lundi 18 septembre 2017

La densité dans la pratique

Il y a un an j’avais evoqué les recherches que j’avais en cours, et notamment l’augmentation de densité qui en avait résulté, et les liens que je percevais entre la densité / le poids perçu et l’utilisation du sternum, element cle de l’alignement du corps et donc de la transmission de poids. Un an plus tard, ma perception du sujet est un peu plus complexe.

La densité, pour quoi faire ?

C’est la première question que l’on devrait se poser à chaque étape de la pratique : pourquoi ? Chaque exercice proposé a une utilité et les attributs physiques développés sont faits pour nous amener à bouger d’une certaine façon et à créer une certaine qualité de contact. La densité est une des possibilités, mais elle n’est évidemment pas la seule.

La densité se traduit tout d’abord par une sensation de poids, qui semble plus important que le poids réel. Quiconque a touché Akuzawa sensei sait par exemple à quel point le poids qu’il transmet est incomparablement plus élevé que les 60 kgs annoncés. Ce qui le rend difficile à bouger d’une part, mais qui surtout lui donne un avantage considérable des qu’il utilise la force de la gravité pour littéralement poser ce poids sur nous. Bien loin d’un travail en force contre force, cette approche permet de créer un type de force inhabituel, sans tension.

Au contact, dans un format de type grappling, que nous soyons debout ou au sol, cette densité est un avantage certain. Mais elle ne l’est pas moins dans un travail de frappe puisqu’un corps dense permettra de réaliser des frappes lourdes et dévastatrices, mais aussi de les absorber sans dommages. C’est aussi une qualité que je pense relativement facile à développer, si tant est que l’on utilise les bons outils. Je reste également convaincu que le travail du « plein » dont la densité fait partie pardonne plus les erreurs que le travail « vide », ce qui présente un avantage dans un grand nombre de situations.

 
"Heavy Body" (corps lourd)
©martialbody.com



Comment la travailler ?

Il existe de nombreux exercices ayant pour effet d’augmenter la densité et je ne rentrerai pas dans le détail de chacun d’eux. En revanche il me semble que tous se structurent autour de deux éléments principaux : l’alignement correct du corps et le relâchement des articulations.

La notion d’alignement est celle que j’avais évoquée dans mon premier article sur la notion de densité, notamment à travers l’utilisation du Kyokutsu (le sternum) que je pense toujours jouer un rôle central dans l’alignement correct du haut du corps dû à ses connections avec le menton, les lombaires ou encore les coudes, et donc dans la transmission de poids. Qu’il s’agisse de transmettre la force de la gravité dans le corps du partenaire ou de laisser une force reçue « couler » à travers le corps vers le sol, la maitrise du sternum est un élément indispensable et contribuera à donner cette impression de solidité.

La densité : l’alpha et l’oméga ?

Avec tous ces avantages, est-il nécessaire d’aller voir ailleurs ou la densité peut-elle être considérée comme une sorte de panacée martiale ? C’est évidemment subjectif, mais je ne crois pas à titre personnel que la densité soit suffisante même si elle est évidemment utile. Mon avis est qu’il s’agit plus d’un pied dans la porte, d’un prérequis pour passer à un travail plus complexe.

La recherche d’un travail dense présente en effet à mon avis quelques limites, notamment le fait qu’une pratique dense et stable est liée a une opposition de structure. Pas un problème dès lors que ma structure est supérieure, mais ça peut être problématique dans le cas contraire. Un autre élément limitant est que c’est un travail qui a tendance à chercher une certaine forme d’ancrage, ou du moins d’utilisation du sol, ce qui peut rendre relativement statique. C’est quelque chose de relativement acceptable dans un travail à mains nues (avec la encore des limites), un peu moins dans un travail à l’arme blanche a moins d’avoir suffisamment développé la « chemise de fer » pour arrêter les lames. Si vous en êtes la, force est de m’incliner.

