vendredi 25 janvier 2013

1er passage de grades

Mercredi avait lieu le premier passage de grade de Nihon Tai Jitsu à HK. Moment émouvant s’il en est. Trois candidats présentaient leur ceinture jaune (5e kyu) et étaient évalués sur les ateliers suivants :
-          - Tai Sabaki
-          - Te Hodoki
-          - 1er kata
-          - Techniques de base par atemi
-          - Randori en cercle sur saisies de face

Plus que la technique, trois critères m’importaient : maai (distance), zanshin (vigilance) et kime (esprit de décision, énergie générale). En gros si je m’endors ou que je vois des attaques à dix bornes ou au contraire quelqu’un se faire empaler pour ne pas avoir mis une distance suffisante, on arrête.  Pour le reste, comme Fred me l’a très justement rappelé, ils passent une ceinture jaune, pas un Menkyo Kaiden. Je ne me suis donc pas acharne sur des détails techniques qui devront être travailles pendant des années de toute façon.  

J’ai trouvé l’ensemble d’un niveau convenable, plutôt moins bon que prévu pour le meilleur du groupe, plutôt meilleur pour les deux autres. Nous avons donc trois nouvelles ceintures jeunes à HK, félicitations à eux. J’espère qu’il ne s’agit que d’une première étape et qu’il y en aura de nombreuses autres.

Dans cette perspective de long terme, les passages ont été en grande partie filmés. Ils ne seront pas mis en ligne mais simplement donnés aux candidats. Je leur ai déjà recommandé de NE PAS regarder les vidéos car je ne pense pas qu’elles aient quoi que ce soit à leur apporter pour le moment. Mon conseil est de les mettre de cote, et d’attendre les passages de ceinture orange ou verte, qui seront également filmés. Et à ce moment-là de regarder l’ensemble.

Il est très difficile de se rendre compte du niveau que l’on avait à un moment particulier de sa pratique. Ma vidéo la plus ancienne date de fin 2005, alors que j’étais déjà shodan depuis 4 ans et que je m’apprêtais à passer le nidan. Je n’ai aucune archive plus vieille que ça, et je le regrette. Dans ma tête mon niveau n’a pas vraiment évolué au long des années. Pourtant cette vidéo de 2005 est très différente de mes vidéos récentes, et mes vidéos de préparation au sandan d’il y a 3 ans sont elles aussi éloignées de ma pratique actuelle. Me voir m’emmêler les pinceaux lors de mon passage de ceinture jaune m’amuserait, alors que la sélectivité de ma mémoire et ma subjectivité veulent me laisser croire que ce mercredi de décembre 1998 je faisais voler mes partenaires dans tous les sens.

La pratique n’est pas figée et ne peut se comprendre que dans le temps. C’est pour moi le principal intérêt de ces passages de grade : faire un arrêt sur image.

mercredi 23 janvier 2013

Unité de base


La lecture de l’excellent blog Budoshugyosha sur Yukiyoshi Sagawa, doublé du second ouvrage de Kimura sur Sagawa que Fred a eu la bonté de m’offrir, me permet de me reposer la question de l’Aiki et des moyens à mettre en place pour le maitriser.

Un élément que je trouve intéressant car il dépasse les querelles d’écoles, voire même les frontières est celui des unités de base : nombre de répétitions, nombre d’années, qui montre l’importance de pétrir le corps et de le modeler par la répétition.

3 ans

Alors que l'on parle souvent de dix ans de pratique comme une base, les trois ans sont l'unité de base de l'apprentissage la plus courte que j'ai vue.

De nombreuses citations de Yoshimaru sensei dans l’article d’Eric vont dans le sens des 3 ans comme unité de base :

19 septembre 1974
En utilisant un sabre, les suburi sont votre base. Etendez et faites de grandes coupes vers le bas sans tension. Au moins 300 fois par jour - si vous ne le faites pas durant trois ans cela ne vous imprégnera pas

23 juillet 1971
J'ai construit mon corps à travers les pompes. Adolescent, j'en effectuais 1500 par jour. Grace à cela, mon corps devint unifié. Il n'y a pas de limite aux pompes, mais il est important de poursuivre chaque méthode d'entrainement physique durant au moins trois ans, les suburi par exemple

Mais au-delà du groupe de Sagawa, ces trois ans me font penser à ce qui se dit dans les écoles de Karaté et je crois me souvenir avoir lu des exemples dans le livre de Lionel (qu’il faudrait honnêtement que je relise pour rafraîchir ma mémoire). « Hito kata san nen », i.e. « trois ans pour un kata ».  Tradition qui vient certainement des arts chinois (puisque les écoles de Karaté y puisent leurs sources) ou l’on passait trois ans à apprendre une position.

