vendredi 13 avril 2018

Paroles d'experts - Lionel Froidure

Lionel Froidure est le fondateur d'Imagin'Arts et d'En Terre Martiale. Né dans une famille de Karateka, Lionel est tombé dans le chaudron quand il était petit et il partage aujourd'hui sa passion à travers ses cours mais aussi ses nombreux DVDs et documentaires, ainsi que ses articles que vous pouvez retrouver sur le blog d'Imagin'Arts. 6e dan de Karate et 4e d'Arnis Doblete Rapilon, Lionel est un pratiquant acharné et travailleur dont la qualité du travail n'a d'égale que sa gentillesse et son ouverture d'esprit. 

J'ai eu la chance en 2013 de rencontrer Lionel lors d'un stage à Paris avec Washizu sensei et de passer une bonne partie de la soirée à discuter avec lui et cela reste pour moi une de mes plus belles rencontres. Je ne peux que vous inviter à rencontrer Lionel si vous en avez l'occasion et à défaut à suivre son travail.




1. As tu une routine matinale (liée ou non aux arts martiaux) ?

Tous les matins, je me lève plutôt tard la plupart du temps, mais je me couche tard. Cela peut expliquer. Debout à 8h et tous les matins je m’occupe de mon fils. Le soir je suis en cours, donc je profite de toutes les matinées pour être avec lui, lui donner une bonne énergie pour qu’il commence bien sa journée. Ces moments avec lui, me rappellent les choses importantes : la famille. Sans ma famille qui me soutient dans tout ce que je fais, je ne pense pas que je pourrais le faire. Pour l’instant il est trop petit pour comprendre que papa n’est pas là comme les autres papas, mais j’espère qu’il le comprendra, l’acceptera et pourquoi pas, partagera la même passion que moi du tatami.

Après l’avoir déposé, mon autre routine, avant de commencer à travailler, je prends 10 minutes pour me faire un réveil articulaire et musculaire. Relâchement, décontraction, auto-massage. Tout pour mettre le corps en route et en même temps cela me permet de faire le point sur la journée qui commence : Point urgent et important, point urgent mais pas important, point pas urgent mais important et bien sur les pas importants et pas urgents. Cela me permet de mieux gérer mon temps et d’être plus efficace.  Ce n’est qu’ensuite, que j’ouvre mon ordinateur, me connecte aux réseaux, regarde mes emails et commence mes montages (pas forcément dans cet ordre 😃)

2. Si tu avais seulement 10 minutes pour pratiquer, que ferais-tu ?

Si j’avais, en fait des fois je n’ai pas 10 minutes mais le peu que j’ai ces jours là, je fais de la visualisation ou je relis mes notes.

3. Quel est le meilleur investissement que tu aies fait sur toi-même? Sur d'autres?

Se nourrir sans attendre d’être nourri. Je pense que c’est une façon peu orthodoxe de pratiquer pour la plupart des pratiquants mais pour beaucoup de mes amis et frères d’armes, c’est la seule manière de réellement investir à très long terme dans sa pratique. Ne pas attendre d’être digne de recevoir tel enseignement, ne pas attendre que l’on donne une réponse à la question que tu ne peux pas poser, ne pas rester en arrière et attendre que l’on te dise, mais viens donc devant petit, tu verras mieux. Je vais de l’avant, je glane les informations, je pose mes questions à tous ceux qui veulent bien me répondre, peu importe l’art martial. Le but étant de trouver d’abord ce qui nous manque dans notre pratique puis d’aller le chercher auprès de ceux qui connaissent la réponse. Une fois la réponse acquise, savoir s’entraîner seul avec comme objectif d’implémenter ce nouveau savoir.

Sur d’autres : J’ai formé un certain nombres d’élèves et la vie à fait qu’ils sont partis dans une autre région. On le sait très bien, les élèves ne nous appartiennent pas. Il est donc important à mon sens de leur donner les outils pour qu’ils puissent un jour continuer leur chemin, leur apprendre à s’entraîner seul, à comprendre analyser décortiquer tout ce qu’il les entoure. Ce qui en fera peut-être des pratiquants libres qui pourront s’intégrer partout et se nourrir dans les cours, les stages et trouver ce dont ils ont besoin. Le pire, pour un avancé, est je pense, de toujours attendre que l’enseignant vous donne les informations que vous avez besoin. Vous devez aller au devant, ne pas attendre.


Lionel au Yoseikan Dojo à Shizuoka, Japon, lors d'un documentaire En Terre Martiale

4. À ton avis, quelles sont les principales erreurs que font les gens lorsqu'ils pratiquent? Au contraire quels sont les éléments que tu penses être faciles pour les gens dès le début de la pratique ?

Ils veulent aller plus vite que la musique. Nous vivons dans un monde où l’on doit arriver à tout faire dans l’instant sinon on passe à autre chose. C’est bien malheureux, car on oublie la nécessité de prendre du temps pour y arriver. Demandez à un forgeron de vous faire une lame dans l’heure, vous verrez ce qu’il vous dira. Du temps, du temps. Il me faut plus de temps pour faire une lame de qualité. Sinon tu peux aller au supermarché et en acheter une.

Mais le temps ne fait pas tout, il faut qu’il soit associé à un dur labeur et une introspection personnelle sur son évolution et sa compréhension. Il faut du temps et beaucoup d’entraînement pour pouvoir avancer. Seul ceux qui s’entraînent beaucoup et constamment réussissent à progresser. Et plus on avance, plus on rentre dans de la motricité fine et plus cela prend du temps. Comme quand on passe de la forge au polissage. Les premières années de pratique nous forgeons, les années suivantes on s’affute, on polit, on enlève le superflu en ne gardant que l’essentiel.

Une chose facile quand on débute est d’aller s’entraîner. Régulièrement n’est plus très simple de nos jours mais avec de la volonté, et une bonne gestion de son planning c’est réalisable. Ensuite rien n’est simple pour un débutant, il arrive dans un monde dont il ignore tout : techniques, culture, étiquette, vocabulaire… Il doit tout apprendre. Pour cela il peut faire une chose encore très simple : écrire ce qu’il a retenu des cours dans un carnet et le relire avant chaque cours.

Dernier point et je dirai qu’il est crucial : laisser son ego, son histoire, ses croyances sur l'art au vestiaire. Nul ne peut remplir un verre si celui-ci est déjà plein.

5. Est-ce qu'une situation d'échec que tu as rencontrée dans le passé t'a aidé à devenir meilleur dans ce que tu fais? As-tu un échec préféré que tu pourrais partager ?

Je pars du principe qu’un échec, quel qu’il soit, permet de s’améliorer. Gagner, réussir ne nous remet jamais en cause, pour sûr, on a réussi. La gestion de l’échec est primordiale dans ma façon d’aborder les choses. Je suis un insatisfait né. Je n’aime pas me regarder réaliser des techniques, pourtant je les partage sur internet. Même si j’adore partager ma passion avec d’autres enthousiastes, et internet est un superbe outil, cela me permet surtout de figer un instant et de revenir dessus, de le décortiquer pour pouvoir faire mieux la fois suivante.