Etre capable de passer d’un corps lourd et dense à un corps léger et agile, capable de se déplacer rapidement ou encore de rediriger les forces sans utilisation du sol est pour moi un compromis plus intéressant, et je pense plus proche de ce qui est proposé en Aunkai. Si la stabilité était très présente dans l’enseignement il y a quelques années, il n’est pas rare aujourd’hui de voir sensei passer d’un état stable a un état instable, ou réciproquement.

En termes d’entrainement, une fois la densité acquise, cela demande donc de remettre les choses à plat et de rendre le corps plus aérien. La lourdeur dans les pieds disparait et ceux-ci deviennent complètement libres. Le haut du corps ne « casse » pas nécessairement pour autant et il est possible (je dirais même souhaitable a ce stage de ma réflexion) de garder la stabilité de la « box ». Le haut du corps repose sur le pelvis, qui lui-même « flotte ». D’une certaine façon les jambes sont enlevées de l’équation.

Le premier intérêt se trouve dans les déplacements. Plus léger, il devient facile de se déplacer rapidement puisque le poids n’est plus dans les pieds. Et être plus rapide est évidemment un avantage puisqu’il permet de toucher son adversaire ou d’éviter son attaque plus facilement.

Le deuxième intérêt réside dans la qualité du contact. Lorsque l’on est stable, et ce même avec un corps lourd et détendu, le contact donné peut avoir tendance à stabiliser l’adversaire. Cela ne veut pas dire qu’il pourra nous arrêter pour autant mais cela peut avoir un impact sur l’effet obtenu. Si l’on prend un exercice simple comme Age Te par exemple, un corps stable et dense permettra sans trop de difficulté de lever les mains. Uke sera déstructure bien qu’il sente la force passer dans son corps. Pour Tori l’effet ressenti peut être comparé à une force épaisse, compacte qui enveloppe les lignes myofasciales. Au contraire, en libérant les jambes et les pieds, et en faisant se reposer le haut du corps sur le pelvis, il est plus difficile (en tout cas pour moi) de sentir cette force compacte, alors qu’il devient naturel de libérer les bras et de les faire bouger librement, dissocies des jambes. La force transmise à Uke est alors plus difficile à percevoir.

une modélisation où le haut du corps repose sur le pelvis


La vidéo ci-dessous proposée par Thong, le fondateur de Kaizen Tao exprime parfaitement cette idée. L’exercice est plus difficile qu’il n’y parait (ou alors mon Waff est plus réactif que son coussin…) mais il apparait tout de suite évident en se tenant debout sur un objet aussi instable que la force devra être absorbée différemment et que la pratique dense et stable ne résout pas tous les problèmes. On me répondra qu’il est rare de devoir de se défendre sur un trampoline, et je serai bien en mal de répondre à ça, mais en y mettant un peu moins de mauvaise foi on s’accordera sur le fait que le sol n’est pas toujours aussi plat, ferme et stable que celui de nos lieux d’entrainement et qu’il y a peut-être quelque chose à creuser de ce point de vue.

mercredi 6 septembre 2017

Savoir sortir de sa zone de confort

Quand on débute un art martial, quel qu’il soit, les premiers pas sont en général difficiles. Nous devons nous habituer à une nouvelle façon de nous mouvoir et synchroniser notre corps de manière à reproduire plus ou moins correctement les techniques proposées. Et au fur et à mesure que l’on apprend à se mouvoir correctement et a réaliser les techniques avec plus de facilité, les exercices proposés deviennent de plus en plus complexes, rendant l’apprentissage sans fin. Du moins en théorie car très souvent lorsque l’on parle d’exercices plus complexes, il s’agit en réalité de réaliser des enchainements plus alambiqués les uns que les autres, alors que j’aurais tendance à croire qu’ils devraient être visuellement plus simples, mais corporellement plus difficiles.