Dans l’école de Kuroda sensei, il était à une époque demandé aux futurs membres du dojo de pratiquer le suburi de base de l’école pendant trois années.

Pourquoi trois ans et pas deux ou quatre ? Je n’en sais rien, mais empiriquement c’est un laps de temps qui me semble approprié. J’ai débuté Aunkai il y a trois ans et pendant ces trois années j’ai utilisé le matériel qu’Akuzawa sensei m’a donné. Il a été éclairé par de nombreuses lectures (ouvrages sur Sagawa, blogs des aficionados, Kwoon) et des passages éclairs à Tokyo et au Kishinkan. Aujourd’hui je ressens un besoin clair d’évaluer le travail effectué et de développer cette base, aussi faible soit-elle. Il est possible qu’il y ait aussi un aspect psychologique dans ces trois années, avec un besoin de renouveau quand on arrive en bout de cycle.

100, 1000, 10000

L’autre unité de base est celle du nombre de répétitions. Qu’il s’agisse de suburi par centaines comme ce que je faisais a Seoul, ou ce qui se fait dans de nombreuses écoles de sabre.
« Pour avoir l’idée d’un geste, il faut le faire mille fois. Pour le connaître, il faut l’exécuter dix mille fois. Pour le posséder, il faut le répéter cent mille fois » est une citation classique qui va dans ce sens.

Dans son livre, Kimura raconte que Sagawa lui avait dit de faire Shiko 1000 fois par jour. Ce qui fait tourner la tête quand on pense au temps que ça représente. Il me semble que le Shiko du Daito Ryu monte moins haut que ceux d’Aunkai et du Sumo, ce qui le rend peut etre plus rapide et moins dur physiquement, mais cela reste particulièrement éprouvant. En particulier quand Kimura explique qu’il le pratiquait parfois jusqu'à 10,000 fois…

Il y a à nouveau plusieurs citations sur le blog d’Eric qui vont dans ce sens.

Pourquoi un si grand nombre ? Je suppose que le grand nombre vient du fait de dépasser ses limites et la douleur, ce qui permet au fur et à mesure de comprendre ce qui doit être changé pour effectuer le mouvement sans force. Il s’agit aussi de faire rentrer les mouvements dans le corps par un pétrissage long et quotidien. Reconstruire le corps sur de nouvelles bases.


Je pensais a cela pendant ma pause déjeuner, et arrivé dans un grand parc en bord de mer, j’ai eu envie de tester ces unités de base, et plus particulièrement celle des centaines/milliers. J’ai choisi mon tanren préféré, Shiko, que j’ai envie d’explorer plus à fond et j’ai débuté mes répétitions face à la mer. 200 pour cette fois alors que je ne crois pas l’avoir fait plus de 100 fois d’affilée auparavant. Je n’ai pas continué plus longtemps faute de temps (et pour ne pas revenir au bureau trempé de sueur) mais je vais essayer d’approcher progressivement le millier, juste pour voir ce qui se passe.

mardi 22 janvier 2013

Le Tanren de la lance


Il y a 3 ans, Akuzawa sensei m’avait fortement recommandé d’acheter un Bo pour travailler les exercices. Le mieux que j’avais trouvé à l’époque était d’une taille intermédiaire entre le Jo et le BO (il m’arrive sous le menton) et d’un diamètre équivalent à celui d’un Jo. Ce bâton m’a servi assez régulièrement pour effectuer Shiko, Jujiko, Tsuki (le tanren de la lance) et parfois STJK, même si j’avoue ne pas être à l’aise avec un bâton pour celui-ci. J’y ai récemment ajouté quelques suburi, profitant du poids et de la longueur pour ne pas travailler en force.

Mais depuis quelques temps, je ressens les limites de cette arme : trop courte, trop légère. Il était donc temps de passer à quelque chose de plus adapté. A défaut d’un Bo, les tailles japonaises étant définitivement dures à trouver par ici, je me suis rabattu sur un équivalent chinois en bambou de 2.2m. Je suis immédiatement allé tester mon jouet après avoir manqué d’embrocher la moitié du métro sur le chemin du retour.

Première conséquence : l’exercice qui a été présenté par sensei a la dernière master class sur le fait de prendre la force a l’intérieur de soi m’est impossible. Poignet pas assez solide bien sur mais je doute que ça soit la seule raison.