Un échec cuisant fut quand j’ai loupé par deux fois ma ceinture noire, le premier dan. Je n’étais pas prêt car je ne m’entraînais pas à faire des katas, kihon… Je m’entraînais au combat car j’étais en équipe de France. Au Shodan, j’ai échoué. Je pensais que ce n’était pas de ma faute. Je l’ai donc repassé sans changer mes entraînements. Résultat identique. Même si j’étais un combatant aguerri, je n’étais pas assez technique. Depuis ce jour, je n’ai jamais échoué à mes passages de grade, j’étais prêt car j’avais fait bien plus en amont que ce que l’on pouvait me demander. J’ai appris de mon échec, j’en retiens toujours la leçon et j’essaye de la transmettre à mes élèves. Comme tu le sais, certain échecs doivent être vécus pour qu’ils puissent nous faire grandir.

6. Quand tu atteins une période de stagnation, ou un plafond dans ta pratique, comment passes-tu ce cap ?

Elle est assez marrante ta question 🙂 Je m’entraîne tout simplement. On pense souvent qu’il faut trouver la technique, le moyen pédagogique pour parvenir à passer ces caps. En pensant ainsi on oublie une chose : le temps. Chaque chose que l’on crée prend du temps, certaines plus que d’autres. Le temps vient à bout de tout mais pour cela il faut persévérer.

Si j’ai conscience d’un point faible et que je connais un sensei qui pourra me le transmettre, je vais le suivre sans cesse et chercher dans son travail ce qu’il me manque, de trouver les points clés et principes qui me permettront dans le futurs d’y arriver. Le plus complexe, c’est quand on a le savoir mais pas le savoir faire. C’est frustrant. Il faut donc relever les manche et aller s’entraîner et parler de ce problème avec des frères d'armes. Des fois, les stagnations ne sont pas physiques mais mentales.



Lionel est également pratiquant d'Arnis Kali

7. Quelle est la question qu'on ne te pose jamais et que tu aimerais qu'on te pose ?

Quel futur pour Lionel ?

Je n’ai que peu de vision, de futur planifié, martialement parlant. Beaucoup se projettent et font des plans sur la comète en pensant à demain. Si j’avais fait ça il y a 10 ans, jamais je ne me serais vu là où je suis aujourd’hui. La vie est pour cela magique, elle nous surprend toujours. Il faut s’adapter et suivre le flow. Je pense plutôt à aujourd’hui, à demain, aux projets que j’aimerais réaliser dans un futur proche mais je ne pense pas à comment je serai dans le futur. J’aimerais juste que sur mon lit de mort je me dise que j’ai eu une belle vie, que j’ai aimé, que l’on m’a aimé, et que j’ai été un homme passionné, comme disait Paulo Coelho : un guerrier de la lumière. Des choses simples pour un homme qui veut vivre une vie remplie de simplicité. Comme dans les arts martiaux, toute la complexité réside dans sa simplicité. 

8. Quels conseils donnerais-tu à une version plus jeune de toi-même ?

Je pense que lui donnerais plusieurs conseils, en voici quelques uns qui me viennent à l’esprit.
1. Continue à bien prendre soin des tiens et de ceux qui comptent pour toi, car sans eux, aucun chemin que tu parcourras ne te comblera
2. Ecoute tes ainés
3. Remets toujours en question les paroles de tes ainés, compare, teste et garde que ce qui marche pour toi (mais ne bois pas les paroles comme de l’eau bénite)
4. Avance sans te soucier des autres car on est toujours le con de quelqu’un
5. Fais confiance à ton instinct plus qu’au jugement des autres
6. Ne lâche rien, soit persistant mais pas têtu
7. Crois en tes rêves et fais tout ce qu’il faut pour y arriver sans pour autant délaisser ceux qui sont à côté de toi.

vendredi 23 mars 2018

Paroles d'experts - Filip Maric


 J'ai rencontré Filip en 2016 lorsqu'il est venu à Hong Kong pour un stage d'Aunkai que nous nous sommes finalement retrouvés à diriger ensemble. Avant cette rencontre en personne j'avais déjà eu l'occasion de découvrir son travail à travers quelques unes de ses vidéos d'Aikido, et nous avions pu parler d'Aunkai en ligne quand il a rejoint l'école. Il ne nous a fallu que quelques minutes pour nous sentir comme deux amis de longue date et Filip reste aujourd'hui une de mes personnes préférées dans le monde des arts martiaux.

Pratiquant de haut niveau en Aikido et Kenjutsu, mais aussi enseignant de Systema et pratiquant d'Aunkai, en plus d'être docteur en physiothérapie et praticien certifié de Shiatsu, Filip a une expérience et des qualifications qui ont de quoi faire des envieux. Je suis heureux de vous proposer ses réponses aujourd'hui.



1. As-tu une routine matinale (liée ou non aux arts martiaux)?

Au fil des ans, ma routine matinale a toujours varié de temps à autre et je m'attends à ce que cela continue. Dans l'appartement dans lequel j'ai emménagé il y a environ deux ans, j'ai la chance d'avoir une terrasse extérieure qui surplombe le port et une petite forêt juste à côté de notre maison. Depuis lors, ma routine matinale se déroule là-bas et se compose d'une courte période de méditation, ainsi que d'une forme de prière très idiosyncratique, et aussi quelques exercices.

Le contenu exact de chacun de ces trois composants varie également, parfois je fais plus, parfois moins. Ainsi, venant d'une formation zazen, ma méditation peut consister en une courte période de dans laquelle je me contente simplement (et contineullement) de me re-focaliser sur ma respiration et la rectitude de ma posture. Ceci est également lié à un sentiment de centrage que j'ai brièvement abordé il y a un certain temps. Cependant, au cours de ces dernières années, j'ai aussi trouvé une variation en adoptant une approche contemplative de ma méditation (du matin) et j'aime donc penser à travers une image dans la droite ligne de la vieille vidéo de Powers of Ten, ou à d'autres moments de la journée, sur une plage, sur mon lieu de travail, etc. D'autres variantes de la même idée peuvent également être trouvées dans le discours de Carl Sagan «Pale Blue dot», et Pierre Hadot en a également parlé dans le contexte de ses études sur les philosophies grecque et romaine antique. En termes simples, cette pensée m'aide à mettre les choses en perspective, génère un sentiment de relation avec quelque chose de plus grand que moi, mes problèmes, mes désirs, mes besoins, etc., et avec cela, je me sens bien pour la journée. 

Ce que j'appelle ma prière est, dans un sens, lié à cette dernière pensée, mais je ne suis pas sûr de pouvoir le communiquer correctement par écrit. Je le partagerai en revanche avec plaisir en personne avec toute personne intéressée, mais c'est peut-être un peu trop personnel pour ce format.Enfin, en ce qui concerne mes exercices physiques, ils peut s'agir d'un ou deux des exercices solo que nous avons en Aunkai, d'une autre méditation debout simple avec un accent sur la respiration et la posture dans différentes positions, de jouer un  peu avec les exercices de Silk Reeling du Tai Chi ou une forme courte , un peu de suburi (pratique de la coupe) avec un bokuto, ou une autre arme, quelques pompes, des squats ou des redressements assis dcomme nous les pratiquons dans le Systema RMA de Vasiliev, ou encore quelques étirements simples. J'essaie de ne pas compliquer trop les choses, mais plutôt de rester dans un mode exploratoire en ce qui concerne ce que je ressens dans mon corps ce matin, quels que soient les exercices que je fais.
 

2. Si tu avais seulement 10 minutes pour pratiquer, que ferais-tu?


Pour faire simple une version condensée de ce que je viens de décrire d'une manière qui m'autorise à couvrir chacune des trois portions mentionnées.