Je veux croire que la pratique est une continuelle remise en question et une exploration la plus rigoureuse possible du mouvement. Pourtant, il suffit de regarder autour de nous pour voir nombre d’experts dont la pratique n’est en réalité pas vraiment plus avancée qu’elle ne l’était 10-20 ans auparavant. Arrivé à un certain niveau, alors que les techniques sont acquises, du moins dans leur forme extérieure, il est facile de se reposer sur ses acquis et de ne pas chercher plus profondément. Car chercher est un exercice qui peut être douloureux et frustrant.

Remettre en question sur sa pratique peut se faire de nombreuses façons, et la plus évidente est d’aller chercher dans notre propre école les réponses à nos questions. C’est évidemment mon premier choix et je prends un malin plaisir à changer ma pratique tous les trois jours, au gré de mes nouvelles idées. Si cela peut être difficile à suivre pour mes élèves, il me semble pourtant sain de ne pas se satisfaire de son niveau actuel. Je me souviens d’ailleurs d’Akuzawa sensei me disant lors de l’un de mes nombreux séjours à Tokyo « le jour où on est satisfait de son niveau, c’est fini ». La satisfaction, si elle est naturelle quand on arrive à sentir un mouvement correctement, peut devenir problématique des lors qu’elle prend le pas sur l’envie d’aller plus loin. Bien sûr il n’est pas question non plus de faire la gueule à chaque entrainement parce que ça n’est jamais assez bien, être exigeant envers soi-même ne signifie pas non s’infliger une torture mentale insoutenable au point de renoncer face à la difficulté des objectifs que nous avons nous-même fixés.

Dans ma pratique, qu’il s’agisse d’Aunkai ou de Nihon Tai Jitsu, cela implique un retour incessant aux bases et d’accepter les retours de mes partenaires, qu’ils soient ou non verbalisés. Cela implique aussi d’essayer des choses sur mes élèves, et de parfois passer pour une tanche parce que ça ne marche pas comme je l’aurais pensé. Evidemment je ne le fais pas sur n’importe qui au dojo, et pas systématiquement. S’il est nécessaire d’avoir des retours sur ma pratique, il n’est pas nécessaire de rendre les débutants confus sur ce qu’ils doivent pratiquer.

Une autre façon de se remettre en question et d’explorer son corps en profondeur consiste à revenir à l’état de débutant, en pratiquant autre chose. Car si nous avons appris à nous mouvoir d’une certaine façon au fil des années, réussir à pratiquer une autre discipline en respectant sa façon spécifique de se mouvoir est un défi. Alors qu’il serait facile de croire que  nous avons maintenant une grande maitrise de notre corps puisque nous arrivons à bouger naturellement en exécutant nos techniques habituelles, il s’avère qu’il est beaucoup plus difficile de reproduire quelque chose qui utilise des principes différents. Et pourtant si nous maitrisions vraiment notre corps, nous devrions pourtant pouvoir passer de l’un à l’autre sans difficulté aucune.

C’est pour cela que j’apprécie de me confronter à des pratiques que je juge de qualité, et de préférence sur plus d’un cours. C’est typiquement le cas avec le Kishinkai dont la légèreté et l’absence de contraintes me sortent complètement de ma zone de confort, au point de me poser parfois des questions sur mes capacités motrices. C’est aussi le cas avec le Shorinji Kempo, style plus dur et dont la façon de bouger, très spécifique, s’éloigne clairement de ma pratique habituelle. Si je n’ai pas dans l’idée de « piquer des choses » au Shorinji Kempo, je suis convaincu que cette expérience pourra enrichir la compréhension que j’ai de mon propre corps.

mercredi 30 août 2017

Premier cours de Shorinji Kempo

Le Shorinji Kempo est considéré comme l’une des influences principales du Nihon Tai Jitsu, avec évidemment l’Aikido Yoseikan. Du moins sur le papier car si la forme d’atemi, et le premier kata montrent cette influence, le fait est que peu de pratiquants aujourd’hui à l’exception du fondateur ont pratiqué le Shorinji Kempo. Partant de ce constat, je me suis toujours demandé quel était le “goût” réel de cette école que je n’avais pu approcher que par vidéo et commentaires de seconde main.