Prendre la force a l’intérieur de soi

Je suis donc revenu à la base, avec le tanren de la lance, profitant du poids pour m’obliger à relâcher les épaules et à les garder basses. A l’époque, sensei me faisait faire des petits ronds avec la lance en utilisant la structure, une fois le tsuki terminé. Avec l’arme précédente ça ne présentait honnêtement pas grand intérêt, mais avec celle-ci la sensation est très différente. Les premiers essais ont été assez laborieux et au fur et à mesure la sensation s’est améliorée. Lors de mon dernier essai, j’ai réalisé le tanren en tenant la lance du bout des doigts pour sentir à quel point la structure pouvait supporter l’arme, et à nouveau ce dut une sensation intéressante. 

Tsuki

Dans moins de 3 semaines je serai de retour à Tokyo. Ce sera l’occasion de valider (ou pas) le travail effectué au cours de ces trois dernières années et de recevoir les conseils avisés d’Akuzawa sensei pour aller plus loin.

vendredi 18 janvier 2013

Shu Ha Ri


J’ai découvert récemment une excellente interview de Serge Rebois sur le blog d’Imagin’Arts. Serge est enseignant de Nihon Tai Jitsu et de Judo, mais également de Kyusho et pratique le Shiatsu. J’ai eu la chance de le rencontrer à Temple sur Lot en 2006 et ma première impression avait été très positive.

En plus de son parcours que j’évidemment trouvé intéressant, c’est cette partie qui m’a sauté aux yeux :

«J’ai trouvé tout ça dans le Nihon Tai Jitsu de Maître Roland Hernaez, une école assez ouverte pour que tu puisses y parcourir ton propre chemin et y amener ce qui te semble le mieux pour toi. »

En lisant cette phrase, j’ai pensé à une phrase que j’ai écrite il y a exactement 4 ans, à mon retour de Corée :

« Au final, cette expérience m'a laissé un gout amer: j'ai énormément appris et en même temps je ne me suis pas retrouvé dans le style enseigné. Ça vient peut-être du fait que j'ai trop trainé un peu partout ces dernières années, mais je n'ai jamais ressenti ça avec le Nihon Tai Jitsu, qui malgré cela m'a toujours semblé en cohérence avec ce que je recherche. »

Le Nihon Tai Jitsu, comme l’Aikido Yoseikan (ou d’ailleurs l’Aikido tout court) est protéiforme. Nous pratiquons tous la même école, avec des bases identiques, mais le pratiquant reste libre de choisir son chemin et de créer son « Nihon Tai Jitsu ». Mon parcours a fait que ma vision s’est forgée d’une certaine manière, qui n’est d’ailleurs pas celle de Serge (ma connaissance des points de pression étant très limitée). Ma façon de faire est aussi différente de celle de Raymond Jugeau dont le haut niveau en Judo est perceptible. Elle diffère aussi de celle de Me Hernaez même si je garde en tête ce que j’ai pu apprendre auprès de lui. Malgré cela, je n’ai jamais entendu que ce que je pratiquais n’était plus du Nihon Tai Jitsu, de même que je ne crois pas l’avoir entendu à propos de l’un des experts de la discipline (qui ont pourtant tous des façons de faire différentes).

Shu Ha Ri

Shu Ha Ri est un concept classique des arts martiaux japonais, qui décrit les 3 étapes de l’apprentissage :
    - Shu (, "protéger", "obéïr") – Copier l’enseignement sans y apporter sa touche personnelle
    - Ha (, "se détacher", "digresser") - casser avec la tradition, trouver de nouvelles approches
- Ri (, "quitter", "se séparer") - transcender l’enseignement reçu, tous les mouvements deviennent possibles

Je considère la première étape comme une étape « photocopie » ou l’élève recopie ce que fait son maitre, de façon bête et méchante. C’est une étape nécessaire pour former le corps et acquérir les bases. C’est aussi une étape insuffisante pour s’approprier l’école et dépasser son maitre. Une photocopie ne restera toujours qu’une photocopie et restera toujours d’une qualité inférieure à l’original. Une photocopie de photocopie sera encore d’une qualité inférieure.

Il est dès lors important de casser avec la tradition et de comprendre par soi-même. Choisir son chemin. Serge Rebois a choisi les Kyusho, j’ai choisi la modification de l’utilisation du corps. L’un n’est pas mieux que l’autre, le chemin étant par définition personnel. La force du Nihon Tai Jitsu, que je ne percevais pas il y a 3 ans, est sans doute dans cette acceptation du concept Shu Ha Ri, dans sa compréhension de ce qu’est le Budo : la formation d’individus uniques et non la création de clones.

N.B.: Ma phrase de l'époque recoupait également d'autres choses, dont certaines que je n’avais tout simplement pas la capacité de comprendre à l’époque et qui s'éclairent aujourd'hui, comme le but de certains exercices au bokken.