3. Quel est le meilleur investissement que tu aies fait sur toi-même? Sur d'autres?


Je ne suis pas sûr de pouvoir appeler cela un investissement que j'ai fait sur moi-même en tant que tel, mais je devrais dire toujours garder l'esprit ouvert; et peut-être par extension, ou variation, étudier toutes sortes de choses différentes, qu'il s'agisse de pratiques ou de pensées, et voyager à travers le monde.

En ce qui concerne mon investissement dans les autres, je devrais probablement dire que ceux-ci sont encore «à venir», dans le sens où je voudrais continuer à aider et être là le plus possible pour les autres chaque jour, et pour  aussi longtemps que possible, quoi que cela puisse signifier exactement, dans chaque situation, lieu, moment, etc. Donc, je dirais que le meilleur investissement que je puisse faire chez les autres (et peut-être aussi en moi) serait de toujours persister et d'améliorer cet effort.



4. À ton avis, quelles sont les principales erreurs que font les gens lorsqu'ils pratiquent? Au contraire quels sont les éléments que tu penses être facile pour les gens dès le début de la pratique? 


Dans la formation aux arts martiaux, c'est-à-dire dans le genre dans lequel j'ai toujours été impliqué et qui n'a pas lieu dans le contexte du service militaire, je pense qu'il s'agit de prendre les choses trop au sérieux; et aussi en lien avec ça, de vouloir aller aller trop fort, trop dur, trop vite, trop tôt.Je ne suis pas sûr de ce que les gens comprennent vraiment facilement dès le début, parce que si c'est le cas je pense que ce n'est pas quelque chose qu'ils acquièrent via l'entrainement, mais ce qu'ils ont apporté avec eux. Je me souviens qu'au cours de ma première année d'études supérieures, un conférencier nous a dit que l'étude devrait impliquer la lecture de livres que nous ne comprenons pas, parce que nous connaissons déjà ceux que nous comprenons. C'est ce genre d'idée que j'ai en tête ici. Mais bien sûr, les gens viennent avec un passé différent et alors qu'il peut être très facile pour quelqu'un de faire une chose à cause d'un certain talent, physique ou mental, quelque chose d'autre sera difficile pour eux, mais facile pour un autre. Et ainsi de suite, donc cela dépend aussi beaucoup de chaque personne. 

5. Est-ce qu'une situation d'échec que tu as rencontrée dans le passé t'a aidé à devenir meilleur dans ce que tu fais? As-tu un échec préféré que tu pourrais partager? 


Hmm ... idéalement, j'espère et je pense que chaque échec de ma vie a été essentiel pour que je me retrouve là où je suis aujourd'hui ... et il y a eu beaucoup d'échecs, je peux te le garantir ... et je suppose qu'on pourrait aussi arguer que là où je suis aujourd'hui n'est pas génial non plus. Mais si je suis aujourd'hui un peu meilleur que dans n'importe quelle version antérieure de moi-même, bien sûr, tous ces échecs passés n'en ont pas tout à fait été, et il vaudrait peut être mieux les décrire avec un autre terme. Donc, si je devais penser à une expérience qui m'a aidé à devenir meilleur dans ce que je fais ... hm, ça dépend, dans les arts martiaux ... ah ... je ne sais pas, il y en a eu tellement ne veux pas injustement en mettre un en évidence par rapport à tous les autres. Dans la vie en général, il y a eu et il y en a toujours beaucoup, mais les plus grands sont, encore une fois, plus adaptés à une conversation en personne.



6. Quand tu atteins une période de stagnation, ou un plafond dans ta pratique, comment passes-tu ce cap?


Je fais quelque chose de nouveau, ou tout au moins de différent.

7. Quelle est la question qu'on ne te pose jamais et que tu aimerais qu'on te pose? 


Hm ... Je ne suis pas sûr ... Peut-être que les gens s'enquièrent davantage des questions plus profondes concernant leur pratique, le pourquoi, comment, ce qu'il y a de plus profond, peut-être plus philosophique, ou existentiel (c'est-à-dire d'une manière pertinente pour leur vie dans son ensemble). J'ai certainement beaucoup de réflexions à cet égard et j'aime bien les partager avec les gens. Mais je ne dirais jamais que ce sont des vérités ultimes, donc que les gens me posent ou non ces questions n'est pas tant le problème, mais plutôt qu'ils en parlent ou y pensent en général.


8. Quels conseils donnerais-tu à une version plus jeune de toi-même?


Calme toi. Tout va, et continuera, d'aller bien comme ça.


mercredi 7 mars 2018

Paroles d'experts - Alexandre Grzegorczyk

Alex est l'un des piliers de l'Aikido Kishinkai, qu'il enseigne à Limoges. Pratiquant depuis son plus jeune âge, il a comme beaucoup commencé par le Judo avant de se tourner vers la boxe et la boxe française puis vers le Yoseikan Budo. D'une pratique relativement aggressive et orientée vers la compétition, Alex a fait le choix de tout quitter il y a quelques années pour s'installer à Paris et suivre l'enseignement de Léo Tamaki. Pour en savoir plus sur son parcours, je vous invite à lire son interview chez Nicolas Lorber


Alexandre Grzegorczyk par William Pinaud


1. As-tu une routine matinale (liée ou non aux arts martiaux)?
J'apprécie débuter chaque journée par une séance d'entraînement car j'y trouve une source de motivation et de bien-être. Ça me permet de mettre mon corps en éveil pour être dans de bonnes dispositions tôt le matin et débuter la journée sur une note positive. Je planifie généralement mes entraînements en fonction de mes activités journalières et des heures où je me sens plus réceptif, et productif, pour telle ou telle forme de travail. Chacun à son propre rythme, qui évolue en fonction des périodes de vie. J’essaie d’en tenir compte pour optimiser chaque séance.

La plupart du temps je découpe l'entrainement matinal en deux phases durant la semaine. Je consacre quatre matinées à l'entretien physique et au renforcement musculaire selon un programme spécifique que j'établis en fonction de mes besoins et ma pratique. Ensuite trois débuts de journée sont dédiées au stretching et travail postural.

C’est un moment important pour lequel je m’efforce de ne pas faire d’impasse, le reste de ma journée étant dédié à d’autres formes d’études.

2. Si tu avais seulement 10 minutes pour pratiquer, que ferais-tu?

Si j'avais seulement 10 min? Cela dépend des périodes, de la charge d'entrainement hebdomadaire et de mes recherches. Cependant, si je suis dans une phase avec peu de temps devant moi, j'ai pour habitude de faire des suburi. Ils permettent d'étudier seul l'ensemble des bases de notre école, que ce soit au niveau de la forme et du fond. C'est un exercice qui ne nécessite pas forcément de partenaire, que l'on peut réaliser occasionnellement sans armes si on est en déplacement et que l'on peut aussi bien utiliser pour forger et polir.

Il y a également une possibilité infinie de faire évoluer cet exercice. Pour te donner un exemple, actuellement j'alterne entre la forme de base des suburi  de kenjutsu et une forme plus complexe avec une planche d'équilibre et un bandeau sur les yeux afin d'approfondir l'étude du principe "corps flottant", ukimi, et accéder à une perception différente de mon corps dans l'espace. Cette deuxième forme de travail m’a permis de mettre le doigt sur certains défauts inconscients que j’avais et de les améliorer.

