhension pas là pour faciliter la vie de Tori et c’est bien à Tori de s’adapter à la situation et non à Uke de s’adapter à Tori.

Si mes cours d’Aikido sont relativement exempts de ce genre de choses, il reste encore et toujours quelques personnes pour qui Uke ne fait pas le travail correctement. Deux anecdotes (avec le même partenaire) m’ont rappelé cette réalité. La première fois, je n’étais apparemment « pas centré ». En creusant un peu la question j’ai compris que le problème était surtout que je ne lui donnais pas mon poids (et donc mon équilibre). En même temps si c’est pour être déjà tordu et à moitié par terre au moment de la saisie, je ne vois pas très bien ce que Tori va apprendre…   J’ai eu le droit à un très aimable « fais ce que tu veux, c’est ta voie » relativement arrogant que j’ai préféré ne pas relever. Hier rebelote. Cette fois sur Shiho Nage, mon partenaire se retrouve placé latéralement et a donc un levier sur le coude. Jusque-là je n’y vois pas d’inconvénient, le levier sur le coude étant particulièrement efficace.  Il s’arrête, me regarde et me dit « tu vas te faire mal au coude ». Il manquait juste « du con » pour bien rester dans le ton… La patience n’étant pas ma spécialité, je lui ai juste dit de faire sa technique et qu’il s’était placé tout seul à cet endroit la (je crois avoir encore le droit de rester me faire mal au coude si j’en ai envie, a fortiori lorsque je ne me sens pas spécialement en danger).

Un peu avant nous avons fait Ude Kime Nage (Tembin Nage) sur Shomen Uchi, sur tous les élèves présents, l’un après l’autre. J’ai vu la peur dans les yeux de mes partenaires et pu l’entendre des bouches de ceux qui regardaient… Je ne me souviens pas avoir jamais brutalisé mes partenaires  pourtant. Si ceux qui me connaissent pouvaient confirmer ou infirmer le fait que je suis une brute épaisse, ça m’arrangerait, je commence à me poser quelques questions…

Il semblerait que j’ai un très mauvais esprit tant comme Tori que comme Uke. Mais qu’est-ce qu’un bon esprit dans une pratique martiale ? Est-ce que se mettre soi-même dans une situation défavorable aide réellement Tori, hormis le fait que ça lui facilite indéniablement la tache ? Est-ce que le but de Uke est de faciliter la tâche de Tori de toute façon ou de le placer dans des conditions qui le mettent en difficulté et le font sortir de sa zone de confort ? Est-ce que ressembler à un spaghetti sans aucune intention peut apporter quoi que ce soit à son partenaire ? J’ai toujours cru (bêtement sans doute) qu’Uke en tant qu’initiateur de l’attaque n’était jamais en faute et que c’était à Tori de se débrouiller avec ce qu’on lui donnait, mais manifestement je n’avais pas compris.

lundi 13 mai 2013

Isao Machii a Hong Kong – May 2013


J’ai découvert Isao Machii via le blog de Greg il y a quelques mois. On y voyait Machii sensei réaliser des coupes particulièrement impressionnantes et notamment couper une bille airsoft tirée par un pistolet. J’avais été bien entendu impressionné par sa rapidité tant d’exécution que pour analyser l’information (étant donnée la vitesse du plomb, sa taille et sa trajectoire aléatoire, il y a peu de temps pour réfléchir). Il détient aussi 4 records du monde : « Plus grand nombre de coupes sur un tatami (suegiri) », « plus rapides 1,000 coupes au sabre », « plus grand nombre de coupes de tatamis en 3 minutes » et « plus rapide balle de tennis (708km/h) coupée par un sabre ».


Mais en dehors de ces exploits médiatiques, Isao Machii est surtout un pratiquant traditionnel, et chef de file du Shushinryu Iaijutsu hyoho. J’ai appris il y a une dizaine de jours qu’il était de passage à Hong Kong et bien évidemment malgré mon incompétence totale au sabre, la tentation était trop grande. A mon arrivée, quelle ne fut pas ma surprise de voir que nous étions… si peu nombreux. Une grosse dizaine peut être.  Tant mieux pour nous mais ça me parait dommage pour les nombreux pratiquants d’Aikido par exemple (à noter que mon professeur d’Aikido était au courant et est passé voir une session, il a été assez surpris de me croiser la).

Nous avons réalisé trois sessions de deux heures. La première s’est focalisée sur la façon de s’asseoir, de se lever et de saluer. Deux heures la dessus peuvent paraitre longues, mais les nombreuses explications historiques et mises en situation ont rendu l’ensemble très digeste. On aura retenu l’importance de la verticalité, mais aussi de se synchroniser a la personne en face lorsqu’on la salue pour éviter les mauvaises surprises, l'angle de la tête pendant le salut qui évite de se faire boquer par un adversaire qui surviendrait par derrière, la position du sabre a cote de soi qui positionné a une certaine distance et d’une certaine façon permet d’éviter sa saisie par un adversaire, dégainer en ayant le bras saisi, et bien d’autres encore.
Nous avons ensuite réalisé des exercices de Kenjutsu, pour d’abord aligner nos centres avant de chercher a prendre le centre de l’autre. Je ne vais pas faire le détail des exercices, ce qui aurait assez peu d’intérêt par rapport au ressenti des mouvements. Apres le Kenjutsu, un gros travail a été fait à mains nues pour sentir le centre. A nouveau un travail très fin, et qui m’a fait penser à la fois a Kuroda sensei et a Akuzawa sensei, ce qui peut paraitre surprenant tant leurs pratiques différent…Visuellement j’ai eu plus l’impression de voir Kuroda sensei, dans la façon de bouger et de faire bouger son partenaire sans qu’il le sente. Il m’a par exemple amené d’une position allongée sur le dos à une position debout sans aucune force en deux mouvements seulement. Ma seule impression a été de m’envoler. Sa façon de bouger légèrement penché sabre en main est également (je trouve) assez proche visuellement de ce que fait Kuroda sensei. A côté de ça, l’utilisation des Kua a été particulièrement explicitée, comme en Aunkai. Sur plusieurs projections, j’ai eu l’impression que ma colonne était frappée de plein fouet, a nouveau comme en Aunkai.

Nous avons réalisé plusieurs « projections » destinées à comprendre notamment la façon de trancher avec le sabre sans mettre de force. Machii sensei a été très disponible et chacun a pu sentir et tenter de le projeter. Ce qui n’est pas une mince affaire… autant mon partenaire (2e dan de TKD) était assez facile à bouger tant il était crispé, autant Isao Machii se rapproche plus d’Akuzawa sensei… Sans chercher à comparer les niveaux de ces différents experts (ce dont je suis bien incapable), j’ai vraiment retrouvé ici des principes profonds que j’avais vus avec Akuzawa sensei ou chez Leo, et que je crois avoir perçu dans certaines vidéos de Kuroda sensei (ne l’ayant pas touché, il est plus dur de se faire une idée).

Nous avons terminé par un exercice particulièrement ludique : le lancer de sabre, pratique traditionnelle sur les champs de bataille lorsque son camarade se retrouve désarmé. Il existe donc une technique spécifique pour éviter de faire partir l’arme dans tous les sens et de tuer soi-même ses amis.
J’ai vraiment passé un excellent moment avec un maitre de très haut niveau et un groupe de pratiquants très sympathique. C’était vraiment une belle initiative et j’espère que l’organisateur est rentré dans ses frais.


 L'instant de vérité