Il y a quelques jours j’ai découvert par hasard la formation récente d’un groupe de Shorinji Kempo à Hong Kong et je me suis donc empressé de les contacter pour voir s’il était possible de venir essayer. Le typhon de la semaine dernière ayant eu des conséquences sur nos emplois du temps, c’est donc hier que je me suis rendu au cours.

Autant le dire tout de suite j’ai passé un excellent moment. Déjà parce que les deux instructeurs sont très sympa. Ensuite parce que pédagogiquement c’était limpide, certainement plus que dans mes cours, enfin parce que j’ai pu voir des choses très proches de ce que l’on fait au NTJ (la deuxième base clé) notamment… mais avec des principes différents de ce que je fais d’habitude. Pourtant je ne serais pas surpris que ça soit la version d’origine.

Le cours de 2h s’est divisé en deux parties: Goho et Juho, avec quelques minutes de méditation au milieu.

Goho est la partie “dure” du Shorinji Kempo, et donc en particulier le travail des frappes et blocages. Nous avons donc travaillé les frappes de base et leur génération de force, puis des exercices à deux, d’abord relativement statiques puis dynamiques pour comprendre le fonctionnement des blocages et les contres qui les accompagnent.

La partie Juho est la partie “souple”, notamment les clés et projections. En gardant les principes de la première partie nous sommes passés à un travail sur saisie croisée, avec recherche du déséquilibre, travail sur la qualité du contact, frappes, te-hodoki (je ne me souviens plus du nom en SK), clé et amenée au sol. Des choses simples et qui visuellement sont on ne peut plus proches du NTJ (2e base clé du NTJ comme je le disais) mais avec un travail suffisamment différent pour me sortir un peu de mes habitudes.

J’ai vraiment passé un excellent moment et je compte y retourner régulièrement pour assouvir ma curiosité regardant cette école qui fait partie de notre histoire.

mardi 29 août 2017

Pratiquer sous forme de drills

La structure pédagogique du Nihon Tai Jitsu se décompose grosso modo de la manière suivante:
·         Kihon
o    Ukemi
o    Tai Sabaki
o    Te Hodoki
o    Atemi
·         Techniques de base
o    Atemi
o    Cles
o    Projections
o    Sutemi/Etranglements
·         Kata
o    Kata de base par atemi
o    Kata superieurs de Nihon Tai Jitsu avec partenaire(s)
o    Kata de Nihon Jujutsu avec partenaire
·         Goshin Jutsu (techniques de self defense)
·         Randori

Une pédagogie relativement exhaustive mais qui présente un inconvenient principal, les roles d’Uke et Tori sont majoritairement fixes, à l’exception du Hyori no Kata et dans une certaine mesure des randori. De même, très souvent les kata se retrouvent effectués comme une simple forme, sans véritable intention, avec un Uke qui sert la soupe à Tori sans essayer de le mettre reellement sous pression, au contraire des anciens kata de Kenjutsu.

C’est ce qui fait que le travail des techniques de base et des kata de base est souvent perçu comme ennuyeux et statique, et ce fut longtemps également mon ressenti. Pourtant ce contenu de base est déjà largement suffisant pour s’amuser et c’est avec cette idée que j’ai testé certains drills au dojo.

La base de travail est le 1er kata, et le kata Shodan (son equivalent avec partenaire), auxquels on ajoute par la suite les techniques de base. Dans ces drills les rôles de Tori et Uke s’inversent de facon régulière, au point que ces rôles n’existent plus réellement. Seuls restent les frappes, les blocages et l’intention de toucher et de ne pas être touché de part et d’autre. On débute par le travail des frappes/blocages des kata, avant de venir saisir le poignet de l’adversaire, amenant à un travail libre sur les techniques de base. Un exercice intéressant, dans l’esprit des Embu du Shorinji Kempo qui permet un travail plus dynamique et intéractif.