3. Quel est le meilleur investissement que tu aies fait sur toi-même? Sur d'autres?
Personnellement, le meilleur investissement a été rompre avec une partie de ma vie pour monter étudier les budos sur Paris (vie personnelle, train de vie etc.). J'étais étudiant et me destinais à l'enseignement des activités physiques et sportives. Lorsque j'ai pris cette décision je n'avais pas encore terminé mes études mais cette envie était présente depuis un moment. Un jour, durant ma dernière année d'études, je me suis dit que c'était maintenant ou jamais. J'avais le sentiment d'arriver à une limite dans ma pratique et ressentais ce besoin d'aller chercher ailleurs pour continuer d'avancer. J'ai donc terminé mon année avec l'idée en tête que quoiqu'il arrive, que je valide mes diplômes, ou non, c'était le moment de prendre mon envol. Quelques mois plus tard, j'ai débarqué en banlieue parisienne et débuté les cours au Kishinkan Dojo le lendemain.

Pour les autres, je pense honnêtement que ce n'est pas à moi d'y répondre. Quand on commence à se poser ce genre de questions, et faire le bilan de ce que l'on a donné, arrive peut-être un moment où nous risquons d'avoir des attentes vis-à-vis d'autrui. Je ne souhaite pas rentrer dans ce schéma, encore moins que les personnes qui m'entourent aient le sentiment qu'il y a une contrepartie et me soient redevable car ils perdraient une partie de leur liberté. Les personnes ne sont pas là pour répondre à nos attentes, c'est à nous de faire en sorte d'y répondre, le reste c'est du bonus. Donner pour recevoir c'est un principe important des budos, mais je pense que c'est différent de donner en espérant recevoir.

4. À ton avis, quelles sont les principales erreurs que font les gens lorsqu'ils pratiquent? Au contraire quels sont les éléments que tu penses être facile pour les gens dès le début de la pratique?
Chacun fait ses propres erreurs et c'est là toute la difficulté du rôle d'enseignant : analyser les erreurs de chacun pour apporter une réponse personnalisée :-). Il y a bien sûr quelques erreurs communes qui se dégagent chez les élèves comme le fait de parfois être trop accrochés à leurs préconceptions ou d'être parfois tellement attaché au résultat final que l'essentiel leur échappe. Mais c'est finalement un défaut que nous avons tous à un moment donné, ça reste humain :-). Cela n'est pas bien grave car une part de nous se construit à travers nos erreurs. Finalement, je pense que le principal ce n'est pas d'être dans l'erreur mais de s'en rendre compte pour éviter de les reproduire et progresser.

Après quels sont les éléments faciles pour les gens au début ? C’est une question complexe qui est dépendante de la personnalité,  du vécu de chacun et de l'enseignant. Personnellement, si rien n'est évident au départ, je pense sincèrement qu'il n'y a rien de très difficile à partir du moment où les exigences sont progressives et personnalisées, que la pédagogie est adaptée au profil de l'élève et que le travail proposé a du sens. C'est important pour moi que l'élève reparte de chaque cours en ayant identifié un problème à résoudre, qu'il ait des pistes de travail concrètes et soit au minimum en phase de résolution du problème.



Alexandre Grzegorczyk par Thomas Taragon


5. Est-ce qu'une situation d'échec que tu as rencontrée dans le passé t'a aidé à devenir meilleur dans ce que tu fais? As-tu un échec préféré que tu pourrais partager?
Honnêtement, je ne me suis jamais posé la question. Non pas que je n'en ai jamais connu mais parce que l'échec est quelque chose de très relatif pour moi. J'ai tendance à analyser chacune de mes erreurs possibles face aux obstacles que je rencontre plutôt que repousser la faute sur la difficulté d'une situation. Une fois qu'elles sont identifiées, je m'en sers de moteur pour les surmonter. Je ne perçois donc pas réellement la situation comme un échec à proprement parler mais plutôt comme un tremplin, un moyen de progresser. De ce fait, je garde bien plus souvent en mémoire mes erreurs que la notion d'échec en lui-même. Toutefois, si on les considère alors comme tels, je dirais qu'ils m'ont tous aidé à avancer. Après est-ce que ça m'a aidé à devenir meilleur? J'ose espérer :-).



J'ai effectivement en tête un événement qui m'a particulièrement marqué. J'étais dans une phase complexe et j'étais loin d'être le partenaire d'étude que l'on choisissait pour le capital sympathique et agréable. De nature plutôt impulsive et impatiente, j'ai souvent été caractérisé comme un "petit con prétentieux" à juste raison. Je n'avais absolument pas conscience de mon attitude et créais régulièrement des situations conflictuelles avec autrui. À vrai dire je m'en contentais puisque je m'étais construit depuis l'enfance à travers le conflit et le défi de l'autorité. A cette période, seulement la partie martiale des budos m'intéressait et je percevais également la vie comme un combat. Jusqu'au jour où l'un de mes enseignants m'a clairement remis les points sur les "i" suite à plusieurs dérapages de ma part.  Sans rentrer dans les détails, il m'a mis face à moi-même et m'a fait comprendre que le problème venait essentiellement de mon attitude vis-à-vis des autres. Il m'a permis de comprendre que les réactions des personnes qui nous entourent sont bien souvent le reflet de ce que nous dégageons. Il m'a mis face à la réalité et m'a permis de travailler sur moi-même pour sortir de ce schéma. Il a su percevoir le moment opportun pour me faire réagir mais, plus que tout, il est resté ouvert et m'a tendu la main. Ce qui m'a certainement poussé à profondément me remettre en question. Je lui dois beaucoup et n'en serais sans doute pas où j'en suis sans sa juste intervention. Toutefois, je suis encore loin d'être satisfait de ma personne aujourd'hui, il me reste encore beaucoup à apprendre et de progrès à faire :-).

6. Quand tu atteins une période de stagnation, ou un plafond dans ta pratique, comment passes-tu ce cap?
En essayant d'analyser le pourquoi et le comment, quitte à demander l'avis de mes enseignants dans un second temps. J'observe également beaucoup mes partenaires d'études pour ouvrir mes perspectives de travail. Quand je n'ai pas de réponse je reprends les  bases car en progressant nous considérons parfois qu'elles sont acquises, mais rien n'est acquis dans le temps. On parle rarement des pertes d'acquisitions mais c'est une réalité, même chez un pratiquant avancé. 
Parfois il est bon de le mettre de côté un exercice et reprendre depuis le début pour saisir ce qui nous a échappé. Il nous est tous arrivé de rencontrer un problème pour lequel, malgré tous nos efforts, nous ne trouvions pas la solution et en le laissant de côté pour y revenir plus tard la solution s'est présentée d'elle-même, comme un déclic. Il m'arrive donc occasionnellement de laisser le problème identifié murir de lui-même pour y revenir plus tard.

7. Quelle est la question qu'on ne te pose jamais et que tu aimerais qu'on te pose?

Aucune. Je n'ai pas d'attente particulière.

8. Quels conseils donnerais-tu à une version plus jeune de toi-même?
Il y aurait tellement à dire... À chaud je dirais "n'oublie pas de prendre soin des autres et faire preuve de bienveillance", en référence à Nelson Mandela qui disait "être libre, ce n'est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c'est vivre d'une façon qui respecte et renforce la liberté des autres".




mardi 27 février 2018

Un mois de stages et quelques principes

Ma série de stages en Europe a été une fois encore l’occasion d’essayer de présenter un travail riche et différent de ce qui est fait d’habitude. Comme je l’ai expliqué à plusieurs reprises au cours de ces stages, mon enseignement se divise en trois parties, plus ou moins égales. Deux d'entre elles sont enseignées largement dans tous les dojos de Nihon Tai Jitsu, la première nettement plus rarement pour ce que j’en vois. A noter que si ces parties sont “égales” en termes de temps d’enseignement dans mon dojo, elles ne le sont pas dans ma pratique personnelle puisque la première doit représenter grosso modo 80% de ma pratique.