 Nihon Tai Jitsu no Kata Shodan, la base de l'exercice proposé

 

samedi 19 août 2017

Entrainement au couteau

Deux des entrainements de la semaine dernière ont été consacrés à l’entrainement au couteau, travail que je ne me permets qu’en fonction des personnes présentes parce qu’il amené a un travail qui demande plus de rigueur tant mentalement que physiquement. La pratique aux armes, a fortiori avec des lames présente cet avantage de replacer la pratique dans une réalité « crue », ce que je trouve profondément sain.

La différence la plus marquante entre le travail au couteau et le travail à mains nues est l’aspect psychologique. S’il n’est pas rare de ne pas voir Uke réagir ni chercher à se protéger quand une frappe se rapproche de son visage, c’est moins courant avec une lame (même si ça arrive), a fortiori quand elle est en métal, les reflets sur la lame jouant probablement avec nos sensations. C’est d’autant plus le cas quand les attaques sont faites avec de l’intention et on peut rapidement sentir Tori sous pression, perdre sa verticalité, enlever la partie visée au détriment de sa structure, etc. Le couteau pour cela est un excellent révélateur, il permet d’augmenter sensiblement le niveau de pression exerce sans forcément aller plus vite ou créer plus de danger, si tant est qu’on travaille avec une lame en aluminium évidemment.

Techniquement le couteau requiert également plus de rigueur. Etre touché avec une lame, même légèrement peut créer des dommages dramatiques, ce qui n’est pas forcément le cas à mains nues. Une mauvaise gestion de la distance sur Shiho Nage et la fémorale y passe, une saisie en force du poignet qui tient la lame et c’est l’artère ulnaire. Une perte de contrôle du bras en changeant de main et on se retrouve éventré. Bref les erreurs se paient cash. A mains nues les erreurs se paient aussi, mais de façon probablement moins visible, ce qui encourage peut être moins à les accepter. Il est difficile de négocier sur le fait qu’avoir été éventré n’est qu’une « légère égratignure ».

Le couteau, manié correctement, permet aussi de travailler sur la fluidité, en évitant l’attaque unique en tsuki et en passant d’une attaque à l’autre tant que Tori n’a pas pris un contrôle définitif. Encore une fois c’est un travail qui pourrait, et devrait, se faire à mains nues mais ne l’est que rarement, a fortiori dans les arts japonais où l’attaque unique a encore de beaux jours devant elle.

J’ai un gout particulier pour le travail au couteau, et comme les lecteurs de ce blog le savent pour les arts du Sud Est Asiatique en général. Mais sans aller jusqu’à transformer nos cours de Jujutsu/Aikido/Karate en cours de Kali, le travail au couteau est un excellent outil pédagogique permettant de travailler dans un cadre asymétrique en rajoutant un certain nombre de contraintes et de difficultés qui ne peuvent que nous aider a progresser.

mardi 8 août 2017

5 ans d'enseignement à Hong Kong

C’est en avril 2012, frustré dans ma pratique après le départ de Fred, que l’idée d’ouvrir un dojo à Hong Kong pour pouvoir continuer la pratique qui m’intéressait a germé. Si la première tentative n’a pas vraiment pris, le « re-launch » de juillet aura été le véritable point de départ de ce qui s’appelait à l’époque Nihon Tai Jitsu Hong Kong, et qui deviendra par la suite le Seishin Tanren Dojo.


Une croissance régulière

Cinq ans, c’est beaucoup et peu à la fois. Si nous ne sommes toujours pas des centaines, et que nous ne le serons probablement jamais, environnement de Hong Kong et pratique de niche obligent, nous avons un groupe de pratiquants réguliers qui avancent, dans les pas de Hugh. Hugh a commencé au tout début, en juillet 2012 et malgré un Age relativement avance pour débuter un art martial, il s’est vite retrouve l’élevé le plus assidu, présent a presque chaque cours, et j’ose dire le seul a réellement comprendre la pratique proposée. 1er Kyu depuis maintenant un an, il est dans la dernière ligne droite pour le Shodan, étape importante pour lui évidemment, mais également pour moi puisqu’il est un pur produit du dojo (sans expérience préalable) et qu’il deviendrait ma première ceinture noire.