Quelles sont donc ces trois parties? Forger le corps, l’apprentissage des techniques traditionnelles et le travail libre.

La forge du corps est la base de mon travail et je considère qu’elle est nécessaire pour pourvoir faire fonctionner les techniques correctement sans utiliser de force inutile. Et ces deux éléments ensemble sont ce qui permet au pratiquant d’arriver à un travail de plus en plus libre. Le travail de forge me semble être la base, tout simplement parce qu’il me semble audacieux de vouloir contrôler le corps d’une tierce personne non complaisante sans arriver à contrôler un minimum son propre corps.

Dans la forge du corps, je considère trois éléments principaux:
  1. Le type de corps recherché (neutre, lourd/léger, connecté/dissocié, élastique, mobile, etc) sachant qu’il est possible de les utiliser ensemble ou successivement en fonction de la situation
  2. La façon de se déplacer, à commencer par la marche, mais en y incluant également les ukemi
  3. Le travail de l’intention, qu’il s’agisse d’enlever la force au point de contact ou de travail plus “mental” sur la perception et la projection de l’intention

Le sujet étant complexe et difficile à traiter en quelques heures, je ne rentre évidemment pas dans le détail de toutes les parties à chaque stage. Pour certains je me concentre sur les éléments les plus basiques comme le corps neutre (le “point mort” du corps humain avant de bouger) et le corps lourd (qui permet de transmettre la force de la gravité et qui nécessite donc une grande relaxation notamment dans les articulations), pour d’autres je rentre dans les détails plus avancés de la connection des différentes parties du corps, et dans des cas plus rares je rentre dans les choses plus avancées qui demandent je pense un gros conditionnement en amont.

Bouger correctement pour enlever la tension

Bouger correctement et enlever les tensions dans le corps est une première étape. Si on considère que les arts martiaux ont été conçus pour que des gens plus faibles puissent faire face à des gens plus forts, il est fort peu logique que dans la plupart des dojos les techniques doivent passer en force ou en jouant sur la coopération du partenaire… De même que je trouve incohérent de faire faire des pompes à l’échauffement tout en expliquant aux élèves que la pratique proposée leur permettra d’abattre un adversaire beaucoup plus fort physiquement. Si l’idée est d’affronter quelqu'un de plus fort physiquement, potentiellement armé, et qui nous prend par surprise, pouvoir répondre par la simple force musculaire est optimiste.

Ma compréhension est qu’il faut donc quelque chose de plus. Une capacité par exemple à transmettre une force beaucoup plus grande que notre poids réel ou notre force musculaire. Ou au contraire une capacité à enlever totalement la force pour ne pas être perceptible. Si ma pratique est plus orientée vers le premier que vers le deuxième choix, je ne pense pas pour autant que l’une des deux options soit meilleure que l’autre.

Kuzushi au moment du contact

Pour les mêmes raisons je crois que le Kuzushi doit avoir lieu au moment du contact, car je crois ce moment déterminant. Le combat de survie est différent du cinéma et un combat n’aura pas l’occasion de s’éterniser. Une bonne raison de l’amener à se terminer très rapidement en notre faveur.



Physiquement et mentalement, j’ai un goût prononcé pour la notion d’Irimi. Physiquement en rentrant profondément dans la distance du partenaire, le plus souvent en glissant sur lui. Mentalement, en faisant que cette entrée permette de prendre un ascendant psychologique net. Dans les deux cas, l’adversaire doit être pris dès l’entrée et c’est pourquoi je rejette autant que possible les entrées qui consistent à sortir à trois kilomètres pour revenir. Une sortie loin de l’adversaire est le plus souvent une possibilité pour lui de continuer son attaque.

Le Kuzushi est également pour moi à séparer de la “douleur”. La bonne grosse clé qui fait mal, c’est marrant et ça donne un certain sentiment de satisfaction à notre ego, mais je suis de plus en plus convaincu que devoir se reposer sur un signal tel que la douleur est le signe d’une pratique limitée. Si la douleur peut parfois être un bonus, je ne crois pas qu’elle soit un aboutissement, ni même un moyen. Au contraire, je crois que c’est le meilleur moyen de rester au plus bas niveau de la pratique.


Comprendre l’essence des Kata

Si je n’enseigne pas les kata et les techniques de base dans mes stages, considérant que c’est le travail des directeurs techniques régionaux et nationaux, j’y fais en revanche très souvent référence parce qu’une grosse partie de ma pratique consiste à décortiquer ces bases encore et encore et à chercher à leur trouver plus de sens chaque jour. Je suis notamment fermement convaincu qu’un kata ou une technique qui n’a pas un sens particulier n’a rien à faire dans un cursus de formation de base, et qu’il doit donc forcément y avoir des choses à trouver en creusant un peu.

Lorsque je fais référence à ces techniques, je montre donc ce qui pour moi peut faire l’essence du mouvement. Qu’il s’agisse d’un principe corporel ou stratégique, en précisant que la “forme usuelle” du kata est une porte d’entrée et qu’en apprenant on ouvre tout simplement la porte. Mais il ne tient qu’au pratiquant de la franchir et d’explorer ce qu’il y a derrière.

vendredi 16 février 2018

Paroles d'experts - Romain Guihéneuf


Romain pratique les arts martiaux depuis plus de 15 ans. En 2005 il découvre le Hapkido puis le Hankido qu'il enseigne aujourd'hui à Nort sur Erdre, près de Nantes. Atteint d'une maladie génétique qui affecte sa vue, Romain a fait très tôt le choix d'une pratique fine, en sensation, qu'il a complétée par un travail thérapeutique via le Reiki et le Shiatsu. Il avait déjà répondu à une interview sur sa pratique sur ce blog.


1. As-tu une routine matinale (liée ou non aux arts martiaux) ?

Pour être honnête je n’ai pas de rituel particulier.  Par contre en Hankido, nous avons une partie qui s’appelle Hwansang Do Beop, ce qui signifie la voie vers la visualisation des techniques. Cette partie est composée de 24 formes respiratoires, 12 qui représentent celui qui fait (techniques du ciel) et les 12 autres celui qui reçoit (technique de la terre). C’est un travail assez similaire au qi gong. En pratiquant ces formes j’ai pu mieux comprendre la logique du corps dans le mouvement et ainsi améliorer ma pratique avec un partenaire.

A côté de cela, il m’arrive régulièrement de pratiquer les Makko Ho qui sont des exercices d’étirements basé sur les méridiens du corps. Ce sont des exercices que j’ai découverts lors de ma formation en shiatsu. Bien exécutés dans le relâchement, ces exercices peuvent être très efficaces. Personnellement, je suis quelqu’un qui analyse beaucoup, ce que j’aime dans les arts martiaux c’est cette recherche permanente.

2. Si tu avais seulement 10 minutes pour pratiquer, que ferais-tu ?

Je pense qu’il faut rester simple et se fixer un objectif. Si nous avons une technique ou un geste qui nous parait difficile, il faut se focaliser là-dessus en le travaillant lentement. Votre cerveau analysera mieux ce que vous voulez lui demander. Le plus important si l’on veut être efficace est de ne pas s’éparpiller. 

3. Quel est le meilleur investissement que tu aies fait sur toi-même ? Sur d’autres ?

Je dirais que c’est lorsque j’ai ouvert mon Dojang à Nort-Sur-Erdre, cela m’a obligé à me remettre en question. Quelle valeur je voulais réellement enseigner. Etre plutôt dans le réalisme pur ou plus dans le développement personnel. Cela m’a pris du temps, je me suis pas mal cherché puis lors d’un stage, j’ai redécouvert le Hankido avec un enseignement qui me correspondait davantage.  A partir de là, j’ai travaillé dans ce sens et c’est ce qui a fait que j’ai grandi martialement.

Après pour les autres, on va prendre l’exemple de mes élèves, la plus belle récompense pour moi, c’est de les voir s’épanouir dans l’art martial et en dehors. Le plus sympa c’est avec les enfants.

4. À ton avis, quelles sont les principales erreurs que font les gens lorsqu'ils pratiquent ? Au contraire quels sont les éléments que tu penses être faciles pour les gens dès le début de la pratique ?


C’est très difficile de répondre à cette question d’un point de vue technique car chacun a ses propres difficultés et ses propres facilités, par contre, si l’on pense plus dans le sens développement personnel, je dirais que ce sont nos croyances qui peuvent être à l’origine ou la cause de nos blocages.

En soi ce n’est pas grave de faire des erreurs, je dirais même que l’on doit en faire car c’est grâce à elles que l’on grandit.


5. Est-ce qu'une situation d'échec que tu as rencontré dans le passé t'a aidé à devenir meilleur dans ce que tu fais ? As-tu un échec préféré que tu pourrais partager ?


A part mon passage de grade du 2ème Dan qui a été laborieux car les conditions n’étaient pas optimales, non je n’ai pas rencontré de grande difficulté. Enfin si (rire), grâce à toi, après ton premier passage, j’ai passé une saison où ma pratique a été brouillon car beaucoup d’informations à digérer et à intégrer. Mais bon dans ce moment-là, il faut lâcher prise, être patient et faire au mieux.

6. Quand tu atteins une période de stagnation, ou un plafond dans ta pratique, comment passes-tu ce cap ?


Très souvent une période de stagnation signifie que notre pratique va évoluer et qu’il faut laisser le temps au corps de digérer toutes les nouvelles informations. Par exemple, parfois au retour de vacance on a l’impression d’avoir progressé alors que l’on n’a pas pratiqué.  Par contre, si cette période dure trop longtemps, c’est peut-être parce que l’on a atteint son plafond technique. 

Comment s’en sortir ? Déjà si l’on a conscience que l’on a atteint ses limites ou que l’on reste sur nos acquis, je dirais qu’une partie du chemin a été faite. A ce moment-là, je pense qu’il faut s’intéresser à d’autres pratiques, ou d’autres manières d’enseigner. Cela peut aider à passer le cap.

8. Quels conseils donnerais-tu à une version plus jeune de toi-même ?

Etre toujours curieux, toujours prendre du plaisir à pratiquer et surtout de se préserver dans le temps.

mercredi 31 janvier 2018

Paroles d'experts - Richard Folny

Richard pratique le Nihon Tai Jitsu depuis 30 ans. 6e dan et expert régional, enseignant à Saint Jean de Luz et responsable de la région Aquitaine, il est aussi certainement le plus proche élève de Roland Hernaez. Mais Richard est avant tout un pratiquant passionné et toujours en recherche. J'avais déjà parlé de lui sur ce blog et Nicolas Lorber a publié un excellente interview de Richard ici.




1) As tu une routine matinale (liée ou non aux arts martiaux) ?

Oui, j’ai une pré- routine matinale. Elle va sembler « un peu fleur bleue », mais pour moi elle est fondamentale : je dis bonjour la vie.

Après le petit déjeuner, 4 fois par semaine je m’étire pendant 45 minutes et je pratique  la première position de base de l’Aunkai que m’a montrée Xavier lors d’un échange très fructueux sur les comparaisons de nos pratiques. Enfin je termine par un travail en sensation, plus interne pour construire des « lignes » de force sur les chaînes musculaires. Lorsque je ne peux pas pratiquer le matin, j’essaie en fin d’après midi.

2) Si tu avais seulement 10 minutes pour pratiquer, que ferais-tu ?

Je commencerais par choisir une technique du kihon waza. Je la pratiquerais seul pendant cinq minutes en essayant de placer correctement les segments corporels, en y mettant ensuite de l’intention et de la conscience dans ce qui est fait. Puis pendant le reste du temps je créerais une situation de résolution de problème à l’aide d’un scénario de self défense. Je me pencherais alors sur différentes opportunités que m’offre la technique choisie.
Cette démarche est importante puisque les psychomotriciens ont prouvé de façon scientifique que les aires du cerveau qui sont activées lors de la pensée du geste et celles du geste effecteur lui-même sont les mêmes…cela permet de  créer des « chemins » sur lesquels le cerveau va pouvoir « boucler » afin de trouver une réponse à la situation dans laquelle on se trouve. En plus ces chemins se créent physiquement, c’est le phénomène appelé plasticité neuronale. C'est-à-dire que l’on peut littéralement les voir à l’IRM. Il serait dommage de connaître ces outils et de se…priver de leur utilité !

Pour la petite anecdote Maître Hernaez en parlant à Maître Mochizuki lui demandait comment on pouvait pratiquer efficacement. Ce dernier répondit qu’en marchant dans la rue, par exemple, en tenant compte de l’environnement si une agression survenait, il fallait penser à ce que l’on pourrait faire…sans tomber dans une pathologie aiguë (depuis que j’ai été voir un psy, nous allons mieux…). Tirez-en les conclusions nécessaires…

3) Quel est le meilleur investissement que tu aies fait sur toi-même ? Sur d'autres ?


Il me semble que c’est avoir été constant dans les efforts. J’ai la chance d’avoir un métier que j’aime, mais qui me laisse du temps pour pratiquer. Les Budo sont une voie de l’Excellence. Aussi pour l’instant ils occupent une grande part de mon existence, et ceci depuis trente ans, avoir parfois des périodes frisant…la paranoïa ! Néanmoins pour approfondir ses connaissances, il faut lire comprendre, pratiquer, aller en stage, se confronter à d’autres. Pour moi, ces processus sont chronophages. Cela ne veut pas dire que j’ai atteins l’excellence, j’ai juste la sensation d’avancer…à mon rythme.

Sur d'autres, c’est avoir la patience d’enseigner. J’ai dans mon club un « noyau dur » d’élèves avancés qui suivent mon enseignement depuis plus de dix ans, qui sont là pour la plupart à toutes les séances. Ils se corrigent, suivent les conseils, avancent. Si ils n’étaient pas présents, je pense que je ne donnerais plus de cours. Ils ont suivi l’évolution de ma pratique,…ils sont toujours avec moi. Ils y ont trouvé leur compte. D’autres venant de plus loin ont raccroché les wagons au train déjà en route. C’est très gratifiant, c’est aussi une belle aventure humaine.

 4) À ton avis, quelles sont les principales erreurs que font les gens lorsqu'ils pratiquent? Au contraire quels sont les éléments que tu penses être facile pour les gens dés le début de la pratique.

Au départ, les gens sont pressés d’apprendre une multitude de choses. C’est normal, c’est nouveau, alors il faut foncer. Pour cela on pense qu’il faut travailler vite et fort. En fait, il faut s’écouter et travailler lentement. Pas tout le temps, mais suffisamment pour sentir ce que «  nous raconte » notre corps.