Au début, un seul cours par semaine était proposé, de 2h le jeudi soir. Aujourd’hui nous proposons des entrainements les mercredis, jeudis et dimanches, en Aunkai et Nihon Tai Jitsu, tout au long de l’année, à l’exception des jours fériés.

La pratique a aussi fortement évolué au cours de ces années, comme Hugh me le fait régulièrement remarquer. Le travail propose n’a plus grand-chose à voir et c’est probablement une bonne chose parce que je suis convaincu qu’une pratique personnelle qui n’évolue pas est une pratique morte.

Des invités de qualité

Cette évolution dans la pratique a aussi été permise par la venue de pratiquants de grande qualité dans notre modeste dojo. Romain qui m’a le premier fait l’amitié de venir et qui nous a présente le Hankou. Akuzawa sensei qui est venu en 2013 pour aider à développer l’école dans la région, accompagné de Manabu qui reviendra deux fois. Filip Maric venu de Nouvelle Zélande pour un stage d’Aunkai mais qui en profitera pour nous proposer un excellent cours d’Aikido. Ka Seom Beok, bien connu pour son travail sur le corps via son école GNK Core en Corée. Et enfin Leo Tamaki dont le travail est toujours une grande source d’inspiration. Sans compter Kawano sensei, le Kancho du Seibukan qui vient annuellement à Hong Kong et que j’ai toujours à grand plaisir à voir.

Six pratiquants pour lesquels j’ai le plus grand respect et qui ont fait le trajet pour nous. Considérant notre taille restreinte, c’est d’autant plus appréciable. Je ne peux que souhaiter que cela continue et essayer de faire au mieux pour continuer à recevoir des experts, quelle que soit leur discipline d’origine. Peut-être même du Nihon Tai Jitsu un jour, qui sait.

L’inverse est aussi vrai et j’ai pu ces dernières années donner plusieurs stages à travers le monde, à Taiwan, au Vietnam, à Singapore, en Belgique, en Italie et en France

Plusieurs démonstrations

Une belle reconnaissance du travail accompli ces dernières années, j’ai participé au festival annuel du Seibukan en 2012, 2013 et 2015. Je n’ai pas pu m’y rendre depuis faute de temps mais je prévois d’y aller en 2018. Plus récemment j’ai eu la chance de participer à la NAMT, quelque chose que je ne suis pas prêt d’oublier et qui m’a fait vivre mon art avec une intensité que je n’avais pas encore connue.

Cinq ans plus tard, je crois plus que jamais au fait que ce dojo pourra être plus qu’une parenthèse dans l’histoire de Hong Kong. Malgré un développement relativement lent et difficile, les choses avancent et avec d’ici un an notre première ceinture noire forme au dojo, une nouvelle étape s’ouvrira.

samedi 22 juillet 2017

Savoir regarder

J’avais évoqué dans mon article précèdent l’importance du sens de l’observation et à quel point je suis toujours surpris de voir que les gens ne regardent pas. Le Mitori Geiko (pratique par l’observation) est pourtant un élément clé des arts japonais, ou tout n’est pas forcement explicite et où il faut savoir « voler la technique » et donc voir ses points clés. J’ai la chance dans mon dojo d’avoir un pratiquant japonais très expérimenté, issu d’une Koryu, le Kiraku Ryu. Ce pratiquant m’expliquait que dans son école les deux premières années de pratique étaient exclusivement consacrées à Mitori Geiko. J’ai aussi souvenir d’une interview de Nishio Sensei sur le blog Aikido Sangenkai ou il expliquait qu’au début ils ne pratiquaient pas mais regardaient.