Puis il ya le fameux, c’est mon partenaire et ami, lorsque je l’attaque, je le fais avec du tact, sans vouloir l’offenser. Parfois je frappe…à coté pour ne pas lui faire mal. Sacrée éducation…contre laquelle il faut lutter…pour être sincère !

Le manque de constance dans la pratique, il me semble que c’est une erreur. Pas technique, mais du point de vue des apprentissages. Bien sûr, je ne jette pas la pierre aux pratiquants qui ont une vie professionnelle et familiale bien remplie. Je pense à ceux dont la petite voix dit «  pas aujourd’hui, le prochain coup ! ».  Ils passent à coté de quelque chose. Mais j’avoue que cela m’est aussi arrivé ! Mais en luttant on peut passer outre.

Enfin, il y a le correcteur, celui qui corrige tout le monde sur le mouvement qui n’est pas montré .

Les éléments qui facilitent l’apprentissage sont cette fraîcheur et cette méconnaissance de l’Art Martial.

Cette fraîcheur parce que rien n’est imprimé encore chez le débutant. Par contre, celui qui a pratiqué autre chose crée des ponts ou des liens avec ce qu’il sait déjà faire.
Il reste encore tout à découvrir. La curiosité est un grand levier pour la motivation. C’est comme si je disais : « Xavier, tu veux que je te montre un truc ? »

5) Est-ce qu'une situation d'échec que tu as rencontré dans le passé t'a aidé à devenir meilleur dans ce que tu fais? As-tu un échec préféré que tu pourrais partager ?

Oui, cela a été le cas. Dire que c’est mon échec préféré ne serait pas réellement la formule appropriée ! et je n’en suis pas fier.

C’était en stage national à Madrid. Maître Hernaez m’avait demandé de diriger ce stage avec lui. On avait chacun un groupe pour la journée, et le lendemain les groupes étaient échangés.

Je montre une technique de self defense, je demande à une personne dans l’assemblée de me servir de Uke. Au moment de placer ma technique, je sens un blocage. Je pense que personne n’a relevé. Mais avec plein de tact Uke m’a regardé dans les yeux en voulant dire : « y’à un problème là, non ? ». Et là je me suis dis que se passe-t-il ? Deux solutions, soit tu te dis c’est qui lui pour me faire ça. Ou qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ? A la fin du stage j’ai été le voir pour comprendre. Il m’a dit qu’il connaissait quelqu’un qui pourrait me faire avancer. Et j’ai pris ma voiture, plein d’appréhension pour faire la connaissance de José Pérez de l’Ecole Mochizuki. José m’a accueilli au Dojo Takilia avec cette simplicité qui m’a beaucoup touché. Depuis je travaille avec lui depuis presque quatre ans et ma pratique a connu un nouveau souffle.

6) Quand tu atteins une période de stagnation, ou un plafond dans ta pratique, comment passes-tu ce cap ?


Cela m’est arrivé plusieurs fois. Mais la plus grande a été après mon passage du 5ème Dan. J’ai eu la sensation de stagner, de ne plus avancer, d’avoir fait le tour de la méthode. Ce qui n’est heureusement pas le cas ! Il me semblait être enfermé dans un système technico-technicien. (Ce qui m’a coûté ce waki gatame en Espagne, j’en suis le seul responsable).

Quand cela m’arrive, je reprends les fondamentaux : les techniques de base. Je fais varier les situations. En ayant une conscience aigüe des manques, on peut y remédier. Pour cela il faut beaucoup d’expérience et de pratique. On comble ainsi ce qui ne va pas…Mais on rencontre d’autres problèmes, et cela « s’auto alimente ».

J’ai aussi une présence à mes côtés depuis 25 ans, c’est mon épouse. Elle m’a déjà botté l’endroit sur lequel je suis assis…avec beaucoup de compassion (!!!) en me disant que pour remercier Sensei Hernaez pour ce qu’il a fait pour moi, je ne devais pas m’arrêter. Elle a toujours eu raison et si j’en suis là, je lui dois en partie, ainsi qu’à mes parents, mes enfants et mon frère qui, dans ma pratique ont toujours porté de l’intérêt.

Ca aide énormément. La stagnation n’est pas que technique.

Et puis j’ai des amis extraordinaires, Serge Rebois qui est devenu un frère d’arme avec qui on échange énormément. Grès Grégoire qui a été là dans les moments de doute. Lionel Froidure, qui m’a fait confiance. Tous mes élèves, notamment les anciens, les gens que l’on croise sur les tatami, parfois juste un regard. Tout cela me fait avancer.

Difficile de tout porter tout seul.


7) Quelle est la question qu'on ne te pose jamais et que tu aimerais qu'on te pose ?


Bonne question : enseignes-tu comme au début ?
La réponse est non. Je suis dans un phase où des outils me sont nécessaires. Il n’est plus question pour moi d’enseigner une collection de techniques de façon encyclopédique. Maître Hernaez a accompli au cours des 50 années écoulées un formidable travail de transmission avec une telle dépense d’énergie que le Nihon Tai Jitsu est reconnu au niveau international.
J’ai eu la chance que Senseï Hernaez ait fait son dernier stage régional chez moi à Saint Jean de Luz. En me quittant pour rentrer chez lui, il m’a dit « Que vous le vouliez ou non, c’est à votre génération maintenant de faire avancer la machine. Vous possédez des outils que je n’ai pas, servez vous-en ».
Que faire à l’aube de 2018, comment transmettre, SANS ALTERER, le message qu’il nous laissé ?
J’ai redéfini les contours de ma pratique.

Le premier outil porte sur les savoirs.
Redonner un cadre au Nihon Tai Jitsu par de la théorie, notamment sur la biomécanique et sur l’utilisation correcte du corps. Sur des techniques d’apprentissage et les émotions.

Le deuxième outil porte sur les savoirs faire.
En effet il faut bien mettre en application ces savoirs : en utilisant du mouvement, donc des stratégies particulières propres au combat, en utilisant les principes tsukuri, kusushi, kaké.
Ce ne sont là que des applications et des exercices.

Le troisième outil est celui des savoir être.
Il se décompose en vouloir faire, c'est-à-dire trouver la capacité a mettre en ouvre tout ce qui a été vu précédemment, et en pouvoir faire. Cette barrière est certainement la plus difficile à lever puisqu’il faut lutter contre notre éducation de la bienséance, contre notre stress, contre nos limites. Aller de l’explicite vers l’implicite!
Voilà, mais tout cela à partir du Nihon Tai Jitsu. Ne pas tout mélanger, conserver notre histoire, la rendre actuelle pour qu’elle puisse vivre aujourd’hui et préparer demain.

8) Quels conseils donnerais-tu à une version plus jeune de toi-même ?

Je ne suis Maître en rien, champion de rien. Je ne suis instructeur d’aucune force spéciale. Je ne suis pas non plus le créateur d’une méthode particulière supérieure aux autres ou non. Je suis juste un enseignant honnête, passionné par ce qu’il fait et ayant envie de poursuivre le travail mis en place par Sensei Hernaez à qui je dois beaucoup, voire plus !

Je ne vais rien inventer. Alors en premier je me dirais « Sois patient».

En effet, lors de l’apprentissage,  on revient 7 fois sur une notion.
La première, lorsqu’on la découvre pour la première fois.
La seconde lorsque l’enseignant l’explique.
La troisième lorsqu’on la travaille pour la comprendre.
La quatrième lorsqu’on l’applique.
La cinquième lorsqu’on prépare une évaluation ou un passage de grade.
La sixième fois lors de l’évaluation ou du passage de grade.
La septième fois lors du débriefing, c’est l’étape la plus IMPORTANTE car elle permet de mesurer le décalage entre les compétences attendues et celles réalisées. Une fois acquises ces compétences apprises deviennent des routines et permettent au lobe préfrontal de libérer d’autres ressources. On peut alors envisager des changements de paramètres, la gestion du stress etc…Là, seulement, le vrai travail commence…donc patience.

En deuxième je me dirais « Sois méthodique ».

 En effet programmer son cerveau pour pratiquer de façon régulière permet de faire des progrès. D’où l’importance des rituels. Et c’est vrai qu’avec l’expérience, lorsque l’on sait où on veut aller, c’est plus facile de se faire une progression pertinente en laissant aussi des places pour l’imprévu.

Puis « Sois persévérant ».

Je commencerai par une petite histoire de sagesse. Un jour, un groupe de grenouilles regardait une de leur congénère essayer de grimper à un arbre. Bien sûr, toutes lui hurlaient que c’était impossible, que la nature d’une grenouille n’était pas de grimper à un arbre…Puis fatiguées, elles se lassèrent. Finalement la grenouille finit par grimper. En fait, elle était…sourde !
Est-il besoin de développer plus ?
Il y a une phrase de Sensei André Cognard qui me vient à l’esprit : La voie, c’est facile, c’est avancer plus loin, plus haut. Et quand on arrive au bout du bout, alors il faut faire un pas de plus.

« Sois humain ».
Il y a un proverbe qui dit «  Si tu veux comprendre quelqu’un, mets ses chaussures et parcours son chemin.». Essayer de comprendre les autres est quelque chose de difficile. Tous ceux qui ne pensent  pas de la même façon que nous semblent dangereux. Sacré ego.
Dans un monde où l’intolérance est de mise, on ne prend plus le temps de remettre la femme, l’homme au centre de nos préoccupations.
Alors à mon petit niveau, si je peux aider les gens en donnant de la connaissance en transmettant ce que l’on m’a donné, je le fais bien volontiers.

Pour finir « Sois libre ».
Les Maîtres nous ont laissé un héritage qui n’a pas de prix pour nous emmener vers cette Liberté, alors rendons leur hommage en donnant le meilleur de nous-mêmes.


Merci Xavier pour avoir pris du temps pour publier cette interview.





vendredi 19 janvier 2018

Paroles d'experts - Robert John

Robert John est l'un des premiers élèves d'Akuzawa sensei, et l'un des trois Hanshi d'Aunkai. Chercheur infatigable, Rob prend plaisir à décortiquer les capacités du corps humain pour rendre les qualités proposées par Aunkai plus accessibles pour tous.

Robert John par Jo Keung


 1. As tu une routine matinale (liée ou non aux arts martiaux)? 

Ma routine matinale est la suivante:

Calibration mentale :
Un mix des « Priming Exercises » de Tony Robbins, et peut-être aussi certains des exercices de Wim Hoff si le temps le permet.

Une douche froide pour activer le cerveau.

En termes d’exercices physiques, ça peut être une variation de TechnChiJin, Shiko et Ashi Age, selon comment je me sens. Et je glisser verticalement le long d’un poteau aussi, en essayant d’utiliser mon menton et ma nuque.

J’essaie de maximiser mon investissement donc je travaille ce sur quoi je me sens plus faible.

2. Si tu avais seulement 10 minutes pour pratiquer, que ferais-tu? 

Comme je le disais, j’essaie de maximiser mon investissement, et l’exercice qui m’en donne le plus pour mon argent change en fonction d’où je suis et ce sur quoi je travaille. Mais de façon générale, TenChiJin assis – transition vers Shiko assis. Si vous avez déjà passé ce stade, dans ce cas juste TenChiJin et Shiko.

Si vraiment vous venez juste de débuter, Ashi Age vous apportera énormément pour un investissement de seulement 10 minutes.


3. Quel est le meilleur investissement que tu aies fait sur toi-même? Sur d'autres? 

Mon meilleur investissement… c’est une question difficile. Ça serait deux choses. Des exercices mentaux pour façonner et contrôler son esprit. Et physiquement prendre le temps de pratiquer les exercices de conditionnement mis en place par Akuzawa sensei.


4. À ton avis, quelles sont les principales erreurs que font les gens lorsqu'ils pratiquent? Au contraire quels sont les éléments que tu penses être faciles pour les gens dès le début de la pratique? 

 La plus grosse erreur – les gens prennent la voie de la puissance, et de la force. Et ils essaient de renforcer ce qui est déjà fort.
 
Vous devez activement chercher vos points faibles. Partez de zéro et renforcez les a mort. Vous êtes seulement aussi fort que le maillon le plus faible de votre chaine.

Les gens comprennent en général la partie conditionnement relativement facilement – ce qui explique aussi pourquoi ils sont enclins a tomber dans le piège de la puissance/force.


Photo par Jo Keung


5. Est-ce qu'une situation d'échec que tu as rencontré dans le passé t'a aidé à devenir meilleur dans ce que tu fais? As-tu un échec préféré que tu pourrais partager? 

 Bien sûr. Mon principal échec a été de croire que j’avais raison (n’est-ce pas notre cas à tous ? (rires))
 
Et mon plus gros échec a été quand je me suis fait balayer proprement par un autre élève qui avait « hacké » une bonne partie de ce que sensei faisait. Je dois rappeler qu’à cette époque, j’étais déjà très conditionné, et que quelqu’un me balaie ainsi n’arrivait pour ainsi dire jamais.

Donc quand on a commencé à y aller, en pensant à ce que sensei faisait ou ne faisait pas, et qu’il m’a fait tomber, ça a été un choc pour mon ego. Mais je ne serais pas où j’en suis aujourd’hui sans ce moment. Ce moment a vraiment changé ma perception de la pratique d'Akuzawa sensei, et continue d’influencer la manière dont je l’approche aujourd’hui.


6. Quand tu atteins une période de stagnation, ou un plafond dans ta pratique, comment passes-tu ce cap? 

 Pour moi stagner signifie qu’on est à court d’idées. Quand ça arrive, ça veut dire qu’il faut changer de perception. Ça peut vouloir dire changer d’environnement, les personnes avec qui je m’entraine, regarder ce qui se fait dans d’autres arts, etc.

Le pire piège dans lequel on puisse tomber est de faire la même chose tous les jours. Je pense vraiment que nos progrès sont limités par notre perception et l’étendue de notre imagination.

Je crois que le génie de sensei tient à sa capacité à voir, considérer et expérimenter des approches auxquelles nous n’aurions jamais pensé. Bien sur les heures de pratique sont aussi clé mais je ne crois pas qu’il faille pour autant ignorer ce facteur… c’est peut-être le plus important en fait.

7. Quelle est la question qu'on ne te pose jamais et que tu aimerais qu'on te pose? 

 Je n’ai jamais pensé a ca… mais ça serait peut-être « comment approches-tu le puzzle des qualités corporelle ? Quel est le processus de pensée en place pour résoudre ce type de question »?


8. Quels conseils donnerais-tu à une version plus jeune de toi-même?

Meh, sois plus fainéant. Mais sans compromettre sur les résultats.