C’est quelque chose que l’on n’imagine pas faire aujourd’hui. Les débutants veulent immédiatement monter sur le tatami et pratiquer, et c’est bien naturel. Qui d’entre nous aurait la patience de s’asseoir et de regarder les autres pratiquer pendant deux ans… Mais l’effet pervers de cette bonne volonté est… de ne pas regarder et d’essayer directement de passer les techniques, sans avoir vraiment pris le temps d’observer ce qui se passe.

C’est le cas dans les arts martiaux mais également dans d’autres pratiques. Je suis régulièrement frappé en Yoga de voir des pratiquants créer leurs propres postures…Si je comprends qu’un débutant ne puisse pas effectuer correctement la posture (et même les non-débutants d’ailleurs...) être capable de recopier plus ou moins la forme devrait être le minimum syndical : jambe tendue ou fléchie, orteils pointes vers l’avant ou pas, des éléments basiques. Je trouve ça d’autant plus frappant en Yoga que dans un studio de 20 personnes qui font la même chose, on devrait vite repérer si on n’est pas en train de faire le bon mouvement.

Lors de mes cours, c’est également un problème qui se pose. J’expliquais à mes élèves à quel point il est nécessaire de pouvoir comprendre très rapidement ce qui est montre, ne serait-ce qu’en surface, d’en garder une sorte d’image mentale et de pouvoir travailler à partir de cela. Comme je leur rappelais, mes entrainements avec Akuzawa sensei ne sont pas aussi fréquents que je le souhaiterais, et en partant de ce constat je ne peux pas me permettre le luxe de glandouiller, de ne pas regarder et de ne pas chercher à percevoir ce qui se passe en profondeur. De la même manière qu’un épéiste en Europe ne voyait pas forcement son maitre d’armes chaque jour mais prenait le plus souvent des leçons espacées. Il est donc essentiel de comprendre rapidement pendant ces leçons. J’ai donc montre le premier kata de Nihon Tai Jitsu une fois, et leur ai proposé de le répéter par eux-mêmes. Ça n’a pas été un franc succès.

Pour la même raison j’aime regarder les vidéos de stages dans lesquelles on voit les pratiquants essayer les mouvements après les avoir vus. C’est parfois surprenant. Je me souviens d’une vidéo de stage d’Alain Floquet notamment, où tous les pratiquants de la vidéo effectuaient la technique avec l’autre bras. Pas forcément un souci en soi, la technique marchait probablement quand même, mais en regardant la vidéo ce qui m’a frappé dans le cours d’Alain Floquet c’est qu’il avait l’air de mettre l’accent sur le contrôle de la structure du partenaire via le contrôle du coude. Elément qui n’existait plus lorsqu’effectue avec l’autre bras… La technique marchait donc mais une partie des pratiquants est donc passée a cote de ce qui faisait la raison d’être du cours, c’est dommage.

Je suis partisan de regarder de manière active ce qui est proposé par l’enseignant mais aussi ce qui est reproduit par les élèves. Qu’est-ce qui différencie les deux, et qu’est-ce qui fait que cela fonctionne dans certains cas et pas dans d’autres. Regarder signifie aussi savoir aller au-delà des apparences. J’écoutais il y a quelques jours une interview d’Ellis Amdur par Gudkarma, dans laquelle il racontait qu’il regardait les mouvements du Dantien/Tanden et des pieds et non ceux des mains, et qu’il s’était donc retrouve à pratiquer des mouvements en apparence différents de ceux de l’enseignant, sous le regard outre des autres pratiquaient qui s’empressèrent de se plaindre auprès du maitre. Maitre qui répondit platement « oui, on peut aussi faire comme ça », avant de le prendre à part et… de lui montrer un peu plus.

Regarder est essentiel mais encore faut-il regarder au bon endroit et ne pas se noyer sous des détails finalement peu importants.